Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

19 juillet 2006

Le manque du vieil homme (Berlioz)

Après quelques minutes de marche, il perçut que son souffle s'amenuisait et ressentit le besoin de s'asseoir. Il choisit un banc à l'ombre diffusée par les larges branches d'un tilleul et offrant une large vue sur la ville en contrebas. De là il pouvait voir la route qui menait à sa retraite provisoire serpenter entre les gros rochers et put y remarquer un véhicule rouge, poursuivi de quelques autres mais qui gardait la tête.

Il se baissa, avec difficulté et pris une poignée de poussière qu'il laissa glisser entre ses doigts, car il connaissait son destin, comme chacun sur la terre entière et le caressait du regard sans envie particulière. Puis il reprit son chemin, s'appuyant lourdement sur sa canne, en essayant, tant bien que mal, d'ajouter un pas à un autre pas.

En réalité, il se serait bien vu en bord de mer, trempant ses pieds dans l'eau aux vagues venant mourir entre ses orteils; il imaginerait bien la grande serviette bigarée, les enfants qui courent dans tous les sens, les cris, les rires; rien que d'y penser le faisait déprimer. Il effaça cette dernière image de sa mémoire, rebroussa chemin et oublia sa tristesse de n'avoir encore pu voir la mer.

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05 juillet 2006

Les derniers étages (Berlioz)

"L'unique ascenseur de l'immeuble est momentanément hors d'usage" pouvait on lire écrit
sur une pancarte antédiluvienne accrochée à la porte d'entrée, vétuste elle
aussi, raffistolée de bric et de broc, maintenue en place par la vertu du saint
esprit. Il est même possible que l'oeil non avisé puisse penser que c'était la
pancarte qui faisait office de porte, ou même que sa pose datait de
l'édification de l'habitation.

Mais il en fallait plus pour arrêter le passant occasionnel et même les
habitants habituels qui s'organisaient. Ainsi, sur chaque pallier, et même
parfois au niveau du demi pallier, pouvait on voir des relais, des tables, des
portes ou de simples planches posées sur tréteaux, sur lesquels des verres, des
bouteilles, parfois des glaçons venaient encourrager le monteur à tenter
l'effort de grimper encore un étage.
Dans l'autre sens, le visiteur comme le logé devait mettre son obole, soit à
l'aller soit au retour de son voyage. Quoique celui-ci était rare, car rares
aussi étaient ceux qui avaient la force et le courage d'atteindre les derniers
étages, ceux qui n'étaient pas encore désertés par les gens lassés de tant
d'énergie à dépenser et ayant trouvé des déménageurs assez fous pour accpter
une mission dans un tel lieu.

Petit à petit, seuls les étages à la vue imprenable étaient encore habités
donnant un air décrépit et abandonné, d'autant plus que les premières traces de
rideaux aux fenêtres ne se voyaient plus que par ciel dégagé.

Posté par Coumarine à 22:44 - Berlioz - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 janvier 2006

Seul au monde (Berlioz)

Pour une fois le train n'était pas en retard. En entrant dans la voiture qui nous était dévolue, j'ai été surpris par l'odeur de neuf dégagé par ce matériel qui, sans être d'une époque dépassée ne datait pas d'hier. Passé ce mouvement, une fois rangés les valises et mon sac, nous nous sommes assis nous répartissant les sièges afin de ne pas nous gêner trop et j'ai sorti ma lecture pour le voyage, le récit de ceux de Gulliver.

Le temps passe vite lorsque le livre est bon. C'est en sortant le nez de mon ouvrage que j'ai remarqué que la voiture s'était déja un peu vidée. Pourtant je ne gardais aucun souvenir d'arrêt sur notre chemin, ce qui montre bien qu'il est possible de s'isoler complètement du reste du monde pour bien profiter du sien.

L'heure du déjeuner arrivant nous avons rangé les livres et autres jeux de cartes. Le temps à l'extérieur s'était couvert, du coup le paysage semblait sans relief, des cartes postales placées bout à bout. Le pique-nique en voyage est toujours un plaisir, l'occasion de manger moins équilibré avec le plaisir de braver l'interdit entre les cochonailles diverses et les pommes de terre frites industrielles, bien grasses et trop salées. C'est en prenant un morceau de fromage, du reblochon je crois, que je me suis rendu compte que mon père n'était plus avec nous.
- Papa est parti, où est-il allé ?
- Je ne sais pas, à la voiture bar, je crois m'a alors répondu ma mère.
Mais après avoir rangé les restes de nos agappes, il n'est pas réapparu sans que cela semble inquiéter qui que ce soit. Il n'était plus là, c'est tout.

