07 décembre 2006
in memoriam , le dormeur du val .(Alceste)
Je fendais comme la vague des plages,
Le vert Sarazin de juin, parsemé de coquelicots.
Le souffle de la brise marine,
Émergeant de la falaise
Courbait la frêle céréale encore en herbe.
J'entendais le roulement d'un tonnerre là bas,
Malgré ce ciel si pur,
Comme un lavis d'aquarelliste.
Je foulais ce tendre produit de notre terre,
Qui aurait dû servir à nourrir l'homme.
Cette année il y avait beaucoup de coquelicots et de renoncules.
Au fond du champ je remarquai une grande renoncule dorée,
C'était les cheveux d'un homme couché.
Il avait un gros coquelicot sur le torse.
Il était mort ce mois de juin 44.
In memoriam : le dormeur du val...
06 novembre 2006
2050 ( alceste)
Dés que Virginie fût en âge d'écrire, elle a demanda à son père, de lui offrir un carnet, comme ces journaux intimes, aux couleurs roses bonbon et avec une petite clé dorée .Enfant solitaire, fragile et méditative elle
prit l'habitude d'aller s'assoire sur les marches du grand môle du port, pour écouter la respiration de la mer, qui remplaçait celle qu'elle n'avait plus.
Là ses longs bras de vent marin doucement l'entouraient, et sa fraîche respiration haletait dans son cou, tendit que ses beaux yeux de vague d'opale s'ouvraient et se fermaient amoureusement derrière ses longs cils blancs d'écume .Sa Mer alors lui parlait, et lui racontait le monde . Dans son petit carnet elle écrivait ainsi tous ce qu'elle rêvait de faire ou vivre.
Pour une enfant de sa génération tout était à rêver. A cette époque on croyait qu'en l'an deux mille on circulerait en soucoupes volantes. Vivant seule avec son père modestement tout lui paraissait inaccessible à sa condition, mais ce qu'elle aimait par-dessus tout c'était l'idée du voyage, c'est pourquoi outre le môle c'est la gare qui la fascinait le plus. Elle n'avait jamais pris le train mais parfois avec son père ils allaient
chercher un membre de la famille. Pour elle l'ambiance qui régnait dans cet immense hall avait le parfum de l'aventure de l'inconnu, et elle s'imaginait montant avec sa belle valise en cuir comme ces élégantes dames dans le wagon des première, pour une des ces destination mythiques.
Le monde qu'elle connaissait était encore à dimension humaine, la nature avait encore ses droits qu'il fallait respecter .La vie était simple, les joies et les plaisirs modestes. Dans son carnet la liste finalement ne s'allongeait pas beaucoup, en dehors de destinations rêvées.
Le temps passa, le monde changea et l'an deux mille fut là dans sa triste et matérielle réalité. Elle avait beaucoup voyagé en train et contre toute attente elle n'aurait jamais imaginé qu'elle prendrait l'avion comme ces dames en manteau de fourrure qui descendaient la passerelle des caravelles d'Air France que l'on montrait aux informations cinématographique avant le film.
Un jour leur prof de math leur avait dit en cours, votre génération sera celle des ordinateurs, il y a en aura partout préparez vous à cela. Virginie ne comprenait pas. Pour elle ces machines qui occupaient des placards entiers comment pourraient elles être partout .Elle tapota avec nostalgie son portable pendant qu'elle attendait l'annonce de l'embarquement, dans cette nouvelle Babel qu'était l'aéroport d'Amsterdam.
Elle se revoyait assise sur les marches du môle, avec sa « Mer » adoptive, qui ondulait à ses pieds, un petit peuple de poissons et crustacés s'agitait à ses pieds. Parfois les bateaux des pêcheur passaient devant elle, débordant de poisson frais, et les rudes marins engoncés dans leur vareuse répondaient par de grands gestes à son timide salut .Maintenant elle ne retourne plus sur le môle, il n'y plus de poissons, plus de bateaux, plus de pêcheurs, et les plaques de pétrole irisent une eau lourde de pollution.
Qu'il était doux qu'il était simple le monde de son enfance, qu'il est triste, agité, compliqué, dur, celui dans lequel elle vit.
