Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

09 février 2008

9. Le rendez-vous (Godnat)

J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac.

La clef, pour l’autre cadenas, était dans la toute petite poche de mon jean, celle qui ne sert jamais.

Pour une fois, elle servait.

Je devais retrouver le code de l’autre cadenas. Noté par peur d’oublier, même si oublier un si petit chiffre était irrationnel.

Pour une fois, ça l’était.

Je notais de tout, en vrac. Des numéros de téléphone, des rendez vous, des listes. J’y faisais des plans, des dessins. Des listes, encore des listes, rien d’important.

Pour une fois, c’était important.

J’ai fait tomber des feuillets intercalés, pliés, froissés, amassés avec patience.

Pour une fois, j’étais impatiente.

En ramassant mes morceaux de vie, j’ai vu la lettre. Même pliée, écrasée et usée à force d’être là, je l’ai reconnue. J’avais beau savoir ce qu’elle contenait, je n’ai pu résister à la relire.

Pour une fois, il avait bien écrit.

J’ai replongé dans les phrases magiques, les promesses, les mots d’amour, comme aux premiers jours, quand j’avais reçu la lettre. Les années avaient passé, les choses étaient différentes, la vie semblait souvent pesante maintenant. La routine, la fatigue, les habitudes sans doute.

Pour une fois j’y réfléchissais vraiment.

Tout n’était pas mort. Pourquoi avais-je baissé les bras ? Je pouvais encore me battre pour retrouver la magie, le désir, les fourmillements au creux de l’estomac, les rires, les discussions. Il n’avait pas été le premier homme dans ma vie, je m’étais souvent trompée par le passé.

Pas cette fois.

J’ai refermé mon carnet à couverture rouge, l’ai remis dans mon grand sac. Je n’avais plus besoin de ce code qui m’avait fait vibrer, rendu impatiente, m’avait fait croire que j’avais besoin d’autre chose dans ma vie. Plus besoin d’ouvrir cette grille verrouillée sur ce jardin privé, donnant sur cette grande bâtisse, au fond. J’ai déposé la clef dans la vieille boite aux lettres. Il comprendrait.

Pour la première fois depuis des jours, je souriais.

Posté par pivoineblanche7 à 18:36 - Godnat - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • Si code = clef, nous vivons dans un océan de clefs parfois rouillées ou dont nous avons oublié à quoi, à qui elle conduisait. Nous sommes aussi cette porte cadenassée, non ?
    Quelle force dans ce texte pourtant serein.

    Posté par Mifa, 10 février 2008 à 14:41
  • Merci Mifa, vous m'encouragez.
    L'idée que quelque chose de tentant et/ou défendu est derrière une porte close était facile (syndrome de Barbe Bleue ?)J'aime bien penser que l'on a aussi en soi la clef qui permet d'y renoncer avec le sourire...

    Posté par Godnat, 10 février 2008 à 15:49
  • Merci Mifa, vous m'encouragez.
    L'idée que quelque chose de tentant et/ou défendu est derrière une porte close était facile (syndrome de Barbe Bleue ?)J'aime bien penser que l'on a aussi en soi la clef qui permet d'y renoncer avec le sourire...

    Posté par Godnat, 10 février 2008 à 16:22
  • Bienvenue sur Paroles plurielles, Godnat, pour un premier texte, c'est une très bonne participation. Bravo et continue, surtout !

    Posté par Pivoine, 10 février 2008 à 20:15
  • Merci Pivoine, je suis toute confuse de vos compliments

    Posté par Godnat, 10 février 2008 à 22:48
  • Intéressant cette répétition de "pour une fois..."
    Une chute que je n'attendais pas non plus

    Posté par sherkane, 11 février 2008 à 23:09
  • Intéressant la répétition de "pour une fois..."
    Chute à la quelle je ne m'attendais pas non plus

    Posté par sherkane, 11 février 2008 à 23:18
  • Merci... Merci

    Posté par Godnat, 12 février 2008 à 00:53

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