Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

13 janvier 2008

13. Le maillon éjectable (Boo)

J'ai bien fait le tour de la question.

Comme elle était affichée sur une table ronde lumineuse, au centre du plateau, j'ai du un peu marcher.

Au premier tour, on n'entendait que le cliquètement de mes béquilles.
Au deuxième tour, Bob le présentateur a dit "Je crois que Benoît fait le tour de la question !". Le public a beaucoup ri.
Au troisième, mes jambes me faisaient mal. Mes reins aussi.
Je n'ai pas fini le quatrième tour. J'ai dit : 
"Fleur".

"Fleur !" a répété Bob. "Aha, fleur ! Et vous, public, qu'en pensez-vous ? La réponse est-elle fleur ?"

Le public a applaudi. Hué. Trépigné. Le public ne savait pas mieux que moi, alors il a fait beaucoup de bruit. 

"Voyons, Benoît… C'est donc votre réponse. Hé bien nous allons voir ce que l'ordinateur nous dit, n'est-ce-pas ?"

J'ai pas répondu. J'étais venu ici pour donner une seule réponse, ma réponse était "fleur". Maintenant, je serrais les fesses, et c'est tout.

La régie a lancé sa petite musique flippante. Sur la table ronde, les lettres se sont brouillées. Un nouveau mot est apparu.

"HERBE".

J'ai entendu un long hurlement. Celui de Lili. Immédiatement couvert pour les clameurs du public.

Le présentateur a secoué la tête d'un air très affligé. "Vous connaissez les règles, Benoit, n'est-ce-pas ?" il m'a dit sur un ton grave.

Tu parles ! Avec une audience de 3 millions de spectateurs par jour, il ne devait pas se trouver grand monde pour l'ignorer, dans la Ville-Bulle.

Mais si on y pensait trop, on jouait pas. Alors je m'étais juste concentré sur les 100 litres d'eau détoxifiée promises au gagnant. J'avais joué. Et apparemment, j'avais perdu.

Bob m'a regardé bien droit dans les yeux, avec ses lèvres un peu pincées, comme s'il était très désolé. Il s'est retourné vers le public et il a dit, en reprenant sa voix de réclame "Benoit, maintenant, c'est l'heure d'ouvrir le volet !"

Le public a rugi. Je n'entendais plus Lili. Ils avaient du l'évacuer. C'est mieux, je crois.

Deux molosses de la prod m'ont escorté. Comme le studio est bâti contre la paroi de la Ville-Bulle, ils peuvent faire ça en direct. Pas besoin d'attendre que le pauvre gars soit convoyé jusqu'à une Sortie, comme à l'époque de "L'Eau ou l'Air".

La paroi du sas est transparente, pour que le public et les caméras puissent tout suivre. Elle coulisse. On m'y propulse. Je tombe à genoux devant le volet. Derrière moi, ça se referme.

La chaleur est déjà intolérable. L'air à peine respirable. Je pose ma main à trois doigts sur le volet, et le pousse.

Posté par Coumarine à 17:10 - Boo - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


28 novembre 2007

38_De si jolis escarpins… (Boo)

Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin.
C'est bête.
Mais aussi, je ne pouvais pas savoir.

Ce matin, il faisait beau. Et puis aussi, ce matin, il était un gars sympa.
Sympa et très présentable. Très fréquentable. Et direct.
J'aime bien quand y'a pas de chichis. « Tu me plais, je te plais, on
se voit ? ».
Ca m'énerve quand on se tourne autour pendant des mois, en essayant de
faire deviner. J'ai l'impression qu'on se renifle. Alors que c'est si
simple de dire. A 30 ans passés, quand même, c'est mieux d'être
direct.

Hier au soir, à la soirée, il était un gars sympa. Et direct. «
Demain, à la Brasserie du Chat Echaudé, 13h, ça te va ? ». Ca tombe
bien, c'est à deux pas de chez moi !
« Ah ben je peux passer te prendre alors si tu veux... »

Ce matin je pensais à lui, à cette rencontre de la veille, et il était
encore un gars sympa.
Et moi, je suis une fille joueuse. J'aime plaire.
Ce matin, j'ai passé une heure devant mon armoire. Avant de me décider
pour une robe légère, rouge. Avec un ensemble de sous-vêtements à
damner un curé. Et un très joli sautoir en perles jaunes translucides.
Et cette jolie paire d'escarpins à talons aiguilles, rouge aussi.
Je ne les mets pas souvent, mes jolis stilettos, les talons sont
tellement fins ! Mais la brasserie est à deux pas de chez moi, et
puis, il vient me chercher. Peut-être que je pourrai m'accrocher à son
bras. Ce serait une bonne approche… Ou peut-être que je lui proposerai
un café, et qu'on restera chez moi, finalement… Il est si direct.
C'est important de choisir de beaux sous-vêtements. Il est si sympa !

A midi, quand il a sonné, il était si beau ! Si distingué ! Je me
disais « j'ai bien fait de choisir cette robe et ces escarpins, il est
si élégant ! ».

A midi et demi, sur le canapé, il était si direct !
Sa main était si douce…
Sa main remontait le long de ma jambe. Je lui grignotais l'oreille.
J'aime bien faire comme si j'étais une gamine. Je glousse un peu, je
minaude, ça plait.
D'écarter la main aussi, ça fait partie de mon numéro. Pour le rendre
un peu plus fou, pour me rendre encore plus désirable.

Il n'a pas aimé que j'écarte sa main.
Arqué au dessus de moi, il m'a saisi le poignet. Fort. Et il a plaqué
une main sur ma gorge.
J'ai commencé à me tortiller. J'ai remonté mes genoux sous mon menton.
Je voyais mes beaux escarpins rouges qui dansaient devant son visage.
Son visage presque aussi rouge que mes escarpins.

Ce matin, il était encore un gars sympa.

C'est bête, ce matin, j'ai pas mis les bonnes chaussures, et
maintenant, je peux jeter mes si jolis escarpins ! Si j'avais mis mes
mocassins, j'en serais pas là.
J'ai pas mis les bonnes chaussures, et maintenant, j'ai du sang plein
les jambes.
Et lui plein la face.
C'est qu'il n'est plus du tout présentable comme ça…
Et mes escarpins sont tout foutu ! 

Posté par _Sammy_ à 09:16 - Boo - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1