Dans cinquante ans se dit elle, il n'y aurait plus de pétrole et plus de poisson dans la mer .Elle retournerait bien sur son môle à ce moment là pour voir. C'est décidé, elle vivra centenaire !
26 octobre 2006
"un train nommé désir " ( Alceste)
Quand j’avais 17 ans je ne savais pas que j’étais belle ; quand je l’ai découvert il était trop tard .
Je n’imaginais pas qu’un garçon puisse me trouver intéressante, moi j’avais très envie qu’on me prenne dans les bras et poser ma tête sur une épaule comme dans les films .Parfois il y en a un qui venait me voir mais c’était juste parce que j’étais la meilleure du lycée .Pourtant parfois je surprenais des regards que je ne comprenais pas , furtifs , qui se détournent vite , presque coupables .
Ma famille est d’origine modeste, nous avions l’obsession de la réussite sociale. Mon père surtout, qui s’est fait tout seul comme on dit en traduisant un anglicisme. Pour nous les filles pas d’obstacle aux études, mais l’espoir partagé finalement, de fonder une famille heureuse selon certains critères préétablis .Un jour je l’ai rencontré lui, dans la bibliothèque du lycée, il était gentil, et timide, pas spécialement beau, mais il a osé et j’ai laissé sa main se poser sur mon cou.
Nous avons fait ce qu’on attendait de nous, et nous voilà tous sur le quai de cette gare en famille accomplie.
Je viens de croiser le regard d’un homme qui me fixe, sans aucune gêne, attendant patiemment que je m’intéresse à lui .Et c’est ce que je fais avec une impudeur totale , le détaillant goulûment .Négligemment habillé d’une veste sombre, d’une chemise dont les deux premiers boutons sont dégrafés, laissant deviner une mâle pilosité , un pantalon à pince qui souligne une taille fine , des cheveux un peu longs et en désordre et des yeux clairs qui éclairent un visage anguleux à la peau légèrement halée ,il a un petit sourire désabusé. Il tient un livre à la main dont il ne lève les yeux que pour me regarder avec cet étrange sourire triste.
Nos yeux s’embrassent et le sourire s’accentue, le mien vient le nourrir.
Je viens de découvrir ce que le mot aimer veux dire, je viens de me sentir belle dans le regard d’un homme, désirable et désirée.
Quand il est monté dans le wagon il m’a regardé une dernière fois et il a juste cligné des yeux .Je ne savais pas ce que plaire voulait dire, mais il est trop tard maintenant. Je suis sur le quai avec ma famille « accomplie » et je regarde une belle silhouette penchée à la fenêtre du compartiment, bientôt elle ne sera plus qu’un vague souvenir.
22 septembre 2006
C'est pas de l'amour mais... ( Alceste )
Je ne l’aime pas mais tant pis ! De toute façon est-ce qu’on a besoin d’aimer son chef ? Je le respecte, ça suffit non ? Il me regarde d’un sale air ! Normal, j’aime pas les english , moi j’suis breton et on les aiment pas ces gus ! Bon mais à part ça, j’ai vu qu’il en avait là où il faut, donc ça va, j’le suis. Juin 44 , on nous a dit que c’était le grand jour. Grand jour de quoi, je sais pas, mais en tout cas je le sens pas ce coup-là. On attend sur le transport de troupe avec interdiction de descendre. Bonjour l’odeur. Je le sens vraiment pas ce coup... En attendant j’ai parié toute ma solde et je l’ai perdue, comme ça pas de regrets si j’en reviens pas.
Je relis l’ecclésiaste, c’est de circonstance, non ? Mon pote, lui, il joue de la guitare, du folk irlandais, c’est bien ; j’y comprends rien mais ça me plaît. Y a pas les binious, mais quand même ça me rappelle le pays, j’en chialerais presque. A l’aube c’est parti, les transports de chaland appareillent et ça secoue dur. Moi j’suis un marin, ça m’gêne pas, mais les autre y dégueulent rude. J’en profite pour finir les quarts de gnole, que les autres y peuvent pas boire vu leur état !
