Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

29 avril 2008

10. A mon Enfant (Boucle d'Or)

Mon cher petit,

J’ai 75 ans bientôt et je sens que mes forces m’abandonnent. Je m'en vais rejoindre mon Raymond qui me manque tant.

J’aurais voulu être là encore un peu et te préparer à l’avenir, j’ai peur de ce qui va se passer pour toi à présent.

Nous avons su très tôt que tu étais différent. Tu ne souriais pas comme les autres enfants, tu ne cherchais pas notre regard, tu étais comme absent à toi-même.

En grandissant tu as construit ton monde et sidéré notre univers. Oh, comme j’ai pleuré à l’époque... Chaque fois que tu revenais de l’école couvert de bleus, j’ai pleuré; chaque fois que tu enfonçais tes ongles dans la chair de ta pauvre petite main, j'ai pleuré; chaque fois encore que tu arrachais tes vêtements en hurlant, j’ai pleuré.

Et puis, peu à peu, nous avons construit notre vie en fonction de la tienne. Après les larmes vinrent des monceaux de bonheur, multitude de petites occasions qu’il fallait saisir. Je me souviens la première fois que tu as noué tes lacets, comme tu as souri. Tu n’étais plus tout à fait absent alors. Chacune de tes réussites était un exploit et nous prenions la mesure du chemin parcouru.

Tu as commencé à parler aussi, je me souviens... Tu devais avoir quatre ans quand tu m’as appelée "maman" pour la première fois. J’ai senti mon coeur se gonfler d’orgueil. Enfin tu me reconnaissais, enfin j’étais Quelqu’un. Toutes ses années passées à me consacrer à toi, entièrement, corps et âme, avaient fini par payer.

Toute une vie consacrée à un enfant, certains diront que c’était du temps perdu, mais je ne regrette rien. Tu as été le plus grand bonheur de mon existence, toi mon enfant spécial. Ceux qui disent encore que tu es attardé n’ont rien compris. Tu m’as appris que la vie pouvait être belle et qu’on ne devait jamais cesser d’espérer. Tu m’as appris que le plus grand bonheur était d’être avec ceux qu’on aime. Tu te souviens? Chaque printemps, nous passions des heures à regarder les abeilles butiner dans le jardin. Je le fais toujours tu sais...

Ne change jamais. Je t’aime.

Ta maman

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Boucle d'or - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Magnifique lettre d'amour ...

    Chaleureusement.

    Servanne

    Posté par Servanne, 29 avril 2008 à 09:43
  • Oh oui, c'est une magnifique déclaration d'amour !
    J'adore la fin.

    Posté par kaliuccia, 29 avril 2008 à 12:26
  • superbe Boucle d'or, j'en suis toute émue.
    tellement de vrai dans ton éloge de l'autre.
    mes amitiés.

    Posté par mirabelle, 29 avril 2008 à 18:00
  • Très belle lettre. Elle fait espérer...

    Posté par Céciline, 29 avril 2008 à 19:02
  • "Tu m’as appris que la vie pouvait être belle et qu’on ne devait jamais cesser d’espérer. Tu m’as appris que le plus grand bonheur était d’être avec ceux qu’on aime"...
    c'est tellement vrai
    avec eux, tout prend une autre dimension
    celle de l'amour simple
    celle du bonheur tout simplement.

    Posté par rsylvie, 29 avril 2008 à 21:51
  • Une très jolie lettre pour un enfant soleil

    Posté par pandora, 29 avril 2008 à 22:48
  • Je trouve ton texte superbe et vraiment tu n'as pas copié sur moi!
    Je crois que nous avons porté deux regards différents: celui d'un frère et celui d'une mère.
    Encore une fois merci pour ce texte plein de résonnances

    Posté par Arthur HIDDEN, 30 avril 2008 à 20:23
  • Une Lettre de Boucle d'Or

    Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve et je ne veux pas avoir peur, même si c'est difficile.
    En tout cas , je sais que ton regard d'amour sur moi m'a évité bien des chagrins supplémentaires.
    Je me rends compte que les autres regards me rendent toujours et encore plus différent. Lorsque tu n'es pas là, J'ai l'impression de vivre dans une bulle éteinte, presque noire parfois. J'ai eu cette sensation quand papa nous a quitté.

    Je ne veux pas imaginer ce qu'on pense de moi, heureusement, j'ai presque appris à ne pas savoir le faire. On nous en rajoute toujours une couche lorsqu'on a l'air de ne pas suivre les affaires des autres normalement. De toute façon ça va trop vite et c'est trop violent pour nous. On ne veut même pas monter sur le manège des apparences. On a le vertige. On est comme on naît et on se débrouille pour cultiver notre petit jardin de joies minuscules. On y plante des graines qu'il faut nous aider à arroser sans aucune interruption,très doucement,comme la rose un peu turbulente du Petit Prince sous sa cloche de verre. Je vais te dire un secret : On n'arrose bien le petit arbre fragile qu'aver le coeur. Tu es ma jardinère préférée et je t'aime avec tous mes bourgeons virtuels.

    Quand tu m'écris, c'est comme si tu mettais des vitamines sur mes racines. Alors je me déploie et je prends confiance.

    Ta Boucle d'Or

    Posté par MthP, 02 mai 2008 à 02:31
  • bonjoru à tous

    merci pour vos réponses
    c'est un sujet qui me tient particulièrement à coeur et ça a été très dur d'aller jusqu'au bout de la lettre :d

    Posté par boucle d'or, 02 mai 2008 à 07:13

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