02 juin 2008
31. Vive la créativité ( Alauda )
"Je sors du garage avec une épouvantable migraine..."
Depuis quelques mois, j'avais bien remarqué l' attitude de plus en plus bizarre de ma grande sœur. En même temps, elle a toujours été un peu spéciale, la frangine, un peu glauque. Enfin moi je la trouve "glauque", mais comme j'ai que 9 ans et que je suis un garçon, peut-être que je comprends pas tout.
Elle, elle dit : "Gothique", en pinçant ses lèvres noires percées de cinq épingles en or. Alors bon, gothique ou glauque, moi, je m'en fous, mais là, après ce que j' ai trouvé dans la caisse planquée au fond du garage, je flippe un peu.
On pourrait me dire qu'il n'y a pas de quoi faire tant d'histoires pour trois poupées fabriquées maison, pas spécialement belles. C'est vrai, on peut faire nettement plus réussi dans le genre créatif.
Ouais, sauf que ces trois types, moi, je les reconnais et il se trouve que c'est tous des ex de Miranda. ( Elle s'appelle Virginie, mais interdiction absolue de l'appeler comme ça. Elle, c'est Miranda, point barre.)
OK, pas question de la mettre en rogne pour si peu mais là, ce qui me dérange au point de me coller cette foutue migraine, c'est que sur les trois gars des poupées, y'en a deux qui sont morts dans un accident en moins de trois mois.
Et qu' elle a rompu avec le troisième, il y a tout juste une semaine.
J' ai comme un sale pressentiment, comme dirait l'autre planqué dans sa série télé.
14 février 2008
26. Sans titre (Alauda)
J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et je me suis assis dans la voiture.
Je sais qu'ils m'attendent au cimetière, mais je devais passer d'abord ici.
Voir.
Et maintenant tenter de dire.
Inscrire au moins l' instant.
Quinze ans d'attente.
D' un geste, un mot, un signe.
Qu'il n'aura jamais fait.
Quinze ans d'exil.
Expatrié.
De la patrie moins que du père.
Qui n'a pas su admettre.
Qui est mort sans pardon.
Pardon ?
De quoi ?
De ne pas avoir rejoint son idéal ?
Pardon d'être moi ?
Demain, je reprendrai l'avion moins orphelin qu'hier
parce qu'enfin libéré de tout espoir de lui.
Non fils d'un non père
aux mémoires enchaînées l'une à l'autre.
pour une éternité de silence.
Verrouillé.
24 juin 2007
Je vais vous dire, moi, monsieur.. (Alauda)
Si les choses vont si mal au jour d'aujourd'hui, c'est pour une bonne raison : on n'a plus le sens des valeurs, et puis c'est tout !
Par exemple, je n'ai rien contre les femmes, c'est sûr, il en faut, mais tout de même.
Depuis une bonne quarantaine d'années, voilà qu'elles se piquent d'être les égales des hommes ! Je vous demande un peu.
Depuis qu'un charlot leur a accordé le droit de vote, elles se croient tout permis ! Cette année, il y en a même une qui s'est présentée à la présidence de la République ! En France ! Où va-t-on ??!! Comment voulez-vous que nos fils s'y retrouvent avec des mères pareilles !
De mon temps, chacun savait se tenir à sa juste place et tout le monde y trouvait son compte. Nos épouses, on les respectait : la mère de nos enfants, c'était sacré !
Et elles nous respectaient, nom de d'là !
Aujourd'hui, elles nous quittent pour un pet de travers ! On divorce comme on se mouche, au premier éternuement, tout part à vau l'eau !
Nous, on restait mariés à la vie à la mort, monsieur. On savait garder les apparences, sauver ce qui était essentiel. Il faut dire que les choses étaient claires : on rapportait l'argent du ménage et elles, elles élevaient nos enfants en nous attendant.
Point barre.
Et si on avait envie d'un peu de distraction - pas toujours rigolotes les saintes femmes - il y avait toujours une danseuse, une actrice, bref, un joli petit minois dans le besoin qu'on se faisait un honneur d'aider à vivre plus confortablement.
Un homme respectable se doit d'être généreux.
Et puis, ces pauvrettes étaient dociles, charmantes, elles savaient ce qu'elles nous devaient.
Non, je vous le dis, le problème aujourd'hui, c'est qu'on a perdu le sens des vraies valeurs.
06 janvier 2007
...mais tout de même (Alauda)
Je suis un génie... et je suis modeste.
Je sais, ce n'est pas courant.
Mes congénères aiment se vanter des bienfaits qu'ils octroient à ceux qui
les sollicitent.
Qui n'a pas entendu parler des exploits de celui de la lampe ?!
En a-t-il fait un battage depuis qu'il en est sorti de sa burette !
Mégalo à fond !
Le génie par ci, le génie par là !
Et j'ai réalisé … et j'ai accompli …
Manque d'élégance.
Je préfère l'anonymat, la discrétion.
Je suis un génie sans esbroufe, en un mot.