Putain la gueuse, elle secoue dru ! Y a au moins des creux de deux mètres. Remarque, moi ça me plaît, ça rafraîchit, j’ai pris des couleurs avec tout ce que j’ai bu !!!!
Merde t’as vu c’qu'y leur mettent aux fridolins en face, y doit pas en rester un debout après ça ! Hé bien tant mieux, j’ai p’têtre une chance d’en revenir ! Je pense à ma mère. Normal j’vais mourir. Quand même c’est con, j’sais même pas si ça vaut le coup, cette putain de guerre. Je savoure la mer, les embruns, cette beauté du monde, j’en voudrais encore, j’voudrais la partager avec ma promise, c’est pas pareil à deux... Mais voilà c’est foutu ! Si ça s’trouve, elle est déjà avec un autre, par précaution vu les circonstances. Bon j’lui en veux pas c’est normal. J’inspire de grandes goulées d’embruns, les dernière certainement. C’était bon la vie quand même.
Le transport s’immobilise et on met à la mer les barges de débarquement, c’est bien les anglais ça ! T’as vu ces coques de noix, du contre plaqué ! On s’demande comment ça flotte avec tant de mec dedans... Sûr que si on nous canarde, on est cuit !
On est entassés dans cette boite en attendant la prochaine, y en a qui dégueulent, d’autres qui prient, certain pleurent, c’est nul la guerre.
A côté de moi un mioche chiale, il appelle sa mère, sûr qu’y va pas la revoir, le pauvre. Ça y est, le bal des condamnés commence, ça tombe de tous les côtés.
L’english égrène le compte à rebours avant le contact. je fais quand même un signe de croix, des fois que Dieu existe, on sait jamais.
J’entend les impacts des balles de mitrailleuses lourdes, ça crie de tout les côtés, ça hurle, c’est l’enfer ! Putain ! Le paradis, je sais pas si ça existe mais l’enfer, c’est sur terre, pas de problème !
Top !!!!!! L’avant tombe et ça siffle. Six gars s’effondrent, ça gicle partout, je plonge sous le pauvre type devant qui a explosé avec ses boyaux, y en a un autre qui me tombe dessus ; je rampe mais je le laisse sur moi, ça tape dessus (les salauds en face), j’avance à moitié noyé . y en un devant moi qui cherche son bras , l’autre qui retient ses tripes, moi je bouge pas, je fait le mort. Je vois l’english devant, il se tient la cuisse, il a un trou juste au dessus du genou, c’est pas trop grave la fémorale n’est pas touchée.
Je rampe vers lui et je commence à le traîner derrière un paquet de cadavres accumulés le long des défenses anti-débarquement, ça claque partout mais là on est tranquilles, faut juste attendre, y a plus urgence.
Il me regarde et me fait :
- thanks, guy !
- Tu m’gonfles, que j’lui répond, faut pas exagérer non plus, on va pas s’rouler un patin quand même !
J’l’aime pas mais tant pis, j’ai pas pu m’en empêcher. J’pouvais pas le laisser crever quand même, ce con...
12 septembre 2006
Noces marines ( Alceste )
J’ai posé la tête sur le sable qui s’enfuit
Je regarde, caché derrière les herbes agitées par le souffle marin .
Il y a ces dunes qui ondulent comme un beau corps dénudé ,
Cette générosité femelle, qui projette ses mamelles
A l’ocre doux et savoureux .
Il y a ces petits plis , comme des fossettes charmeuses ,
Qu’on voudrait caresser du doigt .
Il y a ce varech touffus qui comble cette déclivité humide .
La mer vient caresser cette grève amoureuse, par petits coups de langue
Par vagues discrètes , elle fait glisser le sable vers elle ,
La recouvre et l’enlace ,
S’insinue par le petit ria qui coule vers elle .
Puis elle s’agite violente et se pâme dans un rouleau extatique ,
Lentement comme a regret elle se retire , pleine d’écume ,
Qu’elle dépose apaisée sur le sable détrempé .
On entend comme un soupir , celui du ressac .
27 août 2006
pas question d'ecrire : P.P. ( alceste)
Il y a des mots que je n’aime pas, que je n’aime ni lire ni écrire et dont
le graphisme m’irrite.
