Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

14 mars 2008

21. Les diaboliques (Farfalino)

"J'vous jure m'sieu le juge, j'l'ai pas tué mon Jean-Paul !"

Il toisa celle qui s'était exclamée ainsi, tenant la barre comme si elle allait se noyer, les jointures des mains blanches et crispées. "De la gourdasse ... une bonne gourdasse, bien juteuse, bien mûre, bas du front, un peu maigre avec pas de quoi se rassasier le bas-ventre ni les neurones à bagatelle. Quelle idiote !"

"J'étais chez ma copine Huguette, pour m'épiler. J'vous jure m'sieu le juge ! Regardez mes aisselles ! Elles sont aussi lisses que des fesses de bébé. Elle travaille bien la Huguette !" Les bras repliés sur la tête, elle se dandina, fit un tour sur elle même et l'assemblée put admirer le travail impeccable d'Huguette. L'instant fut immortalisé par des centaines de flash. La copine épileuse pouvait lui être redevable de cette exhibition publicitaire. "Et puis j'l'aimais mon Jean-Paul ! Même quand il cognait dur les jours au fond de la bouteille ..."

"Alibi aussi ténu que son QI qui va sauter comme le bouchon de la bouteille de champagne qui m'attend. C'est trop facile. Avec ses airs de pleureuses, la cataracte salée aux bords des cils, le mouchoir torturée comme une serpillère, on lui donnerait presque le bon Dieu sans confession. Quoi qu'il l'a renverrait vite fait aux enfers, il n’y a pas de place pour les gourdasses ! Car moi je la connais la vérité."

Il contemplait stoïquement l'accusée, sans afficher son dégoût intérieur.

Il avait tout de même la satisfaction du travail bien fait : il s'était débarrassé de son associé en le faisant tuer par sa femme dont il avait été l'amant. Le souvenir de ses ébats clandestins avec cette femme qui s'embrouillait dans ces explications lui donnait la nausée. Au moins, le garage allait être à lui, tout seul. La fin justifie les moyens. Il s'était enivré de son machiavélisme et il savait que maintenant, beaucoup d'autres possibilités s'ouvraient devant lui.

Une gourdasse, un avocat falot insipide et ivrogne, son témoignage décisif et voilà comme on perd un procès.

Posté par _Sammy_ à 16:30 - Farfalino - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    machiavelique! j'aime bien les petits ccommentaires intérieurs du personnage.

    Posté par lisounette, 24 mars 2008 à 12:13

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