Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 mars 2008

07. 365 jours par an (Aubade)

Elle est belle, vous ne trouvez pas ? C’est ma femme. On s’adore.

Parfois, je l’habille genre sexy-rétro - c’est le cas aujourd’hui - , parfois, j’en fais une élégante - vêtements chics, fourrure, bijoux, sac et pompes en croco véritable - , parfois, je la couvre d’un sac-à-patates. Et je l’aime toujours autant. Et je le lui dis. A longueur de journées, 365 jours par an, je lui dis « je t’aime, ma chérie, mon amour. »

Elle ne répond pas. Jamais. Elle fait semblant de ne rien entendre. Elle regarde dans le vide, comme si j’étais transparent.

Et ça dure depuis 8 ans : 8 ans que je lui parle, à longueur de journées, 365  jours par an. Huit ans que je lui dis que je l’aime, ma chérie, mon amour ; 8 ans que je lui pose la même question. Elle ne répond pas. Elle se tait depuis 8 ans, à longueur de journées, 365 jours par an.

Mais j’arriverai bien à la faire plier. Qu’elle ne s’imagine pas qu’elle pourra toujours se taire ! Elle finira  par craquer, par répondre à cette question que je lui pose depuis 8 ans, à longueur de …(vous savez bien)

Elle finira bien par me dire avec qui elle était, cette nuit-là.

Sinon ?  Si elle ne me répond pas ? …   je serai obligé de la secouer de nouveau, de la battre de nouveau. Et je devrai de nouveau enterrer son corps, tout au fond du garage, comme il y a 8 ans.

Et cette fois, même mon avocat ne voudra pas croire à une fugue. C’est comme ça qu’on perd un procès !

Posté par _Sammy_ à 14:00 - Aubade - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


28 juin 2007

HAN !!! (Aubade)

Ferme ta bouche quand tu manges, ne mange pas avec tes doigts, ôte tes doigts de ton nez, ne fourre pas ton nez dans les affaires des autres, reste polie s’il te plait, ne laisse pas traîner tes affaires, range ta chambre, fais tes devoirs et couche-toi tôt, lis : ça te mettra du plomb dans la tête, ne lis pas la nuit, n’abîme pas tes livres, tiens-toi droite, ne passe pas des heures au téléphone, ne gaspille pas ton argent de poche, ne rentre pas trop tard, ne parle pas aux voyous du quartier, coiffe-toi convenablement, ne t’habille pas comme une fille de rue, ne claque pas la porte quand tu sors, fais ton lit, ne reste pas une heure dans la douche, termine la vaisselle avant d’aller au jardin, enlève tes chaussures mouillées en rentrant, ne te bourre pas de sucr…

C’est à ce moment-là que -HAN !!!- je l’ai poussé, cet automate, de la terrasse du MIM (7è étage) où il dévidait son insupportable boniment : une impulsion soudaine, irrésistible.

Puis, sans parler aux voyous du quartier, je suis rentrée chez moi faire mes devoirs, terminer la vaisselle, prendre une douche en 2 minutes, ranger ma chambre, me coucher tôt, sans me bourrer de sucr…

Posté par patitouille à 17:30 - Aubade - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 juin 2007

Jolie poitrine. (Aubade)

Je lui avais apporté le dernier paquet de photos des enfants . Belle-Maman adore les photos ; alors, je demande d’office un double tirage et je lui donne le deuxième jeu. Elle les regarde, lentement, tout à son aise. Elle fait son petit commentaire sur chaque cliché :

        -  là, Aline a tes yeux !
        -  oh ! comme Marc ressemble à ma fille,
        -  ouaw ! le petit sourire coquin de Julie : mignonne à croquer, tout à fait sa mère !
        -  qu’ils sont mignons là, les jumeaux (ton nunuche)
        -  cette grimace d’Aline, on dirait qu’elle boude ; elle te ressemble décidément.

Pendant ce temps, je sirote l’infecte tisane qu’elle prépare rituellement à chacune de mes visites et j’attends que ça passe. Ses commentaires, je les connais par cœur, ce sont toujours les mêmes : Aline a mauvais caractère, elle me ressemble ; Marc et Julie, les jumeaux, sont  mignons, adorables, à croquer et ils ressemblent à sa fille, mon ex : la divine Amélie, la super-peste.

Aujourd’hui, Belle-Maman regarde les photos en silence. Très lentement. Sans le moindre commentaire. A voir ses mimiques, je suppose qu’elle se concentre sur les portraits d’Aline, mon aînée, qui me ressemble et qu’elle a prise en grippe, je ne sais pourquoi, ou plutôt si, je sais : parce qu’elle me ressemble, justement.