J’attend d’un mot qu’il me donne accès au rêve par son pouvoir d’évocation,
sa capacité à m’entraîner dans un monde magique à explorer comme dans »
Alice au pays des merveilles «.
Il y a des mots avec lesquels je n’aime pas jouer, et que mon clavier
ignore. Pour chacun de ces mots sacrifiés, il y a certainement de bonnes
raisons. Celui auquel je fais allusion, a déjà cette sonorité triviale qui
raisonne dans un texte comme une fausse note .Je n’aime pas le prononcer, et
encore moins imaginer de le lire à haute voix. Il me tire vers cette frange
de l’enfance où le moi tout puissant englobant l’univers dans sa totalité,
commence à douter découvrant avec angoisse que sa mère n’est peut être pas
qu’amour mais aussi exigence .
C’est un moment difficile, qu’on pourrait comparer à la première monte d’un
cheval sauvage, il y a toujours quelque chose de triste la dedans.
Je suis toujours surpris par conséquent que les adultes utilisent ce mot
connecté à l’enfance de l’apprentissage, qui semble les tirer vers une
infantilisation verbale, comme une faute qu’on avouerait.
L’usage de ce mot dans une phrase casse irrémédiablement l’esthétique, la
musicalité, l’affectivité qu’on aurait eu avec un texte.
Vous ne le trouverez donc jamais sous ma plume, non que je me surestime,
mais simplement que c’est au dessus de mes forces.
Ainsi je n’écrirai jamais : » j’ai terriblement besoin de faire pipi »
17 juillet 2006
qui voit houat voit l'ankou ( Alceste)
Après quelques minutes de marche, il avait déjà oublié pourquoi il était là, concentré, sur la sensation grisante qu’il vivait un moment « enharmonique» (néologisme personnel) de sa vie. C’était une simple intuition, à laquelle il croyait par expérience, accoutumé aux irruptions de ces états seconds qui, fondant sa personnalité, avaient induit la structure chaotique de son chemin de vie .Si on devait d’un mot le décrire, on dirait : observateur (mais, passif et curieux faudrait il ajouter). Ainsi, il avait certes voulu ce temps d’isolement et d’éloignement en un lieu qui a lui seul symbolise le recul existentiel, mais, cette décision s’était imposée à lui et l’endroit n’avait été qu’un rêve dans le rêve, une image flottant en son esprit et s’agglutinant à ses pensées les plus quotidienne devenant si prégnante qu’il ne pouvait que l’accomplir. Finalement le motif de sa présence sur l’île d’Houat , n’avait plus aucun intérêt , il était là c’est tout .Quand on arrive sur l’île c’est simple il n’y a qu’un chemin il suffit de suivre : genre de situation qu’il adore c’est simple on ne se pose pas de question . Il n’y avait donc que cette petite route à peine goudronnée qui menait à la pointe de l’île là où il savait pouvoir planter sa tente. En arrivant on traverse un groupe de maison plus qu’un hameau (on appelle çà en Bretagne un keriaden ) , blanches avec les volets peints de la couleur des coques de bateau , des pen ti , souffrant déjà des stigmates d’un tourisme émergeant Il ne voulait pas s’arrêter et poursuivi ,courant presque malgré le sac à dos pour enfin découvrir le sentier sablonneux qui prolonge la route s’engageant dans l’étroite bande de terre , si fragile , qui tranche l’océan , comme une plaie aux deux berges égales , la plage au vent, convulsée de rouleaux violents , la plage sous le vent, aux couleurs et à la sérénité rappelant les îles paradisiaques .Il découvrit l’endroit qu’il avait vu en rêve et planta sa tente solidement afin qu’elle ne s’envole pas avec ce vent qui est celui de la pleine mer , rien de l’arrêtant . Il faisait vite n’ayant qu’une idée en tête .S’assoire, en tailleur, et face à la mer, s’immerger dans son rêve pour le méditer, le vivre, l’accomplir et peut être l’espérait- il comprendre, voire enfin cette pulsion terrible qui l’avait tiré ici, cesser son insoutenable attraction.
