Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

28 février 2008

30. « A toi, mon fils, je dis tout » (Jim)

Il n’en a parlé a personne. On a interrogé tout le monde : rien. Il a tout fait en douce. Il a agi seul. Comme un pro. A-t-il laissé seulement une trace qui aurait pu laisser penser que… ? A-t-il fait la moindre erreur ? Je suis bien obligé d’avouer que non. Pas le moindre faux pas. Le crime n’était pas presque parfait. Hitchcock est largement dépassé. Le crime était parfait. Sublime. Irréprochable en son genre. Unique. Puis il a disparu.

Et pourtant.

Et pourtant aujourd’hui on sait qu’il en a parlé à quelqu’un. Il a fallu des années pour le savoir, mais on sait. Ça n’aurait rien changé ; le cours des choses en aurait été en touts points identique, mais pour moi, ça change tout. Ça me rassure. Un homme ne peut donc complètement être froid et inhumain. Au bout des pires actes, il reste un rien d‘humanité, une lueur. Désespérée, certes, mais présente. S’il en a parlé, c’est que c’était un homme, pas un monstre.

C’est ce grand bonhomme débile aux yeux bleus et à la tête dans les étoiles qui a fini par en parler. Après des années de traitement et de psychanalyse, il a finalement réussi à exprimer son terrible secret : alors qu’il n’était qu’un nourrisson, son père, juste avant de commettre l’irréparable, s’est confié à lui. Il lui a tout dit : ce qu’il allait faire, pourquoi et comment il allait le faire. Le bébé a tout entendu, rien compris et tout enregistré. C’est probablement ce traumatisme qui lui a valu d‘être profondément déglingué jusqu’à présent, mais maintenant que le souvenir a ressurgi, il lui reste peut-être une chance de vivre une vraie vie ? Les psychiatres sont dubitatifs ; le trauma était trop profond, le secret trop lourd. On ne guérit pas aussi facilement.

Finalement, il aurait peut-être mieux fait de n’en parler à personne.

Posté par patitouille à 17:00 - Jim - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • sur le plan psychologique : très bien vu le plan du trauma !

    sur le plan aussi du questionnement sur "monstre" ou "humain" pour le meurtrier

    Posté par Tisseuse, 28 février 2008 à 18:59
  • texte intéressant, très !

    monstre ou humain... quelle finale. et quelle question !

    le narrateur serait-il l'enfant de la victime ? car pour être "rassuré", c'est qu'il en a souffert aussi, de ce non-dit, non ?

    quoique la vraie question, c'est pourquoi "il" a parlé, finalement... et ce n'est pas forcément son coté humain qui aurait pu le pousser à la confidence... et si finalement, il ne s'était confié QUE pour insuffler la graine du trauma, hein ? )

    moi, horrible ?? oui, ça m'arrive ))

    bravo pour ta participation, Jim

    Posté par pati, 28 février 2008 à 19:50
  • Probleme

    Aie... Mon texte n'a pas été restitué dans sa structure d'origine : le 2e et le 3e paragraphe ont été inversés. Pouvez-vous remédier à cela SVP? merci d'avance et merci à Tisseuse et Pati pour leurs commentaires.

    Posté par Jim, 29 février 2008 à 00:00
  • c'est fait

    Posté par pati, 29 février 2008 à 00:28
  • Je découvre aujourd'hui ce blog, grace au "chat", et encore merci le chat...car je devines, derriere les quelques textes que je viens de parcourir, un blog qui va atterrir dans mes favoris tres rapidement.

    A part ça, ce texte m'interpelle mais je ne sais en quoi cependant il m'interpelle. En résumé j'aime, je n'ai pas les mots pour l'exprimer mais les mots sont-ils necessaires quand on affectionne vraiment ??

    Bonjour chez vous

    Posté par lomemor, 29 février 2008 à 12:05
  • Merci

    à vous...

    Posté par JIm, 03 mars 2008 à 12:10

Poster un commentaire