Et je sélectionne : pas questions de me fourvoyer avec n'importe qui…
Seuls ceux qui savent déceler ce qui se cache à l'envers de mots ont le
pouvoir d'activer mon énergie.
Mais pour eux, je déploie tout mes dons !
A eux les voyages au centre de l'imaginaire !
Lorsqu'ils embarquent avec moi, ils connaissent toutes les extases de la
métamorphose.
Sans limite de temps ni d'espace.
C'est tout de même autre chose que de transformer une SEULE fois un mendiant
en sultan !
Aux plus démunis, aux plus désespérés, j'ouvre la voie du rêve !
Avec moi,ils sont princes et rebelles, bandits de grands chemins ou sages
vénérables…
ls domptent des océans, chevauchent des comètes, conquièrent des galaxies,
épousent des étoiles et s'abreuvent d'amour aux sources du soleil…
Ils sont la vie, la mort…
ls sont l'éternité.
Alors c'est vrai, je suis modeste, mais tout de même… j'en ai un peu assez
qu'on ne parle que du lampiste.
Bon, je dois y aller..
Un passager m'attend…
Si l'aventure vous tente, ouvrez un livre…
Je serai là !
20 décembre 2006
Gore (Alauda)
Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil…
Depuis toute petite, j'ai compris que je n'étais pas comme les autres parce qu'on me regarde avec un drôle d'air et on se détourne pour chuchoter des choses que j'entends pas.
Maman m'a emmenée voir des gens en blouse blanche, plein, plein, qui me mettent des pastilles sur la tête, avec des fils partout, en regardant des zigzags de toutes les couleurs sur une télé toute noire.
Elle leur raconte des trucs sur moi: comment j'oublie tout, comment j'arrive pas à faire ce qu'elle me demande comme il faut, les rêves bizarres que je fais, des fois même sans dormir, les histoires que je lui
raconte avec des monstres ou des choses qui font peur, les petites voix qui chantent dans ma tête. Elle leur dit d'une voix timide que c'est peut-être parce que je suis toujours dans la lune ou que je suis seulement un peu maladroite avec l'air d'espérer qu'ils vont dire pareil. Mais eux, ils font juste "hum, hum" et il re-regardent leur télé avec l'air d'être tristes.
Alors moi, pour les faire sourire, je chantonne la petite chanson que j'ai dans ma tête, mais ma mère elle me dit de me taire, que c'est pas le moment. C'est jamais le moment.
Alors aujourd'hui, comme j'étais toute seule, je me suis assise au soleil pendant longtemps, longtemps et j'ai écouté la petite chanson de ma tête… Et comme j'en avais assez d'entendre ma mère me dire tout le temps
que j'avais les deux pieds dans le même sabot, j'ai eu une idée.
A côté du tas de bois, il y avait la hache du jardinier.
J'entends plus la chanson dans ma tête et je suis toute rouge partout.
J'ai vraiment dû attraper un coup de soleil…
Maman va pas être contente.
07 décembre 2006
La vie secrète des plantes (Alauda)
Au déclin du soleil, le dernier visiteur a déserté les lieux..
Le temps marque le pas.
Le silence relayé de brin d'herbe en brin d'herbe propage la nouvelle :
libres !
On s'ébroue... On sourit.
On soupire. On s'étire.
La pose a été longue - l'été attire du monde - il faut tenir le rôle et feindre l'immobile.
Ignoré des regards, au bord du crépuscule, le peuple végétal entre en métamorphose.
La scabieuse froissée par le vol des bourdons lisse sa robe mauve.
La pervenche se pare d'une once de poudre d'or, offrande enamourée d'un papillon volage.
L'anémone, ingénue, rehausse sa fraîcheur d'une perle de rosée.
La campanule arbore fièrement la mantille impalpable tissée de transparence par l'araignée funambule.
Puis le choeur des jacinthes égrène les premières notes d'une valse embaumée...
Resplendissant dans son habit de lumière, le prince des épis s'incline galamment devant l'humble coquelicot en émoi.
Ce soir, comme chaque soir, il y a bal dans la clairière.
19 juin 2006
Pour un regard (Alauda)
Une fois de plus, je ne voyais que sa silhouette me tournant le dos,..
Déjà sur le départ…
Une fois de plus, j'allais me dire que j'aurais pu, que j'aurais dû.
Que c'était peut-être lui, qu'il était là et qu'il avait disparu sans même
s'apercevoir de ma présence, de mon existence.
Depuis toujours, ma vie se peuple d'êtres qui s'éloignent sans me savoir.
A l'instant où je sens que je peux les atteindre, leur regard, détourné
signe ma transparence.
Je ne connais des hommes que le martèlement de leurs pas en route vers
ailleurs.
Je marche sur les traces de fantômes qui m'ignorent.
Alors ce soir, tant pis
J'accélère le pas…
Toute peur bue
Sans joie
Et sans espoir
Ce soir,
Juste pour un regard
Je vais m'offrir à celui qui ne me voyait pas.