Il se dirigea vers la plage au vent et plongea dans les rouleaux se laissant masser par les frappes glacées des vagues, savourant cette eau primordiale et baptismale .Il sortit assez vite, la température de l’atlantique en pleine mer ne se prête pas à de longues baignades. Sur la grève il s’amusa à laisser couler le sable entre ses doigts, car quoi de plus symbolique pour visualiser la vie, quand on aspire à méditer .Enfin assis devant sa tente il se prépare un frugal repas et observe l’horizon infini que rien de limite, il a l’impression de pouvoir observer la terre entière, il est l’homme observant la création. La question fondamentale en forme de réponse qui voudrait que l’homme ait été crée pour rendre compte de l’univers, que le divin est dans l’improbabilité totale de cette occurrence consciente qu’est l’humain.
Puis il reprit il repris le cours de ses pensées en essayant de se rappeler la raison de sa présence ici.
En réalité il avait voulu cette solitude totale, précisément pour l’éprouver, car il ne la connaissait pas, sa personnalité faisant qu’il ne pouvait quoi qu’il fasse être seul. Cette capacité à affronter et accepter la solitude était la condition nécessaire à la résolution de sa problématique personnelle , sa relation à l’autre mais aussi à son cheminement spirituel car comment revenir à l’essentiel , comment revenir chez soi comme dit le proverbe zen , si on ne peut être seul . Seul ce bord de mer particulier offrait toutes les caractéristiques essentielles à une bonne introspection .Il savait en outre, à l’aube d’une décision personnelle, que seule une solitude extrême, un bout du monde, une Patagonie virtuelle pouvait couper les cordons (ombilicaux) que sa mère, intrusive maintenait tendus, que seule cette traction géographique avait une chance de provoquer la rupture. Pour une fois il voulait décider seul, et accepter les conséquences de son choix qu’elles soient bonnes ou mauvaises pourvu qu’elles soient de son fait.
Malgré ces bonnes résolutions, son manque d’expérience en la matière fit qu’il ne tarda pas à déprimer. Ce qui eut au moins l’avantage de révéler à ses yeux sa futilité personnelle face aux vrais enjeux de la vie.Il en était là de ses considérations existentielles, quand le soir venu et le soleil explosant dans un bain de sang sur la mer d’un vert de glaces polaires, la pénombre rampante, accentuant son spleen il crut percevoir un bruit de charrette tirée par un cheval. En effet,( on appelle ça chez moi un tombereau), attelé à cette sorte de percheron particulier qu’on trouve en Bretagne bringuebalait sur le chemin et il pensa voir un îlien venu chercher le varech, mais neni c’était un vieux marin en vareuse avec une faux sur l’épaule ! Son visage moutonnait comme la mer qu’il travaillait et ses yeux étaient de ce vert qu’on perçoit quand on plonge en apnée, mais sa bouche édentée lui donnait un sourire de spectre .La charrette s’arrêta à sa hauteur et le vieux marin s’adressa à lui dans notre langue qui ne connaît pas de bonjour :
Neuze eo beo ha yah an dud du – ze ?
Ya! Eo, eo,! mat tre !
Curieuse salutation que de demander si les gens chez moi son en vie et en bonne santé !
Chouchen em’ bo ! chouchen ganeoc’h ?
Il voulait du chouchen, l’hydromel, l’accool des dieux, boisson insupportable aux effets imprévisibles. Par hasard ( ?) il en avait acheté deux flacons en guise de souvenir pour le retour .Il perçu qu’il ne pouvait refuser cette demande …Il lui tendit le flacon au breuvage doré, que l’autre saisi sans un mot et commença derechef à vider (en Bretagne on ne dit pas merci mais ça serait trop long à expliquer ici). Quelques rasades après, le vieux l’apostropha :
Que connais tu de la mort mon gars !
Il ne se formalisa pas, dans les pays de culture celte, la dureté du climat, et historiquement de l’existence, fait le lit de cette mentalité rêveuse imaginative et méditative.
J’en ai peur et parfois je la désire
Tu as tord de la désirer et tu as raison d’avoir peur c’est salutaire ! Profites de ta vie qu’elle soit bonne ou mauvaise car il n’y aura pas de seconde chance crois moi. Il t’a été fait un don précieux, sache le goûter sagement.
