Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

30 mai 2008

26. Migraine et fils de laine (Lisounette)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine et trois petites poupées. Remarquez, j’y étais entré avec une épouvantable migraine, et trois petites poupées. C’est le jour des poupées, on peut pas y couper.

Chaque famille a ses petites histoires, ses petits rituels ; nos poupées ce sont un peu nos totems. Elles trônent en permanence sur le buffet, dans la maison-boîte-à-chaussures que Lulu a redécoré récemment. Un peu chargée la déco, colorée à souhait, à vous donner des migraines comme celle d’aujourd’hui rien qu’en ouvrant les yeux. Pauvres poupées.

Cette année Jane portera une robe rose et blanche, je n’avais de tissu à fleurs, dommage, mais elle a un gilet jaune, comme celui que sa sœur lui a offert à Noël. Pour moi, j’ai eu des instructions très précises : « Papa, tu fais ta chemise bleue, parce qu’elle est belle ! Et tu coupes les cheveux ! » … Cette petite fait tout pour me rappeler ma calvitie naissante.

« Pas PETITE, papa ! » me dirait-elle. D’ailleurs je lui ai fait une longue jupe, elle a l’air aussi grande que nous maintenant. Je lui dirai que c’est sa jupe de sorcière, celle qu’elle ne quitte plus depuis halloween, trop brillante, bien trop longue, mais qu’est-ce que vous voulez, l’amour ne s’explique pas.

Pas mécontent de moi cette année. J’entre dans la cuisine avec une épouvantable migraine et trois petites poupées.

Posté par Vertumne à 17:06 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25. Compression ( kloelle)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Le ciel est gris, un gris souris qui pourrait donner à croire que nous sommes en fin de journée. Le gris est une couleur parfaite pour les fins de jour, pour les fins de vie aussi. Je retourne à la maison sans me presser, à pied, comme je suis venu. J’espère que j’ai laissé la fenêtre ouverte. C’est pas grand chose mais je vais avoir besoin d’un filet d’air, d’une évaporation des odeurs familières.


Le type du garage a été bien. Il m’a tout expliqué. Moi je ne l’ai même pas regardé, j’avais les yeux fixés sur la tôle écartelée. Vous comprenez, il m’a dit, les pompiers coupent la tôle pour désincarcérer plus rapidement. Il a continué à me donner des détails mais j’avoue que j’ai perdu le fil.
La réalité c’était cet amas rouge, froissé comme du papier, débité à l’emporte pièce. Il arrive que l’on se sente en sécurité à l’intérieur de ces boîtes en mouvement. On ne devrait pas. A force, je n’écoutais plus du tout le mécano, j’étais littéralement happé par l’acier contorsionné et cette manière de souffrance qui explosait silencieusement. J’ai signé les papiers consciencieusement, il m’a dit que j’avais une bonne assurance. C’est vrai je lui ai répondu, c’est une chance. Il faut croire que la fulgurance de certaines douleurs rend con ou éloigne du sentiment essentiel.
Le ciel est gris et j’ai ces trois petites poupées au creux de la main. C’était la semaine dernière, une sorte de festival ethnique ou tu m’avais traîné. Un gus vaguement déguisé genre aztèque a réussi à te vendre ça en te disant que tu allais avoir un garçon et deux filles. Tu m’as assuré que tu n’y croyais pas mais que tout de même l’idée te plaisait. J’ai dit que c’était nul. Maintenant je me dis que je n’aurais pas du, t’as toujours eu besoin que je cautionne tes petites croyances magiques et ça ne me coûtait rien de le faire.
Le garagiste a dit que c’est tout ce qu’il avait trouvé dans la boîte à gants. Je les serre précieusement maintenant, tes trois espoirs de vie d’une vie que tu n’as plus.

Posté par Vertumne à 15:05 - Kloëlle - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24. Migraine et perte de mémoire (Charlotte)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine… Ma vieille 2CH y était bien garée hier soir. Ce matin, elle n’y est plus : disparue, envolée, volée. Jésus Marie Joseph, qu’ai-je fait au bon dieu pour mériter cela ? C’est que j’ai un rendez vous très important ce matin : un rendez vous qui m’attend à la minute près.

