Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

02 mars 2008

41. 19h15 (BlueG)

Il n'en a parlé à personne, pourtant il sent que ça frappe dans sa poitrine. Laisser sortir quelques mots, pour partager, rien de plus.
Sept jours maintenant que tout a changé, qu'il... bref.

Il ne veut pas tellement que ça se sache en même temps. Ça n'avancerait à rien, si ce n'est à l'enfoncer un peu plus dans la honte. Se regarder dans le miroir n'est plus chose aisée, mais s'il fallait qu'il croise la pitié dans le regard des êtres chers à chaque encadrement de porte il n'y tiendrait plus.
Il sort du bureau l'œil vide et la mine déconfite, personne ne remarque rien, tout le monde s'en fout. « C'est l'avantage des grandes villes. » se dit-il.
Il n'a pas très envie de rentrer mais n'a rien de particulier à faire, et traîner dans les bars, très peu pour lui.

Sur la route, rien de spécial, une chansonnette à fredonner tout au plus. En fait, rien n'a changé.
L'horloge sur le tableau de bord de son auto indique 19h15, il se sent un peu nauséeux. Ça doit être la tension, depuis ce jour tout son corps est douloureux, meurtri. Bref.
Il trouve une place devant la maison, sort de la voiture, prend son portable, le regarde, hésite, le remet dans sa poche. Il reste là, immobile quelques secondes, son regard traverse le jardin de la demeure sans qu'il n'en voie rien.

- Qu'est-ce que tu fiches ! Il fait froid! Entre!
- Je... je pensais... à un arbre pour le jardin.

Sa femme regarde, elle aime beaucoup les arbres.

- Oui, c'est une bonne idée! Un pommier, ça ferait des fruits l'automne, vu qu'on a déjà un cerisier...
- Oui. Oui. C'est bien, ça.
- Bon, je rentre, j'ai froid.
- J'arrive tout de suite.

C'est en regardant sa femme rentrer, courir se réfugier, fuir la vérité, car il était impossible qu'elle n'ait rien remarqué, elle, qui d'un œil furtif repérait la moindre mèche de cheveu hors cadre, c'est en regardant sa femme qu'il comprit que...
Je n'ai pas très envie d'en parler.

Posté par patitouille à 09:30 - BlueG - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • Génial, un texte qui nous tient en haleine pour ne rien dévoiler !! Bravo !

    Posté par azalaïs, 02 mars 2008 à 09:59
  • On est pris dans l'épaisseur du silence, on se laisse asphyxier par l'indifférence, le recours à la banalité qui rassure.Dedans, ça vacille et ça s'éteint. Ca se refoule et ça ne peut plus se dire, ni trouver l'autre. Pudeur terrible. J'ai vraiment bien aimé.

    Posté par Jujube, 02 mars 2008 à 10:25
  • Joli texte, mais j'ai rien compris !

    Posté par Mifa, 02 mars 2008 à 10:57
  • J'attendais un secret, une mauvaise nouvelle... Rien... mais j'ai bien été mise en haleine !
    Cela me fait penser aux petites choses qui nous tourmentent toute la journée, qu'on se dit il faut le dire et puis, face à la personne on se dit que finalement, il vaut peut-être mieux ne rien dire.

    Posté par Cassandrali, 02 mars 2008 à 17:36
  • Merci à vous.

    Je souhaitais exprimer ce que l'indicible peut avoir d'anodin. Ca peut être une double négation comme l'a brillamment montré Courmaline (34) mais aussi un parti pris consommé, non-coupable (à première vue).

    Posté par BlueG, 03 mars 2008 à 19:48
  • AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !!!

    C'était donc ça ^^

    Posté par Ellie, 03 mars 2008 à 22:45
  • Il l'a trompée ? Il a une maladie incurable ? Il a gagné au Loto ? Il a un enfant ailleurs ???????
    Allez, un bo mouvement, dis-nous vite....

    Posté par Amanda, 04 mars 2008 à 12:23
  • ou alors il vient de se refaire le nez, il a le sida, il lui manque une jambe, il a un bouton sur la joue gauche ???

    Posté par canicule, 04 mars 2008 à 15:06
  • Cruel de nature, je ne dirai rien !

    Posté par BlueG, 05 mars 2008 à 14:00
  • euh... mon commentaire n'est pas passé et c'est tant mieux je crois. BlueG, comme je viens de chez vous, je vous ai pris pour un autre...
    Un texte qui aurait aussi trouvé magnifiquement sa place dans la farandole....

    Posté par traces, 04 juin 2008 à 18:39

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