Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

20 mai 2008

La gigue de la vie (Pati)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je suis sereine. Finis, les cauchemars et les sueurs nocturnes ! Dieu que ça fait du bien de ne plus se poser les mêmes questions, tout le temps... quel repos d'un coup ! Pour la première fois depuis longtemps, je me sens bien, incroyablement bien. En paix. Je dirais même joyeuse ! C'est vrai après tout, je peux bien m'octroyer ce droit. Je l'ai amplement mérité.

J'ai la sensation d'avoir erré une éternité. D'avoir perdu ma route, égaré mon but.
J'ai gaspillé une vie à des riens sans intérêt, pour oublier le primordial : vivre. Je me suis engueulée avec ceux que j'aime, et pour quoi ? Des broutilles, des conneries, voilà tout ! Quel gâchis... Il faut donc en arriver à ce point pour se rendre compte de la seule chose importante ?
Il faut croire...
Et puis il m'a fallu admettre mes errements, or ça... si encore j'étais pas bouffie d'orgueil...

Allons, c'est terminé, tout ça est dorénavant derrière moi, et c'est tant mieux ! Je me sens légère, mutine, comme ces ombres sur le mur d'en face qui dansent la gigue de la vie, en une farandole éternelle et facétieuse. Insouciantes et folâtres, elles chahutent ma raison, me poussent aux pires folies, aux plus douces aussi.
J'aime ! Je vis, je suis en vie !

Peu importe le temps qu'il me reste, peu importe ce crabe qui me ronge de l'intérieur, je m'en fous, je vis ! Plus fort que tout, la vie m'a pris dans sa ronde, elle m'entraîne sur l'ultime sentier, mes derniers pas de danse...
Je veux vivre ce qui me reste dans la plus grande intensité, dans la plus forte des volontés : la mienne.
Je veux t'aimer, toi qui accompagne mes pas, jusqu'à mon dernier souffle. Je veux jouer, partager avec mes enfants, pour qu'ils emportent ma joie dans leur âme, pour toute leur vie. Je veux rire avec mes amis, leur donner autant qu'ils m'ont apporté.
Je veux vivre en conscience chaque seconde, pour ne rien regretter.

Maintenant que je sais pouvoir choisir mon dernier moment, je vais pouvoir vivre pleinement le temps qui me reste. Sans craintes. Avec l'envie de vivre comme dernière compagne... Tu vois, j'ai beau chercher, je vois pas mieux que ça ! Je partirai heureuse d'avoir mené ma vie à son terme, certaine d'avoir atteint le bout du chemin. Il aura été beau puisque foulé avec toi à mes côtés. Et puis je me blottirai dans tes bras, pour m'enfoncer dans mon dernier sommeil. Sans regrets, en dignité, le coeur gonflé de ton amour et de ma sérénité.

Posté par patitouille à 09:56 - Pati - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    Retrouver le gout de la vie dans de si tristes conditions ... remarque, parfois ça sauve, justement ! Ca donne encore plus envie de la vivre pleinement, cette vie si fragile.

    Posté par kaliuccia, 20 mai 2008 à 10:13
  • Bravo !
    La vie, ici et maintenant, au coeur de l'éternel présent...

    Posté par Walrus, 20 mai 2008 à 11:34
  • AU PRÉSENT DES MORTELS

    ( par hasard et pour vous mon dernier texte écrit dans la nuit*...que j'espère vous lirez en résonnance...et reconnaissance)

    Les textes - et les poèmes particulièrement qui s'affrontent au temps -
    se lisent au présent d'un éternel printemps...
    Ici commence et vit
    ce "mortel battement"**
    qui s'avance sur le chemin
    du sens caché des choses...
    Et des Êtres aussi
    qui sont là
    en silence
    Nous rappelant leurs voix
    Nous berçant de leurs chants

    Ce n'est rien
    et c'est tout
    Ce va et vient
    qui vit - qui a été qui est -
    Et qui nous tient debout !

    * et que je "poserai" sur mon blog

    ** Jean Tardieu

    Posté par jjdorio, 20 mai 2008 à 12:49
  • La décision de vivre de ton personnage, tu l'exprimes très clairement, chère Pati. C'est une décision grave et qui sera peut-être difficile à tenir; cette maladie a des pièges inattendus. Mais l'essentiel est la "prise de conscience" d'une vie gaspillée (comme nous le faisons tous) en riens, en broutilles alors que les heures nous sont comptées... C'est un beau texte qui vise à la sérénité. Je pense que ce genre de réflexion peut, en effet, aider à surmonter les quotidiens blafards comme les oppositions inutiles!

    Posté par Lorraine, 20 mai 2008 à 16:46
  • texte poignant et plein d'espoir à la fois. belle leçon de vie

    Posté par fabeli, 20 mai 2008 à 22:25
  • merci à tous )

    je n'ai pas voulu ce texte triste, bien au contraire. j'ai voulu exprimer la joie et le calme qui emplit une personne qui réussit à étteindre cet état d'acceptation.

    Posté par pati, 21 mai 2008 à 10:38
  • Ton texte fait vraiment écho à une de mes clientes qui a réalisé qu'elle vivait plus fort depuis qu'elle était atteinte d'un cancer : la vie lui apparaissait tellement plus précieuse.
    Le risque est alors d'être pris au piège dans "je suis plus vivant si je connais un danger de mort".
    Le challenge est d'arriver à guérir, et de conserver le goût de vivre à plein.

    Posté par Tisseuse, 21 mai 2008 à 18:29
  • ho pati que ce texte est fort en soi...
    plein d'espoir et de tristesse mêlée pour ne former qu'une farandole de positivité..
    wouhaou, c'est bouleversant de réalisme.
    un texte à garder en arrière pensée, on en a tous besoin quelque soit notre avenir.

    Posté par rsylvie, 22 mai 2008 à 11:42

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