J'ai alors replongé dans mon livre; si personne ne s'inquiète, pourquoi moi ?

Il faisait de plus en plus sombre dehors, le temps était à l'orage avec de grosses masses nuageuses noires qui semblaient venir défier notre avancée rapide. Je pense que c'est un éclair qui m'a fait relever la tête. J'étais seul. Je me suis redressé regardant par dessus les sièges, devant et derrière moi, personne! Après avoir posé mon livre non sans en avoir gardé la page à l'aide d'un petit liseret de papier, j'ai parcouru le couloir, dans les deux sens pour en être bien sûr; il n'y avait plus âme qui vive dans la voiture.

Où étaient ils passés ? J'ai décidé de remonter le train, passant d'une voiture à l'autre par ces accordéons de tissus entourant deux petites plates formes métalliques, cachant aux yeux des gens sensibles au vertige le déroulement des rails sous leurs pieds. Plus personne non plus. Ce n'est pas possible, ils sont bien tous passés quelque part. Se seraient-il tous ligués pour faire ensemble une farce de mauvais goût ?

Reprenons le train dans l'autre sens. Voici la voiture bar, vide bien évidemment, pourtant le percolateur fume encore, puis les autres, sièges à droite, sièges à gauche, ne pas perdre l'équilibre, je vois bien des bagages au dessus des fenêtres, des livres et des revues, même une poupée,  qui traînent sur les sièges vacants, des miettes de pain, des épluchures de pomme, des papiers d'emballage sur des tablettes, mais aucune autre trace de vie. J'arrive enfin à la dernière voiture, celle qui transporte les gros bagages et les bicyclettes des voyageurs espérant y trouver les passagers, un peu comme un anniversaire surprise où les invités sont cachés et la lumière s'allume dévoilant la supercherie. Mais non, des malles et des valises jonchent le sol, en cuir et en plastique, c'est tout.

Je viens de prendre conscience que le train est arrêté; il me faut descendre. Un brouillard dense cache tout de la vue possible. Je m'éloigne impérativement de la voie inutile, m'enfonçant dans le grand rien devant moi.

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07 décembre 2005

Le grand réveil (Berlioz)

Le disque du soleil vient de passer au dessus de l'horizon et déjà sa chaleur réveille la végétation. Les grands arbres répandent leur ombre reposante, maintenant encore un peu la nuit sous leur feuillage. Peu à peu le village reprend ses couleurs du jour, les bêtes s'agitent attendant leur pitance; quelques personnes sortent des cases, la corvée d'eau comme celle des animaux n'attend pas.

Les vieux sont restés toute la nuit assis sous l'arbre à palabres, le grand accacia au centre de la place du village, toute la nuit à parler pour résoudre le problème du village, celui qui divise et risque la scission et donc la survie de tous. La fatigue est visible mais tout peut trouver sa solution par les mots.

Les familles ont fini par trouver un accord; Fatoumata pourra choisir son fiancé.

Le village reprend naissance, inconscient des dangers traversés; une nouvelle journée commence.

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27 novembre 2005

Troisième à gauche, en sortant de l'enfer (Berlioz)


Sa chambre est là... au troisième étage, je ne peux plus reculer maintenant. Je
me demande simplement s'il me reconnaîtra, après toutes ces années, le temps
efface tellement de choses, les repères, les souvenirs, les blessures et les
cicatrices. Non, pas les cicatrices.

Je décide de monter par l'escalier, lentement comme pour compter les marches; je
respire lentement, profondément, je sens l'air monter et descendre, emplir
méticuleusement mes bronches, mes bronchioles, ou ce qu'il en reste.

Voilà que me remontent en bouffées nauséabondes les souvenir que je ne voulais
pas revoir, le temps qui passe sans aucun repère, les nuits et les jours qui se
ressemblent, la lumière allumée en permanance dans cette cave minuscule, la
nourriture distribuée aléatoirement; et puis il y en avait si peu, les cris qui
parviennent malgré l'épaisseur des murs et leur humidité. Et ces séances
interminables, l'odeur de la chair qui brule sous la braise de la cigarette,
les coups sous les pieds, la baignoire, les fils. Et son visage si près du
mien, ses dents jaunes et son halène fétide, ses yeux injectés de sang, sa voix
posée et glaciale. Je l'ai bien reconnu dans le journal, malgré les cheveux
blanchis et l'air vouté, les vêtements usés bien loin de l'uniforme soigné,
sans faux pli; je l'ai bien reconnu sur la photo avec son immeuble au fond.

