Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

16 mai 2008

Chapeau bas (Cameron)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, la pluie ne m’a pas blessée. Ni le tonnerre, si lointain qu’on eut dit la lamentation de quelque dieu oublié des hommes, ni la vague lueur persistante du soleil, au-delà des nuages. Ni mon propre souffle trop court.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, ton ombre m’a saluée d’un coup de chapeau.

Je l’avais esquissée de mémoire, ton ombre, reflet du souvenir sur le mur de nos deux vies. Et ce matin, pour la première fois depuis longtemps, elle m’a souri. Et l’espace d’un instant, tu as été là, de chair et de sang emplissant ton ombre, de chair et de sang me regardant. Comme autrefois.
Mais je n’avais pas de chapeau à retirer, moi, pas même en imagination. Je suis simplement passée devant toi, les yeux clos sur le souvenir, et il m’aurait suffi je pense de tendre l’oreille pour réveiller ton rire, et il m’aurait suffi j’en suis sûre de retenir mon souffle pour te rendre le tien. Je suis simplement passée devant toi.

Peut-être qu’après mon départ, ton ombre a remis son chapeau. Peut-être qu’en réalité, elle continue à saluer tous ceux qui la frôlent. Je n’ai pas eu envie de me retourner pour vérifier ce matin. Car j’emportais avec moi l’écho de ton rire, et c’était la première fois depuis bien longtemps.

Posté par patitouille à 09:30 - Cameron - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    c'est plein de tendresse et de douleur aussi.
    c'est beau et c'est triste.

    Posté par rsylvie, 16 mai 2008 à 11:10
  • à rsylvie : merci de commenter ce qui est une première (et hésitante) participation. Je n'avais pas vu la tendresse, mais je suppose qu'elle y est, d'une certaine façon.

    Posté par cameron, 16 mai 2008 à 15:47
  • Moi c'est au mot nostalgie auquel je pense en lisant ce texte. Et j'aime beaucoup cette phrase "Et l’espace d’un instant, tu as été là, de chair et de sang emplissant ton ombre, de chair et de sang me regardant."
    Bravo Cameron. C'est une belle première.

    Posté par Noisette, 16 mai 2008 à 20:09
  • pour ma part je vois là une belle évocation de la fin d'un deuil. Le vivant frôle les ombres mais s'en détache enfin, revenant vers la lumière.

    Posté par fabeli, 16 mai 2008 à 21:20
  • Texte triste mais aussi plein d'espoir de vie.

    Posté par Claudie, 17 mai 2008 à 09:52
  • bienvenue sur PP, Cameron. c'est un bien beau début que tu nous offres là )

    j'aime bien ton texte, à la fois mélancolique et doux, triste et plein d'espérance. c'est un bon mélange, épicé à souhait.
    bravo à toi

    Posté par pati, 17 mai 2008 à 16:32
  • L'ombre... au chapeau !

    J'aime cette évocation des ombres qui ôtent leur chapeau et le remettent, qui saluent ceux qui les frôlent. L'ombre de ceux qui furent, de ceux qui nous aimèrent, de ceux que nous ne parvenons pas à oublier vraiment ?
    J'aime ces phrases courtes qui racontent la densité des souvenirs.
    Je découvre ce site et le trouve passionnant.
    Bonne continuation, Cameron.. et encore bravo !

    Posté par Cathy, 18 mai 2008 à 09:55
  • Merci à tous de vos commentaires, cela m'encourage. Tout le monde semble avoir vu une évocation endeuillée dans ce texte, mais aussi une envie de vie tout court, alors le but est atteint je présume.
    A Noisette : moi aussi, c'est la phrase que je préfère. Je n'ai écrit le texte que pour elle, je crois bien !
    A Cathy : la densité des souvenirs... c'est vraiment une belle expression.
    A tous : merci encore !

    Posté par Cameron, 19 mai 2008 à 10:02

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