Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

03 avril 2008

28. Faire comme si… (Noisette)

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Depuis ce licenciement me voilà fantôme dans ma propre vie. Je déambule du canapé au fauteuil, de la cuisine au salon comme un pauvre hère. Alors hier j’ai décidé de réagir. J’ai remis mon réveil à 6h39 et décidé de faire comme si…

Et ce matin j’ai sauté dans la douche, taillé ma barbe, pris mon café-biscottes le regard rivé sur la montre comme au temps d’avant - ah ! je me sens déjà revivre – et j’ai attrapé ma veste d’alors où traîne encore des relents de steak-frites – bon, là je fabule un peu  –

Ma main a retrouvé le chemin de cette bonne vieille mallette et j’ai dévalé les escaliers. J’ai toujours détesté les ascenseurs.

J’ai respiré le grand bol d’un air froid à réveiller les morts et pris ma démarche la plus assurée. J’ai remis mes pas dans mes pas – 25 ans de pas, çà en fait combien déjà ? – avant que la bouche de métro familière ne m’accueille.

En passant je prends les Echos.

-  « Tiens, longtemps qu’on vous avait pas vu M’sieur ! »

Ah ! Quel bonheur de retrouver la petite dose d’adrénaline du retard toujours possible ! Sur le fil, j’ai toujours été sur le fil, et j’ai adoré cela. En toutes circonstances, le stress comme moteur, les jolies stagiaires comme carburant. Jusqu’au jour maudit où l’une d’elles a osé mettre en lumière mes manières de scélérat avec pertes et fracas pour moi !

Sur le quai, juste avant de rentrer dans la rame, ce cuisant souvenir vient me gifler et mon pas reste en suspend, un pied levé…

Posté par Vertumne à 17:00 - Noisette - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • j'aime beaucoup le rhytme de ton texte. on suit cet homme... on compatie ... et puis ... on le déteste

    Posté par cathy, 03 avril 2008 à 17:17
  • j'aime beaucoup cette progression dynamique, jusqu'à la chute...douloureuse.

    Posté par fabeli, 03 avril 2008 à 22:03
  • effectivement, on est totalement pris à contre-pied !

    les quelques hommes que j'ai croisés dans ce cas, et qui avaient été licenciés pour ce genre de fautes, ne développaient aucune conscience de leur acte, mais une haine pour le ou les femmes qui les avaient fait "tomber"

    Posté par Tisseuse, 04 avril 2008 à 08:20
  • Surprenant. On le suit avec sympathie et puis vlan! La légèreté du début marque son inconscience et son manque de remord.

    Posté par virgul, 04 avril 2008 à 09:15
  • ah oui! c'est un texte bien mené...il nous surprend..
    j'aime beaucoup le début, quand il décide de remettre ses pas dans ses pas...super bien dit!

    Posté par Coumarine, 04 avril 2008 à 12:30
  • Merci de votre passage sur mon texte. Heureuse de vous avoir surprises.

    Posté par Noisette, 05 avril 2008 à 09:20

Poster un commentaire