21 janvier 2007
Retour aux sources (Amanda )
J'ai volé mon âme à un clown,
J'lui ai piqué ses grimaces,
J'ai copié ses farces,
J'ai mis son nez rouge et son bonnet blanc,
J'ai accroché ses bretelles jaunes à mon jean bleu,
J'ai enfilé ses chaussettes à rayures vertes,
J'ai soufflé très fort dans sa trompette,
Je me suis enfuie avec son petit chien
Que j'ai pris pour le mien...
Il ne lui restait rien,j'vous dis,
J'lui ai tout piqué,
J'lui ai ri au nez,
Et pis, j'l'ai laissé tout nu au bord de la piste.
Et pis, et pis, ben j'ai essayé,
Essayé de les faire rire.
J'ai tout essayé,
J'ai dansé, sauté,
J'ai fait ma déjantée,
J'me suis flanquée par terre.
Rien à faire...
Tous me regardaient, l'air navré,
Se demandant quelle mouche m'avait piquée.
J'étais déchaînée, j'hurlais : " Allez, riez, riez, riez ! "
Mais les masques de pierre sont restés de glace.
C'est alors que mon âme en folie
A grimpé tous azimuths à l'échelle de corde,
Elle a couru sur le fil,
S'est balancée bien fort en trapéziste
Et est retombée sans filet
Vlan, entre les grosses lèvres rouges
Du clown nu, là, tout en-bas
Au milieu de la piste.
22 novembre 2006
Adieu Willy ( Amanda )
Les allées du cimetière sont décidément bien tracées.
Comme la vie de Willy.
Les pelouses qui ceinturent les parcelles sont fraîchement tondues,
Comme le jardin de Willy.
Ce cimetière fait la gloire de la ville de Halle.
Halle, en Belgique, non loin de Bruxelles.
Une petite ville paisible, tranquille,
Comme Willy.
La télévision y a même tourné un feuilleton
Une histoire de flics, de meurtres
Pas du tout le genre de Willy.
Willy, le calme, le serein.
Ni poète, ni artiste, ni écrivain
Pas pour lui, tout cela.
Son truc ? La pêche à la ligne, au Canal.
Ce matin, pourtant, il n'y est pas allé.
Depuis ce matin, il dort au cimetière.
Il est parti comme il a vécu, Willy
Sur la pointe des pieds, discrètement.
Et pourtant,
L'église était pleine, le cimetière bondé.
Car tout le monde l'aimait, Willy, le gentil !
Une vie sans histoires, sans passion,
Plate comme le canal...
Est-ce que vraiment cela en valait la peine ?
Désormais c'est son problème, ce n'est plus le mien.
03 novembre 2006
La Digue ( Amanda )
Je m'appelle Léon.
J'habite la petite maison sur la digue.
A Ostende, pas loin de l'estacade.
C'est ma digue.
J'en suis dingue, de ma digue.
C'est un tout petit morceau de digue,
Pour moi, tout seul.
Et la mer du Nord vient tous les matins me dire bonjour.
Bonjour Léon !
Bonjour Léon !
C'est ce qu'ils disent, eux, les autres,
Ceux qui n'ont pas de digue.
Bonjour Léon, le dingue de la digue !
Ils disent...
Ils disent qu'il faut être fou...
Fou, pour vivre tout seul dans cette vieille cabane
Au bout de la digue, fouettée par le vent et la pluie...
Il est fou, Léon !
Moi, ça m'est bien égal ce qu'ils disent.
Je suis Léon
Je suis dingue de ma digue.
Et voilà qu'ils arrivent
Avec la pelleteuse, avec la machine infernale
Qui fait du bruit,
Tellement...
J'ai mal à la tête, moi !
Ils creusent, ils bétonnent,
Ils ascensionnent une Tour de Babel
Avec cette statue de femme dessus,
Juste devant ma cabane...
J'ai mal à la tête,
J'ai mal au coeur,
J'ai mal à ma digue...
