02 mars 2008
42. Intermède (Kloelle)
Il n'en a parlé à personne. Jamais. C'était l'été, une fin de journée orageuse en fragile équilibre entre pluie et lumière, un intervalle prisonnier d'une clarté laiteuse et aérienne. Un vent vif avait décroché la corde à linge et elles étaient étendues, à peine froissées sur l'herbe humide. Clara et Albertine étaient encore sur les routes, alors il s'était approché pour les ramasser. Son regard avait caressé le tissu jaune, si souple, si léger avec ses petites dentelles finement crochetées. Il avait rapidement porté le jupon contre son visage pour s'approprier la tiédeur de son étoffe. Cette chaleur, ce tremblement qui l'avait alors parcouru il n'avait jamais trouvé les mots pour les décrire, sans doute se refusait il même à admettre leur existence. Il avait hésité à se saisir de la robe de soirée de Clara, éclatante, finement satinée, pourtant, son souvenir le plus troublant c'est le glissement de cette soie rouge sur sa peau mâle. Il avait valsé, comme une princesse, les pieds nus sur le sol mouillé. Esméralda dansant pour Phoebus et offrant toute la sensualité que recelait son âme. Quand, il avait remis son costume, plein de ce plaisir douloureux, de cette honte suffisamment jouissive pour ne l'oublier jamais, il s'était promis de ne plus recommencer. Ce soir là, c'est le même époux sérieux et un peu distant qu'elle avait quitté le matin que Clara avait rapidement embrassé sur le front...Le même époux.
Commentaires
j'aime cette poésie prosée, et cette sensualité juste esquissée....
et puis le masque retombe
très beau texte, Kloëlle ;-)
ton phrasé est trés sensuel....
c'est presque si on ne le voit pas faire.
L'homme et sa part de féminin... Et pourtant, est-ce une honte ?
un texte doux et discret comme le secret de cet homme
Oui...Cette part de féminité parfois étouffée par les "convenances". J'ai lu cette féminité dans le personnage de ce tableau...j'ai lu aussi la triste mélancolie de ces gens qui n'osent pas assumer ce qu'ils sont.
Dur-dur d'assumer ce que l'on est lorsque le regard des autres se fait redoutable. Pour se rendre compte de ce que cela peut être, dans l'enfance, notamment, un très beau film d'Alain Berliner, "Ma vie en rose"... Terrible film !
Oui, je l'ai vu.
Sujet difficile.
De belles émotions, très imagées... J'avais l'impression de le voir devant moi, respirant ces vêtements gorgés de soleil & de resentir cette douleur de devoir garder un secret...
J'ai lu ce texte une première fois hier avec délectation, et pour tout dire, on ne s'en lasse pas.
J'ai envie de dire qu'il glisse comme de la soie sur une peau d'homme.
Bravo.
Superbe !
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