Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

15 mars 2008

22. Décision (Antigone)

Nelly est une gentille fille. La plupart du temps, je prends du plaisir à écouter sa conversation. C’est un peu pour cela, il faut bien l’avouer que je passe prendre un café rapide tous les matins dans son bistrot, avant de monter quatre à quatre les escaliers qui mènent à mon bureau. J’avoue même avoir un léger béguin pour elle. Nous faisons semblant, tous les deux, de croire encore à cette histoire de cafetière en panne qui s’éternise depuis des mois.


Ce matin, son bonjour me laisse pourtant froid. Je n’ai qu’une hâte, que Nelly me laisse seul face à mon expresso. Rebecca a demandé le divorce hier au soir. Pour être juste, elle ne m’a rien demandé, elle a simplement lâché, au dessert : « Ah au fait, Richard, il faut que je te dise, je divorce ! » Bien entendu, j’ai répliqué, je me sentais tout de même un peu concerné. Elle m’a rétorqué que je n’avais rien à dire, que tout s’arrangerait entre avocats, que l’on n’allait tout de même pas se ridiculiser à simuler une passion que l’on ne ressentait plus depuis longtemps l’un pour l’autre. C’est bête, je pensais qu’elle était heureuse ainsi, dans cette douce indifférence conjugale, qu’elle avait un peu recherchée. Le froufrou de ses activités envahissait ma vie depuis tellement d’années que je m’étais habitué à rester au dehors. Je partais tôt, je rentrais tard, je cumulais les dossiers. Depuis hier, l’exclusion était définitive et me donnait un peu le vertige.


Nelly s’est décidé finalement à placer près de ma tasse une soucoupe bleue, transparente. J’ai l’habitude de déposer mes pièces sur le comptoir. Elle s’est déjà éclipsée et me tourne le dos. Sur le blanc du ticket, un numéro de portable. J’observe cette fine statue coquine qu’elle a déposée sur les étagères, derrière le bar. Je décide que je ferais mieux d’oublier les femmes pour quelques temps. Entamer une aventure avec une serveuse de bar serait stupide, je ne suis pas né de la dernière pluie, c’est comme ça qu’on perd un procès.

Posté par _Sammy_ à 11:00 - Antigone - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Je crois que ce type de divorce pour faute n'existe plus...Richard est donc peut être passé à côté de l'amour avec un A.
    "Le froufrou de ses activités envahissait ma vie"..j'aime bien cette phrase.

    Posté par kloelle, 15 mars 2008 à 18:16
  • Mais si, cela existe encore...
    J'aime beaucoup la simplicité des mots et de l'histoire, si juste. Sans aller chercher midi à quatorze heure.

    Posté par enfolie, 16 mars 2008 à 09:33
  • J'aime bien la description froide de la déliquéscence du couple et le petit béguin pour la serveuse.

    Posté par farfalino, 16 mars 2008 à 11:08
  • Kloelle : Je ne sais plus si cette faute là existe encore, je me suis imaginée qu'elle existait dans sa tête à lui. Oui, l'amour est passé juste à côté, il n'a rien vu...
    Merci beaucoup "enfolie" et "farfalino" pour votre lecture!!

    Posté par antigone, 17 mars 2008 à 20:00
  • prudence, hein? ^^
    j'aime bien ton texte.

    Posté par lise, 24 mars 2008 à 00:25

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