Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

28 février 2008

28. Retour de guerre (Catherine)

Il n'en a parlé à personne ce soir-là pas plus que d'habitude, de cette femme et de ces enfants qui occupaient ses pensées en permanence.
Pourtant, à la table familiale de Bertrand, ce voisin qui l'avait si gentiment invité en ce soir de Noël , il s'est senti si seul si infirme.
Quand il était revenu de la guerre avec son bras malade, son bras qui ne pourrait jamais plus creuser le sillon, tailler les arbres, tirer l'eau du puits, il avait réfléchi.
Comment faire vivre Marie et les enfants ? Comment mettre sur la table chaque jour le pain et le miel ? Et les enfants, n'auraient-ils pas honte d'aller aux manèges ou à l'étang avec un père diminué?
Alors, il n'était jamais rentré.
Il n'avait jamais revu ni Rose ni Pierre ni Jeanne ni hélas, Fidèle morte pendant la guerre.
Bien sûr, Marie, quand elle portait son linge à l'étang, il l'avait suivie souvent, accroupi, dissimulé dans les hautes herbes comme un animal traqué. Il pouvait distinguer sa silhouette fragile, ses longs cheveux châtains et parfois le reflet de ses yeux d'or.
Les enfants, il aimait, le dimanche, les regarder de loin, jouer aux manèges, dans leurs manteaux blancs.
C'est là qu'un jour Marie est venue les chercher avec un homme.
Cet homme avait un regard si chaud pour Marie et des mains si bonnes pour les enfants que lui, l'infirme, il est parti, il a quitté le village pour toujours...

en réponse à la chanson "Dites-lui" de N.Heiman et E. Marnay
enregistrée en 1970 chez CBS par Marie Laforêt

Posté par patitouille à 09:00 - Catherine - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

  • Terrible ! Mais j'aime beaucoup.

    Posté par Ponine, 28 février 2008 à 09:17
  • oui, terrible en effet.

    d'autant que c'est écrit sans fioritures, simplement... du coup, on prend la force du récit pleine face.

    très belle participation, bravo à toi

    il manque ton pseudo, j'ai fait une 'tite erreur de manip en posant ton texte... je corrigerai ce soir

    Posté par pati, 28 février 2008 à 10:39
  • ce texte me fait penser à des personnages à la Giono
    propbablement l'aspect très humain, simple
    cette façon de se retirer, de laisser la place, même en ayant si mal, et étant si triste
    bravo !

    Posté par Tisseuse, 28 février 2008 à 11:44
  • une bien belle personne, capable de se décentrer pour ne viser que le bonheur de l'autre. Texte court et très efficace.

    Posté par oviri, 28 février 2008 à 12:51
  • Efficace dans son dépouillement ! On ressent bien la douleur de ce pauvre homme plein d'amour !

    Posté par azalaïs, 02 mars 2008 à 10:09

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