16 juin 2007
01-20-25-69-35 (Bérangère)
« oh la la, cette photo ma belle, je suis inspirée comme jamais ! Ces mains noires magnifiques sur ces seins blancs, quelle portée érotique ! J’en suis toute émoustillée ; ça m’a même donné des idées si tu veux savoir, Pépère n’en revenait pas.
Bref j’ai des phrases dans la tête d’une sensualité… hummm, ils vont en redemander sur Paroles Plurielles, tout en subjectivité, rien de cru, rien de vulgaire, pas de rentre dedans, tout en suggestions…ça va tout péter, j’te dis !
Hein ? C’est pas Christine ? Oups … Excuse-moi, c’est une erreur. »
27 mai 2007
Tout l’amour du monde … (Bérangère)
Le samedi c’est plus tranquille, il y a moins de monde, alors on peut sortir, il ne faut pas lâcher la main de maman, quand même !
Papa n’était pas content, il a crié, je n’ai pas très bien compris, il ne voulait pas que maman sorte avec sa petite robe noire, ses beaux cheveux et son maquillage, il a dit que la misère, ça les rend fous les gens d’ici …
Maman, elle a pleuré, elle a dit qu’elle en avait sa claque de tout s’interdire … alors moi, je lui ai dit de pas pleurer, qu’elle était belle comme une princesse qui brille ; ça fait du bien dans les yeux des gens de regarder des princesses, ça peut pas les rendre méchants, tout le monde aime les princesses …
Maman elle a souri et m’a fait un bisou, on est resté devant la maison comme çà papa n’a plus crié, l’eau était en train de chauffer au soleil dans la cuvette, plus tard quand on aura fini de jouer, maman nous savonnera et on se rincera dans la cuvette, c’est chouette l’été ; l’hiver il faut faire chauffer l’eau dans une grande casserole et se rincer avec le gant, c’est long, on a froid en attendant, et souvent il reste du savon, ça tire la peau, puis il faut s’essuyer bien comme il faut, frictionner, sinon on a des engelures, c’est comme quand on se coupe les engelures, ça fait un bobo et ça creuse, ça fait très mal, surtout aux pieds, l’hiver j’aime pas, c’est joli la neige et toutes les lumières qui clignotent de toute les couleurs dans la ville, mais moi j’ai tout le temps mal aux pieds, et j’aime pas !
Papa joue un peu au ballon avec moi, je suis content je joue comme Zidane, quand j’aurais grandi, je serais dans l’équipe de champions de la coupe du monde, je gagnerais des millions de milliards et j’achèterai une baignoire avec de l’eau chaude dedans, des robes pour maman et des cravates pour papa, comme çà il aura un travail pour acheter du vrai manger avec de la viande et des frites.
Une Madame pas contente est venue, maman elle n’arrêtait pas de dire « vous pouvez pas me faire çà … » tout bas, la dame a dit des mots en pas français pour que ma sœur et moi on comprenne pas, « dénutrition, anémie, incapacité parentale, placement provisoire … » .
Elle nous emmène, j’ai peur, mais je suis un garçon, je dois pas pleurer, j’ai dit mon secret dans l’oreille de maman pour qu’elle ne pleure plus : « je vais être bientôt dans l’équipe de champion de la coupe du monde, je te donnerais tous mes sous de milliard, tu pleureras plus jamais, je t’aime grand comme jusqu’à la lune … »
15 avril 2007
La partition supplémentaire (Bérangère)
Et maintenant ça suffit !
Sa musique…Toujours sa musique…Je rentre d’une journée de travail harassante, il est assis à son piano, exactement là où il était déjà quand je suis partie ce matin, rejouant encore et encore un énième requiem.
C’est bien simple : ça n’est plus une tête que j’ai c’est une cathédrale, rien que le silence et sa funeste musique.
Maintenant ça suffit ; dans un verre je me verse une bonne rasade de gin, un jus de citron, de l’eau pétillante ; je bazarde à la corbeille les enveloppes qu’il a empilées sur la table sans même prendre la peine de les ouvrir.
Monsieur « l’artiste » ne s’abaisse pas à ces tâches bassement ménagères.
Maintenant ça suffit, je ne suis qu’une mauvaise partition pour lui, qu’il n’ouvre que quand il n’a plus rien d’autre à jouer.
J’ai monté le bouton du volume à fond, fais glisser le disque d’AC/DC dans le lecteur, et j’ai ri, avant de m’envoler par la fenêtre…
06 avril 2007
Séjour à Mômeland (Bérangère)
J’ai presque une heure d’avance ; comme à chaque fois que je viens me ressourcer à Mômeland.
