28 octobre 2006
Souvenir de Montmartre (Béa)
Cette année, en cette veille de congé de Toussaint, j’ai entendu à la radio que les city-trips avaient la cote : Vienne, Paris, Londres, Amsterdam. Alors, pourquoi uniquement les autres, pourquoi pas nous ?
Justement, je suis fatigué, stressé, j’ai besoin de passer un moment avec ceux que j’aime… pas trop loin… j’entre dans une agence de voyage, il y a une promo pour Paris… je ne réfléchis pas, j’achète… à nous ces quelques jours de détente !
Je veux leur faire la surprise. Sans rien dire à personne, je m’offre une petite demi-journée de congé supplémentaire ce vendredi et, quand ils rentrent, tout est prêt, embarqué dans la voiture ; il n’y a plus qu’à démarrer.
Les enfants sont calmes, il dorment ; même ma chérie a oublié de recharger les piles de sa volubilité : le paradis sur terre !
Comme je suis le champion du sens de l’orientation, nous trouvons l’hôtel sans trop de souci, nous nous installons pour la nuit et ce samedi matin, nous partons à la découverte de cette ville mythique.
Nous nous promenons la main dans la main, heureux, détendus. Nous arrivons à Montmartre, dont la magie artistique nous gagne, et nous nous laissons convaincre par un jeune peintre. Nous prenons une pose naturelle, détendue… nous sommes jeunes et beaux… et restons là, patiemment, nous réjouissant déjà d’emporter avec nous un souvenir de ce moment inoubliable.
Voilà : le peintre a terminé son travail, nous nous précipitons pour admirer l’œuvre…
Oups… c’est vraiment comme cela qu’il nous voit ? Et il nous demande 100 €… pour ça ? Nous prenons nos jambes à notre cou, et nous enfuyons… décidément, nous ne serons jamais « photogéniques » !!!
15 octobre 2006
Adieu, démons ! (Béa)
Au matin, le verre était vide, et elle n’arrivait pas à comprendre comment un simple verre d’eau avait autant embrumé son esprit !
Alors, elle se souvient, elle se souvient très bien de tout ce qui lui est passé par la tête pendant cette nuit-là.
Elle a revécu la maison de son enfance qui, dans ses souvenirs, n’a rien d’un nid douillet : gigantesque, imposante, froide, autoritaire. Depuis quelques mois, tous ses vieux démons la rattrapent, un par un. Et, depuis ce temps, elle leur fait face, les yeux grands ouverts, comme si le moment était enfin arrivé de les abandonner.
Cette nuit, elle a laissé la tempête se déchaîner mais, cette fois, la mer ne l’a pas engloutie : elle a senti un bras qui lui maintenait la tête hors de l’eau, qui la forçait à reprendre son souffle. Elle n’aurait jamais imaginé que ce bras ait autant de force… petit à petit, elle comprend que cette force, ils se la transmettent mutuellement, en faisant face ensemble à leurs vieux démons qui, étrangement, ont un air de ressemblance !
Ce matin, le jour se lève sur une mer calme, sereine. La maison est perdue dans la brume, et elle se rend compte que ses formes effrayantes ne lui font plus peur.
Elle se sent légère, prête à s’envoler vers cette lumière qu’elle entrevoit au bout du tunnel.
Elle se sent libre, une nouvelle vie commence, une vie où tout est à inventer ; mais ils débordent de confiance, de projets ! Ils ont découvert la tendresse.
30 septembre 2006
Les gammes (Béa)
Je ne l’aime pas, mais tant pis
Si, do, ré, mi, fa, sol, la, si
Car il est tout, sauf un cadeau
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do
Je m’assiérai à mon piano
Et lui à son violoncelle
Pour jouer ensemble un rondo
Prélude à l’année nouvelle
Il remplace mon partenaire
Qui s’est cassé le bras hier
Pour moi, c’est une déception
Je vais jouer sans conviction
Nous avons une répétition
Pour accorder nos violons
Puis nous jouerons sans filet
Devant la salle au grand complet
Tout à coup, la magie se glisse
La musique nous rend complices
Envolée cette inimitié
Qui nous faisait nous détester.
