Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

17 mai 2008

Sale journée (Boucle d'Or)

Ce matin pour la première fois depuis longtemps, je ne voyais plus les couleurs. Tiens donc pensais-je, que se passe-t-il encore ? Péniblement je tâte mon abdomen, euh mon ventre, pas de poils. Mon museau, pas de crocs. Mon diagnostique est formel, cette fois je ne me suis pas métamorphosé en chien.
Je me frotte les yeux, la pénible déformation est toujours là. Je sors de la maison sous un intense soleil gris, je m’attarde un peu dans la contemplation de nuages de la même couleur. Je bute dans une bouche à incendie noire, que j’insulte copieusement devant l’œil  atterré des passants.
J’arrive au boulot, et oh surprise, pour une fois je ne me sens pas agressé par les cravates criardes de mon chef. Finalement ça a aussi du bon de voir en noir et blanc. Je vois le monde comme à travers un vieux film de Chaplin, je m’habitue.
Ah oui, il faut que je vous dise,il y a dix ans, j’ai eu le malheur de rencontrer un Korrigan, juste comme ça, par hasard. Depuis il m’arrive toutes sortes d’aventures un peu bizarres, ça ne dure jamais très longtemps mais c’est chaque fois très divertissant. Il faut bien avouer qu’il a beaucoup d’imagination, mais je ne comprends pas bien pourquoi il s’acharne ainsi sur moi. Tout ça parce qu’en le croisant au détour d’une rue, j’ai eu le malheur de rire en percevant sa tignasse rousse ébouriffée et ses oreilles en pointe…
Le voici justement qui se présente devant moi, il est plutôt hilare de m’avoir joué ce vilain tour. Je suis le seul à le voir, c’est bien pénible. Que va-t-il encore inventer ?
Sale journée en perspective.

Posté par patitouille à 17:00 - Boucle d'or - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


29 avril 2008

10. A mon Enfant (Boucle d'Or)

Mon cher petit,

J’ai 75 ans bientôt et je sens que mes forces m’abandonnent. Je m'en vais rejoindre mon Raymond qui me manque tant.

J’aurais voulu être là encore un peu et te préparer à l’avenir, j’ai peur de ce qui va se passer pour toi à présent.

Nous avons su très tôt que tu étais différent. Tu ne souriais pas comme les autres enfants, tu ne cherchais pas notre regard, tu étais comme absent à toi-même.

En grandissant tu as construit ton monde et sidéré notre univers. Oh, comme j’ai pleuré à l’époque... Chaque fois que tu revenais de l’école couvert de bleus, j’ai pleuré; chaque fois que tu enfonçais tes ongles dans la chair de ta pauvre petite main, j'ai pleuré; chaque fois encore que tu arrachais tes vêtements en hurlant, j’ai pleuré.

Et puis, peu à peu, nous avons construit notre vie en fonction de la tienne. Après les larmes vinrent des monceaux de bonheur, multitude de petites occasions qu’il fallait saisir. Je me souviens la première fois que tu as noué tes lacets, comme tu as souri. Tu n’étais plus tout à fait absent alors. Chacune de tes réussites était un exploit et nous prenions la mesure du chemin parcouru.

Tu as commencé à parler aussi, je me souviens... Tu devais avoir quatre ans quand tu m’as appelée "maman" pour la première fois. J’ai senti mon coeur se gonfler d’orgueil. Enfin tu me reconnaissais, enfin j’étais Quelqu’un. Toutes ses années passées à me consacrer à toi, entièrement, corps et âme, avaient fini par payer.

Toute une vie consacrée à un enfant, certains diront que c’était du temps perdu, mais je ne regrette rien. Tu as été le plus grand bonheur de mon existence, toi mon enfant spécial. Ceux qui disent encore que tu es attardé n’ont rien compris. Tu m’as appris que la vie pouvait être belle et qu’on ne devait jamais cesser d’espérer. Tu m’as appris que le plus grand bonheur était d’être avec ceux qu’on aime. Tu te souviens? Chaque printemps, nous passions des heures à regarder les abeilles butiner dans le jardin. Je le fais toujours tu sais...

Ne change jamais. Je t’aime.

Ta maman

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Boucle d'or - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 avril 2008

37. Sois Belle et Tais Toi. (Boucle d’Or)

Il faut absolument que je pense à me taire. Juste une heure, ça doit pouvoir se faire.

J’y vais, je dis bonjour et je souris, c’est tout ce que l’on attend de moi. Ecouter, être une gentille fille et dire oui oui à tout.

Mince !!! Pourquoi c’est si difficile ? C’est que je l’aime mon caractère. Déjà 26 ans qu’il me sauve la vie.

Un homme qui a du caractère, on dit qu’il est viril. Une femme qui s’exprime, c’est tout de suite une harpie.

Pourquoi je dois me taire déjà ? Ah oui ça me revient... C’est Lui... le chef. Le grand Gourou de l’argent de poche. Est-ce que ça légitime ce « on ne te demande pas de prendre des initiatives » qu’il m’a lancé sur un air hautain ? Je crois bien qu’on ne m’a jamais insultée de la sorte. Sois belle et tais-toi, ça n’aurait pas été pire. « On ne te demande pas de prendre des initiatives ». Mais alors qu’est-ce que je fais là ? Je ne suis pas une simple exécutante. J’ai des idées aussi.

Et puis ils m’énervent tous ces hommes à nous mettre dans des cases bien proprettes. On n’est pas des bibelots non ? Une femme ça ne doit pas être vulgaire, ça doit mettre des robes et ne pas avoir un caractère trop trempé. C’est quoi un caractère trempé d’abord ?

Et si moi j’ai envie de parler haut, de faire des blagues grasses et de rire encore plus fort ça ne fait pas de moi un monstre, non ?

Si ça ne venait que des vieux encore, je pourrais leur pardonner, mais voila que les plus jeunes s’y mettent aussi. Tout autour de moi, ça grouille de... de quoi au juste ? Y a t il un qualificatif pour désigner ces hommes qui se mettent au bout de la table, remontent leurs manches et attendent que leurs femmes les servent ? Machos ? Le terme est encore trop faible comparé au dégoût que je ressens certains jours pour cette image terne et servile de la femme que je refuse d’être.

Il faut absolument que je pense à me taire, mais pas aujourd’hui. Et ce ne sera pas demain non plus que ça risque d’arriver. Peut-être dans une réincarnation future, car pour le moment, je sens que j’ai encore beaucoup de choses à dire, à hurler même.

Posté par Coumarine à 09:30 - Boucle d'or - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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