29 février 2008
33. Mauvais présage (Azalaïs)
Il n’en a parlé à personne.
Quand il vit cette ombre sur le mur, son corps fut pris soudain dans un étau de verre, son regard se figea ! Il lui revint en songe ces histoires funestes qui lui glaçaient le sang et que sa tante Elsa lui contait en secret dès que la nuit tombait. Ces fables fantastiques où la mort s’annonçait par mille et un présages étranges : croiser le passage d’un chat noir, entendre le battant d’une cloche agité par le vent, le marteau de la porte qui frappe alors qu’il n’y a personne dehors, le plancher qui craque… la silhouette de quelqu’un suggérée dans un mur …
Serait-ce donc la fin ? Combien de temps encore ? Autour de lui, dans l’insouciance gaie de ce beau soir d’été, la vie suivait son cours, ignorante et légère. Mais pour lui, désormais, rien d’autre ne comptait que ce visage obscur entrevu dans ce mur ! Combien de temps encore ?
Alors, il avança, tout droit dans la lumière, étonné de ce bleu qui habillait les cieux.
19 décembre 2007
Une souris verte … (Azalaïs)
Suis trop vénère ! Comment y m’met la pression l’autre là, le père Lustucru! Sérieux, j’ai la haine ! D’un autre côté… pécho la souris verte, c’est trop d’la balle ! Faut juste attendre qu’elle vienne sniffer sa luzerne et hop, en deux-deux, j’te la coince par la queue ! Parole, elle y verra qu’du feu ! J’te raconte pas comment qu’il va kiffer grave l’autre nouille avec sa mère Michel, ça va être d’enfer !
Bon, jusque là, y a pas d’lézard, j’assure! Le prob, disons, c’est la suite ! Là, j’ai comme un doute ! Quelque part, je sais bien que c’est mieux dans l’eau, mais dans l’huile, c’est trop top ! Bon, disons que c’est dans l’eau ! Ok ! Et après, j’en fais quoi ? Note bien que le coup du chapeau, à l’heure qu’il est, c’est comme qui dirait trop chaud ! Le coup du placard alors ? Ca se défend ! Oui mais non, dans le placard, il fait trop noir !
Oh ! Mais c’est qu’elle commence à m’chauffer cette histoire de souris ! Sérieux, j’ai les boules ! Et si j’laissais tomber ? Ou alors je vais voir l’autre bouffon là, le Dagobert ! Non, mais ça va pas la tête ? Dagobert, il a toujours deux de tension ! C’est n’importe quoi ! Oui mais d’un autre côté, avec son pote Eloi, y a pas photo ! Comme faiseurs d’embrouilles, y a pas mieux ! Je leur refile le taf et ni vu ni connu, j’me casse !
Oh ! Ziva comment qu’elle va m’chercher la mère Michel ! Sur l’air du tralalala, sur l’air du tralalala , sur l’air du tradéridéra et tralala !
02 décembre 2007
7. Hola Lola (Azalaïs)
Hola, Lola,
Jevatedire coman t’es moche vec tonoeille de serpaon, ta lippe de zirgonflexe, tes fring’ de domaïzelle du chicos et tes tresses léchées de tit file à ta moman !
T’avé pas l’droit de me chiper Maxime ! Maxime, c’été mon raivamoi, mon zardine zicrette, mon pétarfice, mon zoli manèze de tornicoti tornicoton !
Jesai, j’éssie pas d’ac vec la gramatic françoise nivec la métresse cotoi, je connais pas le corback et le rénar cotoi, mé moi, jai ja des poilopattes, patoi, j’ai des nénés dans le retiengorge, patoi !
Lor voila : si demain Maxime y reviens pas, j’te pête le nez à la récré !
Et jirai pas à ton niversaire voila !
Aza
24 novembre 2007
35_Il suffit de passer le pont… (Azalaïs)
« Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin », se disait-elle, le cœur empli d’une détresse sourde. Elle avançait, le buste incliné vers l’avant, les muscles crispés, le souffle court, l’esprit désemparé, tout entier tenaillé par ce tourment unique : elle avait mal aux pieds !
Cela avait commencé par un élancement rouge, sournois, insidieux, lancinant, localisé à ses extrémités. Au début, elle avait juste essayé de ne pas y penser, de marcher de façon différente en attaquant le sol avec le talon, en se faisant plus légère … Mais bientôt, le reste du pied avait suivi. La plante était devenue brûlante, collante, prête à partir en lambeaux comme si elle marchait sur des braises. La douleur maintenant irradiait dans tout le mollet et remontait le nerf sciatique. Engoncée dans son manteau trop chaud pour la saison, elle se mit à transpirer. Elle avait mal au cœur, mal au dos, mal à la tête, mal aux dents… Son corps peu à peu, était devenu comme une grande flamme qui la dévorait toute entière ! Elle était au supplice ! Des larmes embuèrent sa vue, elle chercha un mouchoir.
Pourtant, elle avait passé toute la veille à se préparer. Elle avait vainement cherché quelque chose qui pourrait convenir pour cet entretien d’embauche, mais elle avait tellement grossi ces derniers temps ! Elle avait donc acheté en catastrophe un pantalon et un pull en soldes sur le marché. Pour cacher sa misère, elle avait pensé que le manteau ferait l’affaire. Et quand elle avait voulu trouver une paire de chaussures, elle se rendit compte qu’il n’y avait plus, dans le placard, que ces bottines à talons oubliés par sa fille ! Tant pis, si elle prenait le bus, elle n’aurait pas long à marcher ! Seulement voilà, la RATP avait déclenché une grève surprise et elle se retrouvait sur ce pont, prête à hurler, à la limite de vomir sur ses chaussures ! Tout ça pour quoi ? De toute façon, elle n’y croyait plus aux entretiens d’embauche ! Elle était bien trop vieille, trop moche, trop grosse, trop défaitiste ! Elle n’avait pas encore ouvert la bouche que déjà, elle lisait dans leur regard, qu’elle ne ferait pas l’affaire ! Oui pour quoi et surtout pour qui ? Ils l’avaient tous abandonnée !
Elle s’arrêta un instant à l’extrémité du pont. La lumière du matin balayait la surface du fleuve qui fumait par endroits. Au loin, une tendre buée enrobait tous les arbres. Elle se laissa absorber par la sérénité de l’eau polie comme un miroir. Peu à peu, les battements de son cœur s’apaisèrent et un souffle d’air frais passa sur son visage. Les gens passaient derrière elle, mais elle n’en voyait que les ombres, obliques et sautillantes. Toute sa vie, elle aussi, elle n’avait été qu’une ombre ! Et si …Il lui sembla que l’eau l’appelait, lui caressait les cheveux, le front, comme sa mère quand elle était petite. Cela semblait si simple ! Elle se pencha, prête à basculer, lorsque soudain un chat noir se glissa entre ses jambes. Il était maigre et implorant. Ses yeux d’or semblaient comprendre son désarroi. Distraite, elle se courba, caressa le chat qui se faisait de plus en plus pressant dans sa quête de tendresse. Alors, elle arracha ses chaussures d’un geste rageur, les balança par dessus le garde-fou et emporta le chat qui se lova en ronronnant dans la chaleur de son manteau.