26 mai 2008
9. Hémicrânie (Antigone)
Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Une migraine tenace.J’ai pourtant déjà pris deux cachets ce matin, juste avant d’avaler, bouche crispée, mon grand bol de café. Grave erreur sans doute, une tisane aurait mieux été acceptée par mon réseau veineux en ébullition !Une migraine à se taper la tête contre les murs, à se plonger la tête dans l’eau froide de l’étang qui jouxte la maison, à hurler dans l’air frais de cette nouvelle journée, une migraine forte à pleurer, une migraine à détester tout le monde, et moi la première,... [Lire la suite]
11 mai 2008
Chanson douce… (Antigone)
Ce
matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis surprise à
chanter, tu sais cet air que tu fredonnais lorsque j’étais petite,
celui qui donnait envie de tourner sur soi, très vite, et puis de
tomber, essoufflée, les jambes en l’air, dans les coussins du sofa.Ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai pensé à toi.Les rideaux ont pris tout à coup une teinte plus grise.Les ombres des bibelots se sont arrangées pour se faire plus discrètes, plus pâles.Peine
perdue. Tu étais là au milieu du salon,... [Lire la suite]
20 avril 2008
38. Djinn (Antigone)
Il faut absolument que je pense à changer de lieu…
Le café-restaurant, dans lequel je me rends, chaque jour, aux environs de midi, devient de plus en plus bruyant, et ELLE ne vient plus.
Peu m’importe alors d’observer tous ces gens, leurs assiettes, leurs tasses fumantes, leurs sacs qui bâillent et leurs sales habitudes, si ELLE ne vient plus.
Bien sûr, il me reste encore des détails à chiper ici et là, des petits bonheurs discrets, des incongruités dont je tapisserai les cloisons de ma solitude ce soir. Bien sûr.
Mais je... [Lire la suite]
31 mars 2008
18. Motivation (Antigone)
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Il faut croire que la paresse épuise, je ne vois que ça.Lucie me jette des coups d’oeil vaguement compatissants le matin, au petit-déjeuner, mais je sais qu’elle ne supportera pas longtemps mes joues sombres et ce jogging usé que je traîne partout depuis quelques temps.« Tu fais quoi aujourd’hui ? », me lance-t-elle, le nez dans son bol de café. J’ai toujours aimé contempler la mobilité de ses sourcils et leur jeu expressif. Ils expriment en ce... [Lire la suite]
15 mars 2008
22. Décision (Antigone)
Nelly
est une gentille fille. La plupart du temps, je prends du plaisir à
écouter sa conversation. C’est un peu pour cela, il faut bien l’avouer
que je passe prendre un café rapide tous les matins dans son bistrot, avant
de monter quatre à quatre les escaliers qui mènent à mon bureau.
J’avoue même avoir un léger béguin pour elle. Nous faisons semblant,
tous les deux, de croire encore à cette histoire de cafetière en panne
qui s’éternise depuis des mois.
Ce
matin, son bonjour me laisse pourtant froid. Je n’ai qu’une... [Lire la suite]
22 février 2008
4. Paradis (Antigone)
Il
n’en a parlé à personne, pas même à son meilleur ami. Il aurait pu,
Samuel aurait compris, lui aurait gentiment tapé sur l’épaule, et lui
aurait dit : « Vas-y fonce ! ». Il connaît Paul depuis si longtemps…
Il
a préféré tout organiser dans le plus grand secret. Il a pris
rendez-vous avec cette agence qui vend morceaux de terrains en friche,
pas de porte improbables et studios d’artistes sous les combles. Il
s’est acheté, comme on choisi un livre sur un étal, pour sa quatrième
de couverture, son petit coin de paradis.
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09 février 2008
7. Si (Antigone)
J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, l’ai déposé bien en évidence sur le bureau.
Il faudra bien que je les écrive un jour, ces mots qui ne viennent plus, qui se tassent en moi.
Il faudra bien qu’il surgisse cet apaisement libérateur, ce déluge verbal qui me fait peur.
Je connais le pouvoir de mon écriture, je le redoute aussi.
Les larmes. Les palpitations du cœur. Les cris.
Je
regarde un instant par la fenêtre, l’agitation de la rue, la lueur des
réverbères, la beauté des pierres. J’ai... [Lire la suite]
27 janvier 2008
10. Testament (Antigone)
Mes bien chers frères, vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai réuni, justement aujourd’hui, ici, tous les cinq. Vous vous en doutez certainement, l’heure est grave car rien ne pourrait me résoudre à vous éloigner de vos familles, de vos affaires si prenantes, de vos maisons, s’il n’y avait urgence et malheur, à venir.Je suis votre aînée, et je vous ai vu naître et grandir, chacun. J’ai espéré, longtemps, qu’une sœur arrive parmi vous, vienne me tenir compagnie dans ma chambre, serre ses petits bras contre les miens. J’ai... [Lire la suite]
14 janvier 2008
16. Départ (Antigone)
J’ai
bien fait le tour de la question, mais rapidement, très rapidement.
J’ai tourné trois fois les mots dans ma bouche avant que de les dire ;
ils sont sortis tout seuls, sans efforts.
« Non, c’est moi qui pars ».
Il
n’a pas fait un geste. Il est resté prostré dans son fauteuil, encore
étourdi sans doute, par l’ampleur de sa propre déclaration matinale :
« Je ne t’aime plus, Rosa, je veux partir. Nous perdons notre temps
ensemble. »
J’ai réfléchi ensuite, longuement, toute
la journée, au bureau,... [Lire la suite]
20 novembre 2007
19_Bus (Antigone)
Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, j’ai mis celles qui brillent, qui me donnent un air chic et sophistiqué, mais qui me font mal aux pieds. Il faut dire que je ne m’attendais pas à devoir marcher si longtemps, de si bonne heure, et par ce froid, pour aller travailler.J’ai raté mon bus, tout à l’heure ! Je l’ai vu s’immobiliser quelques secondes à mon arrêt et s’élancer presque aussitôt, sous mon nez, sans égards pour la passagère habituelle que je suis. Je suis certaine que le chauffeur pouvait me voir, le bras levé, en... [Lire la suite]