J’aime voir les yeux écarquillés des nouveaux arrivants ; en voilà un justement, figé au beau milieu du cimetière des groles …
Je m’approche, il marmonne comme pour lui-même « qu’est-ce que c’est que çà ? » ; je tourne en sautillant autour de lui : « c’est le cimetière des groles, ici, on va nu pied, bienvenue, tu es arrivé ici parce que tu as gardé ton âme d’enfant ; et tu avais besoin de la retrouver, tu fais parti des élus ; tu pourras maintenant revenir quand tu voudras ; faut pas avoir peur ici, c’est que du bonheur. Allez ; bouges ! qu’est-ce qui te dérange tête d’orange ? qu’est-ce qui te défrise, tête de cerise ? ça te fait peur d’être heureux tête de nœud ? »
J’ai tendu ma main vers lui, il a relevé la tête, plongé ses yeux dans les miens, souri de toutes ses dents en balançant ses pompes, a posé sa main dans la mienne :
« on y va tête de rat ! » .
05 mars 2007
Pour le regard de Lilou (Bérangère)
ça fait huit jours exactement que tu es rentré de ta mission de sauveur de l'humanité à Darfour ; je ne suis pas amère, je n'en ai pas le droit, ça serait le summum de l'égoïsme malsain. . .
J'aurais juste voulu être ta priorité, tu vois, mais non, il fallait respecter tes règles, vivre l'instant présent, pas de projets, pas d'avenir, pas d'engagement , pas de promesses…
ça fait huit jours exactement que je n'ose pas sortir de peur que tu viennes en mon absence, huit jours que je baisse le son de la télé pour avoir la certitude d'entendre la sonnette, huit jours que je t'attends.
Ce soir, j'ai fermé les volets plus tôt , j'ai monté le son de la télé, j'ai compris que tu ne viendrais pas, que tu ne viendrais plus …
Entre deux potins, j'imagine le gros Dédé, avec ses gros sabots : " elle n'est plus seule, la petite Dubreuil, elle a eu une fille, au printemps dernier ! ", j'imagine tes sourcils froncés, tes calculs savants, et ta pensée … je l'entends d'ici " et elle qui me parlait d'amour, une belle girouette, oui ! "
Pas d'attaches, pas d'engagement, pas de projets … la pilule est fiable à plus de 99 %, quel drôle de pied de nez, hein ? Mais tu n'as pas douté un instant, ça ne pouvait être que le fruit d'une trahison cette enfant, tu as jeté la clé du secret qui nous unissait en ne cherchant pas à comprendre, tu t 'es privé sans le savoir du plus beau des cadeaux.
Elle s'appelle Lilou, elle a ton regard, ton sourire, la forme de mon visage, mes boucles brunes, et ma joie de vivre ; elle est belle, lumineuse et douce …
Elle est le plus précieux et le plus beau secret que je porte en mon cœur pour toujours, je l'aimerais , et t'aimerais à travers elle jusqu'à mon dernier souffle …
17 février 2007
Réclamation (Bérangère)
Il choisit toujours la situation la plus compliquée
L’amour c’est jamais simple, mais là j’suis énervée
Je dois être son asile à tordus, sa roue de secours,
Pour placer tous les dérangés, son dernier recours
J’ai été gâtée, ça va du beau parleur bonimenteur
Qui t’aimais comme jamais il avait aimé, à la folie
D’ailleurs c’est sûr j’étais la femme de sa vie
Jusqu'à ce que je le trouve au lit avec ma sœur
Après j’ai rencontré, au parc, ce bel homme distingué,
Qui lisait ou écrivait pendant des heures hiver comme été
J’ai jubilé quand il m’a parlé et en vers s’il vous plait
J’ai vite déchantée … c’était du Baudelaire qu’il récitait
Il y eu aussi l’ado attardé, sa passion : les jeux vidéos
J’aurais pu m’y faire, pendant ce temps je faisais du vélo
Quand il m’a offert à Noël, le panoplie de tomb raider
J’ai compris que je m’y ferais pas … trop de bonheur !
Je t’épargne le fils à sa maman, qui appelle dix fois par jour
Oui il s’est lavé les dents, a mangé sa soupe et l’aime toujours.