Je suis dingue de ma digue
Dingue à en mourir.
Mais elle, là-haut sur sa Tour de béton
C'est décidé, elle vivra centenaire...
20 octobre 2006
Les émigrés ( Amanda )
Cette fois, c'est la bonne !
Ils nous ont jeté.
Dehors ! Ouste !
On n'est pas d'ici,
On n'est pas des leurs.
Ils ont dit : " Retournez dans votre pays ! "
Ils ont dit : " Sales étrangers ! "
Ils ont dit ...
J'ai pas tout compris, je suis trop petit.
Ils avaient des casques et des matraques aussi.
J'ai eu peur.
Ils ont dit plein de choses très méchantes,
Qu'on mangeait leur pain,
Qu'on était des profiteurs, des voleurs et même des assassins.
Ils ont dit que si on vivait dans leur pays,
Fallait s'adapter,
Fallait manger, prier et s'habiller comme eux.
Mais, c'est pas juste !
Nous, les enfants, on veut rester !
Pimprenelle et moi, on est né dans ce pays, on n'a jamais connu d'ailleurs.
On va à l'école, on a plein de copains !
Je joue au foot avec les autres !
Ils vont nous mettre dans un avion.
Avec des menottes pour pas qu'on s'enfuie...
Et un coussin si l'un de nous crie...
J'ai peur !
Nicolas.
24 septembre 2006
ELLE ( Amanda )
Je ne l'aime pas, mais tant pis.
Faut faire avec...
Mais qu'est qu'il m'énerve ce mec
A torturer comme ça les cordes de son violoncelle.
A-t-on jamais vu ça ?
Dans une chapelle ?
Et pour un mariage un petit peu " précipité" ?
Et en "toute intimité" !
Je l'ai toujours détesté, cet instrument.
Il me vrille l'oreille
Comme un bourdon en rut.
Oh, et puis, zut !
Je suis sûre, mais alors là
Ma main au feu
Que c'est elle qui a choisi ça
Je la reconnais bien là.
Elle, oui, elle, Amanda !
Folle Amanda, l'anaconda !
C'est sa mère, ma belle-mère.
Belle comme un sac poubelle.
Méchante comme une teigne
Rembourrée de partout
Avec sur la tête une espèce de chou
Arborant un sourire forcé
En voyant son fils coincé.
Je ne l'aime pas, mais tant pis.
J'ai quand même touché le pactole.
Son fils chéri, ce guignol
J'ai pas dû lui forcer la main
Pour qu'il me touche les seins !
Et une fois l'enfant né,
J'aurai vite fait de me barrer.
Mes arrières sont assurés,
C'est sans rechigner que le futur Père
A assuré mon avenir
Sans la prévenir, elle, la belle-mère
Elle, Amanda
Ouhlà, elle ne va pas aimer cela.
Décidément ce musicien
Ne joue pas très bien.
Je ne l'aime pas, mais tant pis.
Ils ne m'ont pas demandé mon avis.
12 septembre 2006
Douce ( Amanda)
Si douce,
Elle, plage de sable fin,
Caressée,
Bercée,
Léchée,
Sucée,
Par la marée.
Marée qui monte, lentement,
Et puis s'en va
Et puis revient
Et recommence.
La mouille,
L'envahit,
La submerge.
Elle se laisse couler
Et se noie
Dans la vague de plaisir
Qui remonte plus fort
Encore et encore...
Jusqu'à la lame de fond
Jusqu'à la petite mort
Douce
Si douce.
20 juin 2006
Chronique d'une mort annoncée ( Amanda )
Cette fois, c'était l'impasse.
J'ai demandé : " Combien de temps encore ? "
L'homme en blanc a baissé la tête,
L'homme en blanc sans mot dire
M'a ainsi avoué son impuissance...
Pour moi, pas de remède,
Pas de Fée Clochette ni de potion magique.
J'étais condamnée, contaminée.
Contagieuse aussi
Et donc dangereuse.