26 mai 2006
Pourpre-amour (Alauda)
Par petite touches, de vie en vie, chacun a pris le temps de peindre,
couleur à couleur, son paysage…
Rouge-vie
Vert-partage
Bleu-rêve
Jaune-confiance.
Noir-délire.
Mosaïque improbable où chaque couleur vibre et vogue, à la rencontre de
l'autre, en permanence, à l'infini.
Fusion irrépressible ou conflit éphémère, elles se mêlent et se refusent,
le temps d'intégrer leur éclat irressemblable.
Cessant de redouter son extinction au feu d'une autre, elles osent se
nommer et entrer dans la danse…
Chorégraphie secrète, harmonie délétère, où chaque particule vibre en sa
plénitude.
Energies de lumière rayonnant du centre de l'univers.
Chant cosmique où se fondent l'alpha et l'oméga..
Ciel et Terre
Toi et Moi
En essence de Nous
Depuis l'origine
Pour engendrer le pourpre, le rouge et le bleu ne s'épousent-ils pas ?
22 avril 2006
Femme-feu (Alauda)
il avait bâillonné sa peur
pour s'ordonner de croire
et il l'avait suivie
aux sources du soleil
sans voir
dans son regard
les promesses d'orages
d'une âme
foudroyée
il fuit
comme on se noie
devant lui
le néant
d'une absence
infinie
un univers
de cendres
seule sa mémoire
scellée
telle une boîte à trésors
désormais interdite
gardera en brûlure
cet éclat de lumière
qui a juste un moment
justifié sa vie
10 avril 2006
Juste une question d'accent... (Alauda)
Dimanche de solitude.
A occuper vaille que vaille.
Adam n'a pas la forme. Sa dernière conquête vient de le quitter.
Toujours le même reproche. Tu ne parles pas. Tu ne me dis rien…
Parler ! De quoi ?
D'ailleurs, il parlait !
Ils ne vivaient pas dans le silence tout de même !
Les femmes sont vraiment étranges.
Sa mère ne l'a pas élevé dans le bavardage.. Elle n'aimait pas les
commérages. Avait une sainte horreur de ces "bonnes femmes, comme elle les
appelaient, qui passaient leur temps à bavasser autour d'une tasse de thé.
Rien de mieux à faire ?
FAIRE. Le maître mot.
Elle avait à faire, elle, et plus que son compte. Avec un gosse à élever et
sans homme pour la soutenir. Mais elle ne se plaignait pas. Digne. Autre
maître mot.
La dignité, c'est savoir faire face, justement, sans aller pleurnicher
chez la voisine, tous les quatre matins. Pas le temps de pleurnicher. Ne
supporte pas les larmes.
Ni les siennes, ni celles des autres. Du luxe.
Courageux. Solide. C'est comme ça qu'elle le voulait. Qu'il est devenu.
Pour elle.
Il lui doit tant. Elle s'est privée de tout pour qu'il ne manque de rien.
Pour être aussi fort qu'elle le rêvait, il a cadenassé son cœur avec sa
pensée.
En zone de turbulences, il érige des murailles de refus lui permettant de
tenir à distance toute souffrance en éveil…
Il passe sa vie enfermé à double tour…
Hors de lui-même.
Il agit..
"Agir évite de s'apitoyer sur soi-même. " Leitmotiv.
Et puis, cette phrase gravée en lui, lorsqu' un jour d'enfance, il avait
laissé libre cours à un chagrin trop grand pour lui: "si tu pleures, mon
petit homme, sur qui je pourrai m'appuyer, moi ?"
Quelle force elle lui avait donné !
Dès lors, ne se sentant pas le cœur de l'abandonner, il s'était interdit
tout abandon à lui-même
Un homme ne s'abandonne pas. Point.
Mais aujourd'hui avec qui partage-t-il ce qui par moment l'étreint et le
serre, serre.. si douloureusement qu'il en aurait les larmes aux yeux, s'il
ne réagissait pas immédiatement pour se lancer dans une nouvelle action.
N'importe laquelle.
Sur qui prend-il appui, lui, lorsqu'il perd pieds et part à la dérive ?
Vers qui peut-il se tourner lorsqu'il ne sait plus qui il est ?
De longues années plus tard, il saura qu' existe une terre d'accueil en
attente de lui.
Il ira, pas à pas, mot à mot, à la rencontre de sa "Terra incognita"…
Pétrie de réceptivité, d'intuition, d'émotions, de paroles…
Niée, contournée d'année en année.
Réduite à l'impuissance et à la stérilité, elle attend qu'il la nomme et
qu'il la reconnaisse.
Eve, encore obscure, à l'intérieur de lui.
Pour que cesse son exil de lui-même au nom d'une masculinité mal comprise…
Ce jour-là, la légende absurde d'Eve née de la "côte d'Adam" sera
l'histoire réelle de son union avec
l' "autre côté" de lui-même.
Il sera libre d'aimer.
D'être aimé.
De s'aimer.
Mais en ce dimanche de grisailles, absorbé par les échos du monde extérieur,
il ne le savait pas encore