Le mystérieux dandy, charmeur et terriblement sexy
Qui s’avère préférer les hommes, bon ben tant pis …
Ah mais j’admets le dernier était vraiment parfait
C’est dommage qu’il soit juste un peu marié
Je l’aimais et je suis entrain de me noyer
Je voudrais bien savoir pour mériter ça ce que j’ai à expier
Si je me permets de râler, d’en faire état, voir de réclamer
C’est que je pense qu’il y a une erreur dans ses fichiers
Pour moi , Il choisit toujours la situation la plus compliquée
Là, c’est clair Cupidon il s’est vraiment planté …
04 février 2007
Bain de solitude (Bérangère)
Je suis restée environ une heure dans
la salle de bain, j’ai terminé mon soda, pendant que mon bain coulait,
j’ai allumé des bougies; j’ai monté le son du poste laser en y
insérant mon CD préféré, puis je me suis étendue dans l’eau, j’ai fermé
les yeux, la solitude éveille les souvenirs, vous savez, je les revis en
boucle les yeux clos… J’ai été sauvagement tirée de cet instant de bien
être béat par le vrombissement infernal de la moto du jeune d’en bas…
Il devait encore bricoler sur son engin de malheur, il rentrerait les
mains crasseuses et les essuierait sur la moquette murale de
l’ascenseur, le merdeux, faudra que je parle de ça à la concierge
d’ailleurs. Comme vous dites, ça n’est pas le propos… Je n’ai pas réussi à me détendre de nouveau, puis
l’eau n’était plus à température idéale, alors je suis sortie de la
baignoire et j’ai enfilé mon peignoir, je me suis installée sur le
canapé, j’ai allumé la télévision, c’est comme ça que j’ai réalisé que
j’avais dû m’endormir un instant dans la baignoire, c’était déjà le
journal télévisé, je l’aime beaucoup, moi, Harry Roselmack, qu’est-ce
qu’il est beau… Oui c’est vrai, ça n’est pas le propos. Ma voisine du dessus, elle, elle préfère le JT de
France 2, je le sais parce que comme elle est sourde, sa télévision est
toujours à fond; le jeune couple d’en dessous, eux, il regarde le
feuilleton à l’eau de rose, sur France 3, ils ne sont pas sourds, ceux
là, mais ma chambre est au dessus de leur salon, si je colle mon
oreille au plancher, j’écoute assez clairement les voix, non pas que je
sois curieuse, mais j’aime bien avoir une idée de qui sont mes
voisins ! On n’est jamais trop prudent, non ? Vous avez raison, ça n’est pas le propos. Pourquoi je
vous parlais des programmes télé, moi ? Ah oui … donc c’était l’heure
du JT, ayant fait couler mon bain à 18h45, je suis restée environ une
heure dans la salle de bain ! Voilà, Monsieur l’Inspecteur, ce que j’ai fait le soir
du 3 février 2007 entre 19h et 20h, et non, je n’ai rien remarqué
d’anormal en face de chez moi, ça n’est pas mon genre, Monsieur,
d’espionner mes voisins.
21 janvier 2007
Mauvaise affaire (Bérangère)
J’ai volé mon âme à un clown. L’ humour c’est la politesse du désespoir ,qui l’a dit ?qu’importe, un bonimenteur ascendant bobards.
J’ai vendu mon âme, pas au diable, il n’en voulait pas…Bradée, à un SDF, je ne suis pas sûre qu’il est gagné au change. Baste, chacun ses soucis et à bon arnaqueur, Salut !
Délestée de ce poids là, je n’allais pas m’encombrer d’une âme de philosophe qui se triture les neurones à trouver des réponses aux questions qu’il est le seul à se poser, ;de celle d’un artiste qui en mal de reconnaissance l’aura explosée aux feux d’artifices éphémères de toutes les drogues, « Extasie- toi, vieux, t’as enfouie ton âme bohème sous les paillettes de tes fumées et tes cames !» ; j’aurais bien testée l’âme d’un politicien, tu penses …Elles sont toutes sous contrat avec Satan , imperméables à toutes formes de vulnérabilité, faut pas déconner, Satan, c’est pas le genre à qui on la fait !
Je me suis assise près du port, j’ai croisé un vieux marin à la peau du visage mangées par le sel, aux mains abîmées, je me suis dit que son âme à lui devait être saine et belle d’avoir ainsi consacrée toute sa vie à un travail si laborieux, L’idée n’était pas mauvaise, à vue de nez, justement, cinquante ans dans le poisson, ça t’imprègne jusqu'à la moelle, j’avais plus d’âme, d’accord, mais je sentais bon, la beauté intérieure ça n’a pas prix d’accord … mais l’odeur de marée ça le fait moyen !