Troisième étage, il faut que j'aille jusqu'au bout, jusqu'à sa porte. La
sonnette.
J'entends un pas traînant, las, un bruit de clefs et, enfin mon bourreau d'hier
qui paraît si fragile dans son pantalon usé et son gilet mité, un bon vieux
pépé faisant sauter sur ses genoux ses petits enfants ravis, un brave homme à
qui on donnerait le bon dieu sans confession. Salaud! Tu me reconnais, Julio,
tu sais, la tapette qui fait dans son froc, même pas capable de se retenir,
celui que tu as travaillé si longtemps. Je vois que tu me reconnais. N'espère
pas mon pardon, n'espère pas que vienne te tuer, tu ne peux pas finir comme ça.


Oui, je me souviens bien de cet homme; il était plus jeune, étudiant, je crois.
Ca n'avait pas été facile avec lui. Pourquoi vient il me voir ? Je n'ai fait
que mon travail.

Posté par Coumarine à 19:26 - Berlioz - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 novembre 2005

Sans titre (Berlioz)

Sa chambre est là... au troisième étage; à moins que ce soit le cinquième, je ne sais plus très bien, ça s'est passé si vite. Nos regards s'étaient croisés quelques heures plus tôt et le jeu de la séduction avait fait le reste. Elle m'avait invité à venir boire un verre. Alors, bien sûr, de fil en aiguille, vous comprenez, on a fini dans son lit.
Et puis après, ça a été la surprise, son mari qui débarque on ne s'y attendait pas; il a fallu improviser; alors, quand à défaut de placard elle a ouvert la porte de l'escalier de service, je n'ai pensé qu'à mon salut.
Puisque je vous dis que c'est pour ça que vous m'avez trouvé nu boulevard de Sébastopol!

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20 novembre 2005

Je vais m'asseoir un instant (Berlioz)

J'ai la tête qui tourne, je vais m'asseoir un instant. Mon ventre commence à peser; mon ventre où tu te niches petit être que je ne connais pas encore et que j'aime déja pourtant. Sens tu ma main qui te caresse, entends tu la voix de ton père qui te chante ta chanson ? Bouge plus doucement, s'il te plait, j'ai la tête qui tourne. Viens te lover au creux de ma paume, ressentir le baume de la peau chaude et aimante. Tu n'es pas encore là que tu es déja dans nos coeurs, mon petit être, mon deuxième amour.
Nous avons hâte de te voir, petit bout, hâte de te prendre dans nos bras, te bercer, te montrer les beautés du monde; hâte de poser nos lêvres sur ta peau si douce, t'apprendre combien d'amour peut contenir un être humain.
...
Tu es déja si grand, faut il vraiment que tu t'en ailles ? Le temps est passé si vite, un clin d'oeil, depuis ton éclosion et tu es un homme. J'ai la tête qui tourne

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11 novembre 2005

Bague à part (Berlioz)

Mais où a-t-elle bien pu passer ? Je ne la retire jamais, même pas pour me
laver les mains. J'aime bien sa grosse turquoise brisée qui lui donne un air
imparfait. Le défaut qui met la perfection du reste en valeur. Et puis
l'argent travaillé sur les côtés, discrètement, la fait ressembler à  un
bijou ancien. Elle était là  et puis, plus rien. J'aime bien la tourner doucement
autour de mon annulaire, sentir l'ove de son anneau; ça me rappelle sa
découverte dans un tiroir, à  Marrakech; la longue négociation, la lorgnant
tout en parlant d'un autre objet, semblant m'intéresser à  une autre bien plus
clinquante et puis, après avoir avalé un deuxième thé brûlant, faire semblant
de la remarquer, de la prendre presque pour faire plaisir, à  défaut d'autre
chose; le sourire du marchand, bien peu dupe de mon stratagème mais heureux du
jeu auquel nous nous étions livrés était un cadeau aussi sucré que le thé.
Mais où a-t-elle bien pu passer ? Je ne la retire jamais!

Posté par Coumarine à 17:08 - Berlioz - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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