Le public a crié « bravo »
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do
Et j’ai rencontré un ami
Si, do, ré, mi, fa, sol, la, si.
28 août 2006
Saint-Nicolas (Béa)
Je vais vous dire un secret : j’ai déjà bien réfléchi à la lettre que je vais écrire à Saint-Nicolas. Attention, je vous fais confiance, vous ne le direz à personne… promis ?
Naturellement, on n’est qu’au mois d’août, et il faut encore dormir beaucoup de fois avant que Saint-Nicolas ne vienne apporter ses cadeaux.
Mais j’y pense, et je voudrais bien que vous m’expliquiez : nous sommes des millions de petits enfants sur la terre. Et Saint-Nicolas reçoit des millions de lettres chaque année. Dites-moi tout ce que vous voulez, ce n’est pas possible qu’il connaisse tous les enfants. Et je me demande bien comment je vais faire pour qu’il me connaisse, moi… et surtout, pour qu’il lise ma lettre en premier, et qu’il m’apporte tout ce que je vais lui commander.
Alors, j’ai une idée : je vais me dessiner en tellement grand que Saint-Nicolas, de là-haut, il ne verra plus que moi. Ca tombe bien : je suis sur la plage, je m’ennuie, mes parents sont couchés, ils prennent ce qu’ils appellent un bain de soleil (je ne comprends pas bien : le soleil est caché derrière les nuages, j’ai plutôt l’impression qu’ils prennent un bain de sommeil).
Je trouve un grand bâton, et je commence mon dessin. Comme c’est difficile ! C’est tellement grand que je ne vois pas ce que je fais : d’abord la tête, avec des yeux et un petit chapeau (dites, vous trouvez qu’elle me ressemble, cette tête ?), puis le corps, les bras, les jambes. Voilà, j’ai fini, je suis bien fatigué. Je me couche à côté de mon dessin, et je pense très fort à Saint-Nicolas, pour qu’il regarde vers ici.
Et puis, je me lève brusquement, et je cours éveiller ma maman : j’ai terriblement besoin de faire pipi.
15 juillet 2006
Tranche de tristesse… (Béa)
Après quelques minutes de marche, il se rendit compte qu’il se trouvait sur la route qui menait à la dernière demeure de Thomas, poursuivi par ses vieux démons qui lui faisaient perdre la tête.
Il entra dans ce cimetière et prit une fleur entre ses doigts, car il en voulait à la terre entière de lui avoir enlevé trop tôt cet ami, ce frère. Comme il le faisait régulièrement depuis près de deux mois, il lui parla en silence, lui racontant ses joies, ses peines, ses difficultés… essayant d’imaginer ce qu’il aurait fait à sa place, le conseil qu’il lui aurait donné, le verre qu’ils auraient partagé pour avoir cette conversation…
Puis il reprit le cours de sa journée, en essayant de se concentrer sur les préparatifs de son camp scout.
En réalité, il aurait préféré partir au bord de mer, plutôt que de rester là à penser à lui et à déprimer.
Il continua son chemin et promit à Thomas de revenir le voir dès son retour.
01 juillet 2006
A pied… (Béa)
L’unique ascenseur de l’immeuble est momentanément hors d’usage. Il se fait vieux, cet ascenseur !
Un jour, j’ai eu un coup de cœur pour cet appartement : les boiseries, les plafonds hauts, les grandes fenêtres qui laissent entrer la lumière à flots… et ces portes peintes qui lui confèrent un charme tellement particulier.
Alors, c’est sans broncher que je grimperai les six étages… à pied !
27 juin 2006
Voyage à l’autre bout du monde. (Bea)
Ce jeudi-là, avant de pénétrer dans la médina, le guide nous avait pourtant bien recommandé de rester groupés autour de lui. Et il avait ajouté :
- « Nous entrons dans un véritable labyrinthe. Tous les étrangers qui s’y sont aventurés seuls s’y sont perdus. Gardez votre sac devant vous, et votre main sur votre sac. N’engagez la conversation avec personne : leur seul objectif est de localiser votre argent ».