Au bout du compte, de ma réflexion et de la nuit, il restait ce clown jongleur sur la plage, son sourire éclatant, son chapeau à pois rigolo, et les rires d’enfants qui s’envolaient au dessus de la mélodie de son saxo et du bruit des vagues.
J’ai volé mon âme à un clown, Bien mal acquis ne profite jamais; l’âme se lamente sous mon chapeau rigolo, et mes larmes font couler le maquillage de ce clown que je ne suis pas!
j’avais oublié une chose capitale, mon âme valait ce qu’elle valait …Malgré tout, elle était riche de mon histoire, de mes expériences; on sort forcément perdant de ce troc bizarre … je n’ai plus de raison, plus de passé, plus de nom, plus d’amis, plus d’horizon, plus de musiques, plus de poèmes, plus de chansons !
Rien qu’une âme de clown qui n’a plus sa maison…Nous sommes deux orphelines incompatibles, des volontaires à l’adoption ?
09 janvier 2007
Un don du ciel (Bérangère)
Je suis un génie … et je suis modeste, je suis tout puissant, devrais-je dire, je suis l’unique car j’ai entre mes mains le destin fragile des hommes …
Je vous épate ? c’est si simple pourtant si vous saviez … Je suis plus fort que toute forme de violence, je peux venir à bout de toutes les guerres, de toutes les haines, de toutes les différences, je peux guérir tous les chagrins d’amour, faire tous les premiers pas, ceux qui coûtent, je peux imposer le partage et anéantir la misère, la faim, la soif et la douleur, je peux sécher les larmes, vous faire sourire et rire aux éclats, je peux vous faire rêver, je peux même réaliser vos rêves les plus fous, …
Je peux tout ça et bien plus encore, si seulement vous le vouliez, parce qu’il y a deux choses qui sont plus fortes que moi : la nature et la volonté des hommes !
La nature, elle , fait plutôt bien les choses dans l’ensemble, disons que, comme moi elle fait ce qu’elle peut, les hommes, grâce à elle, naissent égaux et tous, sans aucune exception, ont en eux alors la clé du secret de ma force …
Qu’est-ce que j’y peux, moi, si après, ils en font n’importe quoi … C’est si facile pourtant, ça serait tellement magnifique de m'utiliser à guérir la terre, plutôt que me bombarder à tout va, à grands coups de campagnes électorales, de cris de révoltes, et d’appels à anéantir les plus faibles …
Qui je suis ? Un génie, j’vous dit, je suis : le pouvoir des mots !
16 décembre 2006
Adolescence ordinaire (Bérangère)
« Je crois bien que j’ai attrapé un coup de soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime…C’est pas çà ! Pourquoi je fredonne cette chanson mielleuse, moi ?
Ah oui ! Je sais : J’ai attrapé un coup de soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime … pas de doute, une certitude ! Puis c’est lui c’est Cocciante qui m’a sorti de mon sommeil, beuglard, tiens Paf ! Un coup de poing vengeur sur le radio réveil, ahhh mais ! Ca mate hein ?
Après Richard, c’ est ma mère que j’entend crier au bas des escaliers : « Tu te lèves, tu vas encore être en retard ! »
S’il suffisait d’un coup sur le tête pour qu’elle se taise, elle aussi !
J’ai enfilé ma robe rouge, celle que Kevin aime bien, sous mes seins dans mon soutif, planqué mon glos et mon crayon noir ; je me maquillerais dans le bus !
A la maison, c’est vulgaire de se maquiller à mon âge paraît-il, j’te jure ça me gave des arriérés pareil !
C’qu’est vulgaire, je le sais bien, c’est Loane, la pimbêche qui sort avec Kevin, on se demande ce qu’il lui trouve, elle est moche en plus, si ça se trouve, elle couche, c’est bien le genre !
J’ai attrapé un coup d’soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime … je vais me ballader cette chanson dans le crâne toute la journée tu vas voir !
Je bazarde mon café au lait dans l’évier quand ma mère à le dos tourné, deux sucres entiers qu’elle jette dedans, faut que je perde deux kilos avant janvier, en janvier c’est piscine ! Un thé nature sans sucre … je lui ai dit mille fois, parles à mon cul hein !
J’ai treize ans à la fin, je suis quand même en âge de décider ce que je veux au petit déj’ ! ! !
Comment c’est relou j’hallucine !
C’est pas le tout de traîner sur le canapé, je vais rater le bus moi ! Allez zou !
J’ai attrapé un coup de soleil, un coup d’amour, un coup de je t’aime … »