Déjà que la dernière fois, il était de très mauvais poils parce que j’avais 30 minutes de retard. J’ai eu beau invoquer les embouteillages, la panne, il ne m’a pas écoutée, ne m’a pas laissée entrer et m’a dit de revenir la prochaine fois. De plus, j’ai dû payer pour ce rendez vous manqué. Je n’en ai pas dormi de toute la nuit et le lendemain matin je me suis tapée un mal de tête qui m’a gardée au lit couchée toute la journée sans manger.

Il paraît qu’il n’y a pas de hasard, mais là, c’est quand même pas ma faute si on me vole ma bagnole pendant que je dors. Va falloir que je prévienne la police et l’autre, qui, je le pressens, ne me croira pas.

-Allo Docteur, ici Charlotte. Je vous téléphone pour vous dire que je ne viendrai pas au rendez vous ce matin, j’ai, une fois de plus, une migraine épouvantable…
-Taratata… je vous attends, Mademoiselle Charlotte, à l’heure convenue comme d’habitude.
-C’est que, Docteur, je n’ai plus de voiture, on m’a volé mes deux chevaux cette nuit.
-Taratata…Où est le problème ? Venez à pieds comme tout le monde et votre migraine disparaîtra.

Jésus Marie Joseph, qu’ai-je fait au bon dieu pour avoir un emmerdeur de toubib comme çà ?

J’ai quand même mis mon courage dans mes deux jambes, j’ai traversé la chaussée, j’ai pris la première à gauche et ensuite la troisième à droite et c’est là, dans sa rue, en bas de son immeuble que j’ai vu ma bonne vieille 2CH tranquille, bien sagement stationnée. La migraine m’en a quittée, toute contente et toute bête à la fois.

« Mais qu’est ce qu’elle foutait là ? »

Je ne sais toujours pas !


Posté par Vertumne à 11:04 - Charlotte - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23. Kit (Flâneuse)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Depuis combien de temps n’ai-je pas mis le nez dehors ? J’avais 20 ans lorsque le fils d’un ami de la famille cherchait un colocataire. Le monde extérieur me pétrifiait déjà, les gens parlaient trop haut me semblait-il, quand muré toujours, j’appelais le silence absolu. Aussi devais-je fuir le carcan familial si pesant tant mes parents ferraillaient. Il me fallait trouver un trou, hors de l’extérieur, un petit coin de rien, un bout de vide à occuper à temps plein, tout au loin. Peu importaient les autres pièces qui faisaient ensemble force histoires, donnaient ouvertement sur la rue, laquelle laissait continûment entrer ses hôtes. Le garage paraissait alors le bloc idéal pour un phobique social et cette disposition contentait bien mon colocataire. D’ailleurs plus tard, mon refus de déloger fera mienne toute la maison, inoccupée.

Informaticien au garage, je dépanne maintenant des particuliers, répare des ordinateurs à distance. L’outil virtuel m’ayant permis d’étudier dans une retraite plénière, me voilà désormais libre de gagner comment vivre. Outre le travail, je comble l’espace en collectionnant des boîtes vides. Leur silence m’amuse. C’est mon dada. Je les remplis d’un billet griffonné au faîte de l’imaginaire. Puis une fois refermée, j’aime ce que chacune recèle, comme un semblant de vie dont j’ignore le décor réel.

Quel plaisir quotidien de recevoir mes emplettes dans ma boîte aux boîtes ! Or ce matin, j’ai été choqué en trouvant un « kit censé chasser les soucis », une boîte habitée de poupées maya, cadeau dû à l’un de mes achats. Adieu la paix, oui ! Vu que le moindre papier ne peut s’y loger, je cherche anxieux le moyen d’employer la chose. Et soudain le déclic : voici que je m’adresse aux figurines, ma langue se délie, flanquée d’un verbiage têtu ! Elles aussi s’obstinent dans leur réduit. Flux de paroles percutant, le dialogue assassin devient incessant. Je sors vite du garage avec une épouvantable migraine.

Posté par Vertumne à 09:03 - Flâneuse - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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