Bon, kenavo !
Kenavo deoc’h ! a gwech arall !
Sur , s’esclaffa t –il !
Il voulu lui donner le deuxième flacon et pour cela se pencha pour le saisir, mais quand il se retourna, il avait disparu !le sang reflua de son visage, c’était l’Ankou ! La grande faucheuse qui facétieuse comme à son accoutumée lui avait donné une belle leçon. Plus de déprime, la vie est belle !!!!!!!!!!!
01 juillet 2006
Un rendez-vous divin (Alceste)
« L’unique ascenseur de l’immeuble est momentanément hors d’usage »
Vincent regarde hébété l’affichette sur la porte d’acier , écrite à la main , sur un banal carton , contrastant avec l’ambiance hi Tech du hall de l’immeuble de 120 étages de la société « O isumi takayashi , electronic and co » . Son regard se tourne avec angoisse vers la porte signalée « sortie de secours » avec le pictogramme « escalier » , il a rendez vous au dernier étage !
Par principe , d’une main moite , il pianote sur son agenda électronique et vérifie que c’est bien ce jour et à cette hauteur qu’il a rendez vous .
Un entretien d’embauche avec le DRH de cette société , cela ne se refuse pas quand on est au chômage depuis 1 an malgré un doctorat en physique nucléaire , un master en nanotecnologiques et un diplôme d’ingénieur système réseaux en informatique .
D’un regard circulaire , il embrasse le vaste hall curieusement désert et ne s‘explique pas non plus l’absence contre toute logique de nombreux ascenseurs compte tenu de la taille du building , de zone d’accueil et de l’activité effrénée qu’on s’attend à trouver au siège de cette société internationale .
C’est avec appréhension qu’il pousse la porte fatidique pour ce retrouver dans un escalier minuscule , aux marches de granit usé . Il reconnu cette ambiance humide et tellurique de cave , celle la même qu’il le terrifiait quand enfant il descendait dans les sous sols de l’ancestrale maison .
Sa main essuie le mur de pierre brut , qui suinte d’humidité . Un instant il a envie de faire demi tour mais une lassitude intérieur le pousse à mettre le pied sur la première marche .
Il enfile les marches et reprend son souffle à chaque palier étroit , mais ne les compte déjà plus, l’esprit tendu vers cet impossible rendez vous .
Tout de même, il s’étonne de ne croiser personne , mais déjà la logique ne fait plus partie de lui , et l’univers torse de l’escalier l’entraîne dans un vertige ascensionnel . Le temps et l’espace abolis il a déjà oublié pourquoi il gravit en sueur , hors de souffle , ce diabolique escalier .
IL regarde sa montre , cela fait deux heures qu’il grimpe , et la faim le tenaille .
Il débouche à ce moment sur un nouveau palier , muni à droite d’une sorte de guichet , une petite sonnette en bronze est posée . Machinalement il l’agite , le guichet s’ouvre et une main lui tend une assiette et un verre puis disparaît il ,n’a pas le temps de poser de question que déjà la guillotine du guichet tombe .
Il a oublié le temps maintenant et il continue à monter , il ne sait même plus pourquoi !
Enfin , il lui semble qu’il n’y a plus de marche . Il est devant une gigantesque porte en bois massif , à double battant .Une antique clef est accrochée à un banal clou . Il la prends et ressent le poids de cet alliage trivial , l’examine . Elle est très compliquée , avec son penne déchiqueté , mais n’a rien de Hi tech , ça non !
Il attend puis se résout à l’introduire dans l’huis . L’ébranlement d’un obscure mécanisme fait vibrer la clef entre ses doigts puis la porte s’ouvre d’elle même . Devant lui un homme le regarde et tends la main en lui montrant de l’autre la clef restée enclenchée . Sans réfléchir Vincent se retourne et la lui remet . Sans un mot et sans un regard la silhouette au visage dissimulé par la pénombre , le croise,puis sort par la porte qui se referme lentement .Quand il réalise que de ce côté là il n’y a ni poignée ni serrure il est trop tard .
