10 mai 2008
Ombres (Mimik)
Ce
matin pour la première fois depuis longtemps, le soleil s’est invité
dans mon cœur. Depuis ma fenêtre, j’ai vu sur le mur d’en face des
ombres qui n’étaient pas inquiétantes; elles me paraissaient même
attirantes dans leur farandole comme de joyeux fantômes faisant
tournoyer leurs boulets; ces ombres me faisaient signe, et j’ai senti
leur invitation à me joindre à elles, à balancer moi aussi mes chaînes
et boulets...
- Ne lâche pas ton lest, me dit une voix grinçante, ça te donne un poids et une épaisseur rassurantes, ça t’ancre au sol, ça te maintient dans la réalité…
- Oui mais ça te plombe, répondirent les ombres, allez, sors de ta prison, viens donc danser avec nous !
Le
soleil fit un clin d’œil et disparut derrière un nuage ; les ombres
s’effacèrent, le mur redevint gris… « A bientôt ! » me surpris-je à
murmurer…
Je sortis de mon appartement et me dirigeai vers la bouche
de métro pour me mêler à toutes ces tristes ombres muettes se rendant à
leur travail, puis je fis demi-tour et partis flâner sur les quais.
Le bruit ( Kloelle)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai réussi à pleurer. L’infâme a retenu mes larmes jusqu’ici. Une forme d’inertie froide. D’ailleurs, mon corps transpire cette humeur languide depuis des semaines. Depuis le jour où c’est arrivé. Mais il me refuse les larmes. Il y a cette voix qui résonne dans ma tête et qui me crie : Les larmes c’est pour les douleurs nobles !
Elle n’est peut être pas noble ma douleur mais elle me déchire jusqu’à des territoires de mon corps dont j’ignorais l’existence, elle me déforme, creuse des sillons dans mon esprit et y sème sa peur, sa folie et ce bruit…Ce bruit sourd, dense, qui frappe à mes sens jour et nuit.
Ce matin, une lumière vive perçait les volets. J’ai suivi mécaniquement les ombres bucoliques qui, au gré du vent, se projetaient au dessus du buffet. C’est là que se sont libérées les larmes…Dans l’entre-deux d’un mur dévoré par des formes en vie.
Ce jour là, sur la façade brûlée par le soleil, il y avait vos ombres aussi.
Vos ombres désarticulées qui dans un dernier cri de vie se balançaient et mimaient la fête et la liberté.
C’est la dernière image de vous que je garde.
Prendre la mitraillette contre le peloton…Je n’ai pas eu ce courage.
Je me suis caché, j’ai fermé les yeux, porté mes mains à mes oreilles, mais je l’ai tout de même entendu, le bruit de vos corps qui tombaient.
Lever le masque (Flâneuse)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, mue par une saine colère, une envie d’être et de dire, elle balaiera ces compromis qui s’imposent afin d’exister un peu. Elle ira dénoncer enfin son caractère. Elle parlera sans élever la voix certes, au mépris cependant de sa retenue coutumière. Ils sauront ainsi de quel bois ardent elle se chauffe intimement, quelle volonté l’habite en réalité, malgré les fallacieuses apparences. Car, de nature peu ambitieuse, elle ne s’avère pourtant pas cette personne veule que certains affirment connaître, encore moins cette silhouette confuse dont on prétend assurément avoir fait le pourtour. Elle n’est ni ce fantôme errant parmi ces joyeux fats, imbus de leur petite ignorance, ni ce quidam rampant comme damé sous le doute, comme séquestré entre l’inconscience de ses qualités réelles et le soupçon de sa singularité.
Depuis trop longtemps, elle se mure silencieusement dans une neutralité ordinaire, assujettie aux lubies d’autrui, puisque redoutant le conflit et parce qu’abhorrant la violence. Aujourd’hui néanmoins une violence latente transpire soudain, niant le compromis, refusant toute parade ; dès lors, une sédition profonde, absolue, ne désire que s’improviser. Celle-ci entend donc mettre fin à un quelconque retranchement : il ne s’agit plus désormais de temporiser, derrière un verrou, à s’en ronger les phalanges ; il ne faut non plus laisser libre cours à sa peur de heurter quiconque, ou à sa crainte de l’affront général, et vivre en conséquence dans le regret de l’informulé, dans l’abnégation de ses desiderata.
Alors, ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, elle s’autorisera cette témérité et elle aura raison ! Et raison aussi de leur arrogance ! Ce jour, elle ne se fera pas l’ombre d’elle-même sous leurs soi-disant lumières.