Puis, avec la dernière photo du paquet, vient un commentaire, une remarque, unique, mais qui me fait dresser l’oreille : « jolie poitrine ! » Mais de qui donc parle-t-elle ?

Je me lève, je vais me pencher sur son épaule et je comprends enfin son mutisme et mon incroyable gaffe : je lui ai donné le paquet des photos prises à la soirée (soirée un peu olé-olé, je dois l’admettre) d’enterrement de la vie de garçon de mon vieux copain Olivier.

Une sueur froide me glisse entre les omoplates. Je lui arrache le paquet des mains et tout ce que je trouve à dire avant de prendre mes jambes à mon cou, c’est « Excusez-moi, c’est une erreur. »

Posté par Coumarine à 17:28 - Aubade - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2007

Fin prêt (Aubade)

J’ai presque une heure d’avance sur eux, mais j’aime être fin prêt quand ils arriveront. Et c’est du boulot !

D’abord, préparer la plage : enlever tout débris, coquillage, trace d’algue ou déchet abandonné par les estivants de la saison passée. Puis, égaliser, égaliser, encore égaliser : il faut une surface parfaitement plane, parfaitement lisse, parfaitement horizontale. Puis ratisser, deux fois, perpendiculairement. Le plus difficile, c’est bien sûr d’aligner les chaussures. J’en ai prévu 143 paires, absolument identiques : cela fera 12 rangées de 12 paires, moins une, au centre : ma place. J’ai passé trois jours sur mon ordinateur pour calculer la pointure idéale des chaussures (c’est du 42,5), la meilleure distance entre les paires afin d’obtenir quelque chose d’harmonieux, quelque chose qui satisfasse le regard, qui fasse dire « c’est évident, c’est exactement comme ça que ça devait être. » Le résultat ? il faut 83 cm exactement entre les talons d’une rangée et les pointes de la rangée suivante, et 91 cm entre les bords latéraux des chaussures de deux colonnes successives. Au centre, j’ai dessiné précisément l’endroit où j’allais mettre mes pieds. Tout cela est rendu plus difficile quand il y a un peu de vent qui fait voler le sable : il faut épousseter les chaussures, et remettre les lacets en place : les deux boucles doivent être exactement de la même longueur (3cm), et les pointes ne peuvent pas toucher la semelle.

De plus, je ne dois laisser aucune trace dans le sable ; tout ce travail se fait un râteau à la main ; un râteau à très fines dents, vous comprenez ?, afin d’aplanir le sable au mieux au fur et à mesure de mes déplacements, qui doivent donc se faire à reculons.

Enfin, tout semble prêt. Je n’ai plus qu’à prendre ma place au centre, mettre mes pieds nus exactement à l’emplacement dessiné au centre, toujours en ratissant derrière moi pour effacer mes dernières traces, et c’est prêt . Fin prêt !

Il me reste une heure à attendre, immobile, bien droit, impeccable dans mon costume gris. Puis, les photographes vont arriver. La photo sera parfaite. Coumarine sera contente : elle la mettra dans la prochaine consigne : la consigne 43.

Posté par _Sammy_ à 09:30 - Aubade - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 février 2007

De l'eau tiède et du savon (Aubade)

Je suis restée une heure environ dans la salle de bains. J’y étais entrée simplement pour me laver les mains après avoir farfouillé dans la poussière et les toiles d’araignées du grenier. J’étais à la recherche d’un miroir ancien, mis au rebut depuis de longues années, et que, soudainement, j’avais eu envie de retrouver pour lui donner une deuxième vie dans ma chambre récemment redécorée.

J’avais pris le gros pain mauve de ce savon à la lavande que Chloé m’avait ramené de son dernier séjour en Provence, et je le faisais mousser avec délectation dans mes mains, noires des souvenirs poussiéreux du grenier. Le robinet en col de cygne laissait couler un mince filet d’eau délicieusement tiède, et le lavabo, d’abord moucheté d’éclaboussures grisâtres, retrouvait peu à peu le ton « vieil ivoire » de sa porcelaine fatiguée.

J’étais seule à la maison. Tout était calme, paisible. Seul le bourdonnement lointain d’un moteur –une moto probablement, ou plutôt un scooter- troublait un bref instant le confortable silence de cette soirée.