Ils m'ont mise en quarantaine.
Je n'étais pas seule.
On était bien une centaine
A l'avoir attrappée cette saloperie,
Venue de loin, venue d'ailleurs...
Et pourtant, j'aurais bien aimé...
Vivre ? Encore un peu, oui, sûrement.
Mais surtout mourir, autrement,
En pleine forme
Resplendissante de santé.
M'offrir à celui qui ne me voyait pas
Et me dévorerait avec délice.
La vache folle.
...et folle aussi, Amanda
23 mai 2006
Aveiro - Printemps au Portugal ( Amanda )
Des chevelures rousses accoudées à des balcons de cuivre,
Et tout autour, des volets bleus.
Des drapeaux, des drapeaux rouges défilent
Sous un ciel peuplé d'hirondelles, bleues.
Les hommes sont en marche,
Avec au fusil l'oeillet de la liberté
L'oeillet de la révolution d'avril, rouge.
Les hommes marchent vers d'autres hommes.
Ceux-là portent l'uniforme, bleu.
Tout à l'heure, ils vont tirer.
Ils vont verser le sang,
Le sang des leurs,
Rouge.
La liberté a-t-elle toujours la même couleur ?
Pourquoi
Le rouge et le bleu ne s'épousent-ils pas ?
10 mai 2006
La Dame du Nil ( Amanda )
La felouque descend lentement le Nil bleu.
Entre Louxor et Assouan, le fleuve se teinte parfois de vert émeraude étincelant
Suivant ainsi les caprices de Râ, le Dieu Soleil.
Un vent léger soulève les longues tiges de papyrus qui, paresseusement
Balaient la rive.
Au loin passe un âne.
Un bufle broute l'herbe rare.
Un vent léger soulève les voiles de la Reine d'Egypte,
Etendue sur son haut lit en roseaux dressé sur le pont.
Deux colosses nubiens dont les tuniques blanches
Recouvrent la peau sombre
Se chargent de chasser mouches et autres insectes
A l'aide d'éventails géants.
Nul ne viendra troubler la sérénité de la toute puissante Hatchepsout,
Nul, à part la brise n'ose toucher la Grande, l'Unique.
Hatchepsout, auto-proclamée Pharaon d'Egypte,
La seule femme à jamais porteuse du titre sacré,
Hatchepsout qui, à la tête de son armée, chasse l'ennemi hors de l'Egypte
Hatchepsout, qui pêche à main nue les perches du fleuve,
Hatchepsout, qui ne craint personne sauf les Dieux,
Et encore car Horus la protège et la douce déesse Hathor veille sur elle.
Ce soir, Hatchepsout hésite, en sirotant son cocktail de jus d'hibiscus...
Qui aura l'honneur de partager sa couche cette nuit ?
Elle n'a qu'un nom à prononcer...
Celui de l'esclave qui l'adore et qu'elle chérit en secret.
Celui-là même qui érige pour elle un temple dans la vallée des Rois
Son temple, auquel elle tient tant
Son architecte Senmout...
Ce soir, Hatchepsout suivra son coeur,
Elle ne craindra personne et défiera le monde
Elle ne commettra plus la même erreur, erreur de jeunesse,
Au temps où peu importe leur nom,
Ses amants, elle les aimait bronzés, polis par le vent et l'eau
Chauds et...bien cuits.
28 avril 2006
Rien d'autre... ( Amanda )
Vous qui passez sans me voir,
Arrêtez-vous juste un moment.
N'ayez pas peur,
Je veux vous montrer ma boîte à trésors...
Elle vous fera sourire sans doute,
Car elle ne contient que des petits bouts de papier
Rien d'autre.
Rien d'autre que des mots,
Rien d'autre que des lambeaux
D'un coeur laminé
Pour conjurer une si longue absence.
Tenez, lisez :
Appétit
Amant
Attention
Arnaque
Alibi
Abandon
Angoisse
Adieu.