A ce moment ,il a la même psychologie qu’un condamnée à mort , une sorte de distanciation de détachement de renoncement , et se retournant il examine la pièce dans laquelle il se trouve .Elle est vide , un ordinateur trône au milieu avec un banale chaise en bois . Sur l’écran il y a écrit ceci :
-Bienvenu Monsieur DIEU !
vous commençait tout de suite . !
Vous devait décider du destin de la petite Lim song . Son père élève des volailles , doit elle mourir de la grippe aviaire ?
Il s’assoit et n’espère plus que la venue de son successeur .
28 juin 2006
Puissance du ressac (Alceste)
Une seule jambe se balançait , agacée au dessus de l’eau d’un vert profond, mais sale, du port , l’autre était repliée comme en demi lotus .Le soleil chauffait ses jambes et son cou tandis que le vent donnait cette caresse, qui faisait supporter cette brûlure . Elle sentait la chaleur lourde de force contenue de la main qui était placée sur son épaule , elle pesait pesait pesait .La moiteur de son corps, alangui par ce midi estival , la happait dans son inconfortable étreinte .
Elle aurait voulu que ce poids se relâche, la quitte, la laisse ,elle aurait voulu respirer mais non , elle était comme plaquée au sol par une technique martiale, comme immobilisée impitoyablement .
Je ne crois pas que ce soit une bonne idée Mark , non je crois pas vraiment !
En même temps son regard s’agitait comme un animal paniqué cherchant à fuir , cherchant une opportunité de fuir ,elle se sentait prise au piège .
Elle sentait dans ses muscles cette immenses lassitude qui la poussait à renoncer à se battre, à tendre ,à baisser la tête ; elle n’eut que la force de redire encore une fois :
Non je ne crois pas tu sais !
Elle sentit la main qui maîtrisait mal une violence impatiente ! elle sentit l’orgueil ,l’absence de doute, l’incompréhension le refus de l’autre réalité ,celle qui n’était pas la sienne .L’incapacité à ,ne serait ce qu’imaginer ,que l’autre ne puisse pas vouloir son vouloir !
Enfin cette voix qu’elle avait tant aimée ce ton si doux qui cachait si bien la volonté implacable la force terrible de « l’avancer » vers le projet , le but ,ce « vouloir» en mouvement , cette voix, commença à la caresser lentement, dans un flot de mots qui lui rappelait le mouvement de ressac de la vague, sur la grève à côté du bassin du port , cette grève ou ils marchaient tout à l’heure en silence .Elle eut la tentation , comme dans un grand abandon érotique de se laisser effondrer dans les puissantes étreintes de ces mots , de n’être encore une fois plus que sa chose celle qui voulait ce qu’il voulait , cet objet consentant du désir .Ce ressac tel un acte amoureux l’entraînait et la retirait de son vouloir,de son destin personnel .Elle sentit qu’elle perdait pied , elle sentit sa faiblesse immense , cette force féminine qui fait le monde dans sa passivité faite de puissance . Cette force à accepter à épouser la volonté de l’univers , cette fécondation du sens mystique du monde .Oui , vient cette force qui me prends moi la femme LA FEMME . OUF , NON NON NON NON ! voilà elle avait subit cette emprise qu’elle avait fuit ce jour bénit entre tous , ce jour de liberté .
Voilà , tu vois , ce soir de fumée de jazz , dans ce pub américain , seule, une légère ivresse la portait ,avec les vagues du blues , la tête en arrière, elle tombait . Il s’est assis à sa table sans prendre garde , un peu déconnecté visiblement . Quand il a constaté sa présence il a dit bonjours vous ! elle lui a répondu bonjour toi , t’es qui ? Je sais pas et vous ? moi non plus !
Ils parlèrent se livrèrent , s’ouvrirent toute la soirée entre deux ivresses , puis il se sentirent obligé de faire l’amour mais cela avait si peu d’importance ! ce fut sans lendemain .
Mais pour elle ,cela avait beaucoup d’importance !elle ne supportait pas la trahison . Mark sut très vite car elle voulait qu’il sut .Elle ne s’aimait plus , ce n’est pas lui qu’elle n’aimait plus .