J’avais tellement bien intégré toutes ces consignes que, deux heures plus tard, j’étais là, perdue, seule, dans cette ruelle tellement sombre et pourtant inondée de soleil… à cette heure, entre chien et loup, où on ne sait pas trop s’il fait encore grand jour ou presque nuit.
J’aurais dû prendre mes jambes à mon cou, courir dans la direction du soleil, seule issue probable de ce labyrinthe.
Au lieu de cela, j’étais immobile, tétanisée… et pourtant tellement sereine, comme si je devais nécessairement me trouver à ce moment-là, à cet endroit-là, et nulle part ailleurs.
Je l’ai entendu bien avant de l’apercevoir : le contre-jour ne me montrait que sa silhouette, mais cachait son visage. Son pas était régulier, à la fois ferme et un rien hésitant. Je devais lui faire un signe, lui demander mon chemin… mon bras ne répondait pas, aucun son ne sortait de ma bouche. Il a d’abord ralenti, puis s’est arrêté à ma hauteur en me disant :
- « Madame, que vous sentez bon ! »
On m’a souvent dit cela… mais jamais un inconnu ne m’avait abordée en parlant de mon parfum !
- « Etes-vous aussi muette que je suis aveugle ? »
Alors, je lui ai raconté : le guide, les recommandations, l’angoisse de ne pas savoir où j’étais…
- « J’habite juste ici… voulez-vous venir vous rafraîchir et vous désaltérer ? »
Habiter juste ici ? La ruelle était tellement sombre, les murs tellement épais… ne laissant apparaître ni portes ni fenêtres… Je devais refuser, je ne devais pas engager la conversation. Je ne devais pas m’aventure en ces lieux inconnus avec un aveugle dont j’ignorais tout. Et pourtant, je lui ai emboîté le pas ; quelques mètres plus loin, il a poussé une grosse porte cloutée… et, une fois dans son antre, la magie a opéré instantanément : quelle fraîcheur ! Quelle luxuriance d’odeurs, de couleurs ! Pur plaisir de tous les sens !
Mon hôte avait disparu ; je me suis installée sur un banc, à l’ombre et, alors que je m’attendais à ce qu’il m’offre une boisson froide, c’est avec une théière que je l’ai vu revenir.
- « Vous aimez mon jardin ? J’ai choisi chaque plante, son emplacement, pour l’harmonie des couleurs… des odeurs… mais aussi du goût… j’ai préparé cette infusion en choisissant chaque ingrédient, chaque épice, chaque saveur, rien que pour vous ».
Je ne sais si c’est la boisson brûlante ou la beauté de ce jardin, toujours est-il que je me sentais comme engourdie, détendue, bien… et alors, nous avons parlé. Il m’a raconté ses souvenirs visuels, l’accident, pourquoi il s’est retiré au bout du monde… pour oublier… pour se reconstruire de l’intérieur… je lui ai dit mes errances, mes forces, mes faiblesses, mes joies, mes déceptions, mes espérances… je lui ai parlé de cet enfant perdu… et les larmes ont coulé… celles que je retenais depuis tant d’années…
Il m’a prise dans ses bras, a posé ma tête au creux de son épaule… et nos gestes se sont rencontrés… gestes de découverte… à défaut de me voir, il voulait me toucher… n’essayait pas de me troubler, et encore moins de m’exciter… juste me découvrir…
- « Tu es tellement belle ! »…
- « Peut-être dis-tu cela parce que tu ne me vois pas ! »
- « Ta beauté rayonne dans ta voix, dans ton regard, dans ton sourire… j’aime tes mots… »
La nuit était tombée depuis fort longtemps…
- « Je pourrais appeler un taxi pour qu’on te ramène à ton hôtel… mais tu peux rester… vivons un moment que nous n’oublierons jamais… cultivons l’éphémère… »
Je devais être tombée sur la tête… moi, habituellement si réticente, si farouche, j’étais sur le point de m’offrir à celui qui ne me voyait pas.