Je laissais paresseusement mes mains reprendre couleur humaine sous le jet d’eau tiède, lorsqu’ un bruit vague, indéterminé, me fit dresser l’oreille. Etait-ce des pas ? des murmures ? le grincement d’une porte mal huilée ? le craquement d’un vieux meuble ou de la rampe d’escalier ? J’eus en tout cas la certitude que ces bruits étranges venaient d’ici même, de ma maison, et je sentis instantanément mon pouls s’emballer et mon front devenir moite.

J’attrape une serviette, m’essuie sommairement les mains et fais tourner le verrou le plus silencieusement possible. Des yeux, je cherche une arme. J’ouvre fébrilement une trousse. Je m’empare d’une dérisoire lime à ongles. De l’autre main, je saisis un flacon de laque pour cheveux. Me voilà enfermée, tremblante, l’oreille aux aguets. Le bruit semble venir de la cave ? Non, plutôt du rez-de-chaussée. Puis cela s’arrête. Mais mon cœur continue de battre la chamade: quelqu’un est là, en bas, juste en-dessous de moi. Je ne l’entends plus? Il monte probablement, et la moquette de l’escalier amortit son pas. Il doit être à mi-étage, presque en haut, déjà sur le pallier, probablement devant la salle de bains où je me terre, l’oreille à quelques centimètres de la porte, à quelques centimètres de « lui », sans doute. Le temps passe, infiniment long: une heure peut-être, ou un siècle. Je n’ose ni bouger ni respirer.

Soudain, un nouveau bruit me fait sursauter: on dirait qu’on ouvre, puis qu’on referme la porte de rue. « Il » serait reparti? Je respire. Puis, je réalise que non: il n’est pas parti. Au contraire, voyant le champ libre, il a dû faire entrer un complice. Je me sens mal, j’ai peur de m’évanouir. Je m’assieds sur le sol, respirant avec difficulté.

Ce que j’entends ensuite, c’est la voix claire de Chloé. Chloé, rentrée de voyage un jour plus tôt que prévu, monte l’escalier en criant « Mais enfin, où es-tu? Et pourquoi es-tu montée sans éteindre la télévision? »

Posté par pivoineblanche7 à 13:55 - Aubade - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 janvier 2007

Sans issue favorable. (Aubade)

J’ai volé mon âme à un clown,

à un clown empâté,

un intrus pernicieux,

ni jeune ni très vieux.

Faut-il tout raconter ?

J’ai volé mon âme à un clown,

un clown apprivoisé,

doublure impertinente.

Fatalité naissante,

miroir désespéré.

J’ai volé mon âme à un clown,

un être silencieux

au discours incendiaire;

j’ai voulu le faire taire,

il m’a fermé les yeux.

J’ai volé mon âme à un clown.

Ce clown m’avait conté

d’horribles petites fables.

Sans issue favorable,

son âme, je l’ai jetée.

Posté par patitouille à 17:30 - Aubade - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 décembre 2006

Un bronzage de rève. (Aubade)

"Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil!", dit Aline en rentrant de la plage.
Mais il n'en est rien. Et elle le sait. C'est juste un prétexte. Un prétexte destiné à me faire admirer son bronzage.
Aline laisse tomber sa sortie de bains sur le fauteuil le plus proche, et se pavane en bikini devant le grand miroir. Elle tourne et retourne sur elle-même, se tord le cou pour essayer de voir son dos. Bronzage parfait, c'est vrai. D'ailleurs, elle a mis le paquet pour l'obtenir. Depuis trois semaines, elle minute la durée de ses expositions: 5 minutes de chaque côté, 3 fois par jour au début, puis 10 minutes, etc. Elle multiplie les crèmes: prébronzage, bronzage, après-bronzage, hydratante, polyvitaminée, apaisante, dynamisante, revitalisante, anti-âge,... Cela lui coûte une fortune. Mais qu'importe! Elle est en vacances pour s'amuser, pour flirter, pour séduire.
Moi, je suis coincée ici. Toute la journée, dans mon fauteuil rouge. Et je rève. Je m'imagine: belle séduisante, enjouée. Une nuée de beaux garçons me suit, m'admire, me fait la cour. Je soigne mon bronzage, je m'achète crèmes et lotions, je me pavane devant le miroir.
Mais ce n'est qu'un rève. Aline, c'est moi, vous l'aurez compris, et regardez-moi,  dans mon fauteuil rouge: vous verrez bien de quelle façon je peux prendre mon pied!

Posté par Coumarine à 19:07 - Aubade - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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