Tout avait ce goût de cendre , cette amertume de la vérité de la vie . Elle avait refusé d’y croire et pourtant c’était vrai .Elle n’avait plus envie d’elle . Rester comme un animal blessé dans son trou et c’est tout .
Lui , n’avait pas accepté ; il disait qu’aucun homme ne pouvait avoir la prétention d’être parfaitement fidèle .Alors ils s’étaient retrouvés dans ce vieux port de Bretagne si cher à leur cœur , disait il .
Pour lui rien n’avait changé , il l’aimait il la voulait . Mais justement elle ne voulait plus être voulue !Elle ne se voulait même plus , alors !
Qu’as tu à perdre Hélène finit il par lui dire !
Justement se dit elle : rien ! voilà ,plus rien .Elle se disait qu’elle ne pouvait plus exister , qu’elle ne serait plus que l’ombre d’elle même .Comment avoir le goût de soi , il paraît que cela s’apprends qu’on s’y fait .
Elle se dit qu’elle n’était déjà plus là , qu’elle était morte que c’était bon mais pas encore assez , qu’elle voulait mourir encore plus , mais voilà la suite c’est plus dur .
Elle se dit que finalement, quelle importance cela pouvait il avoir de s’offrir à celui qui ne la verrait plus …………
22 mai 2006
Rouge et bleu (Alceste)
93, les colonnes infernales étaient entrées dans le bocage vendéen depuis quelques semaines. La semaine dernière, une colonne avait été décimée par les chouans, non loin des sables d’Olonnes .
Simon, le long fusil à baïonnette des patriotes à la hanche avançait dans le chemin creux, à l’arrière de la section envoyée en reconnaissance .La sueur perlée aux coins de ses yeux, ses mains étaient blanches à force de serrer la crosse, dans le dos il sentait sa chemise trempée par la peur .Seul le cliquetis des armes et le chuintement des souliers qui s’extrayaient de la boue rythmaient sa marche.
Bientôt ils débouchèrent dans un minuscule et misérable hameau. Immédiatement des hommes coururent devant la troupe. Sans semonce ils furent abattus.
C’est alors que la folie meurtrière s’empara des soldats qui pénétrèrent rapidement dans les pauvres chaumières , en extrayant femmes et enfants , et ce qui fut des hommes devint des démons embrochant tous ces être innocents .
Simon se mit à vomir, immobile à l’arrière, tremblant de rage et de désespoir.
Soudain son attention fut attiré par une femme tenant son enfant en bas âge que tirait vers lui un des soldats. Il jeta l’enfant à terre d’un côté, la femme de l’autre la plaqua au sol et remonta sa jupe .S’en était trop pour Simon !
Il dégaina le sabre de cavalerie qu’il avait pris un jour sur le corps d’un combattant, et lança :
Arrête !
L’autre ne broncha pas, la femme hurlait
Arrête !
T’as qu’à attendre ton tour andouille !
Un sifflement suivi d’un bruit sourd, un geyser de sang, la tête grimaçante roulait déjà au sol.
Un silence soudain envahit la clairière .Autour de lui la troupe s’était immobilisée et faisait cercle, une incompréhension qui exorbitait leurs yeux leur donnait un apparence de spectres.
Traître hurlèrent t-ils en cœur.
Immondes lâches, vous n’êtes pas des soldats de la république !
L’officier avança, le regarda droit dans les yeux :
Je te comprends, mais tu dois mourir, car nous sommes en guerre, et tu viens de commettre un acte de haute trahison.
Citoyen officier, tu appelles ça une guerre ! Ces hommes que tu tues sont des paysans comme toi, et ces femmes et ces enfants ne portent pas d’armes. Je suis soldat pas criminel !
Fais ton devoir citoyen ! Et il lâcha son sabre.
Sans ménagement ses anciens compagnons le poussèrent contre un mur et le mirent en joue.
Sur le bleu de la vareuse, une tache rouge commença de grandir.
Pour qu’un homme affirme la valeur et la dignité de l’humain, le bleu et le rouge ne s’épousent t’ils pas ?