Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

20 novembre 2007

18_Déjà vu (Caleo)

Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. Les boots à Gravité Renforcée sont les noires. Les noires ! Non seulement je suis en retard pour mon premier jour de boulot mais en plus il faut que je m'arrête acheter des grolles. Heureusement que le trafic est fluide sur la trans-planétaire 128. Je crois que je vais pouvoir m'arrêter sur la nouvelle station-essence, près de Saturne. Aïe, un bouchon à 2 AL à cause du passage d'une comète. Même les éléments sont contre moi, ce matin. Les éléments...

***

Bip. " Les éléments seront plus cléments ce matin. Le soleil brillera sur la capitale, après dissipation des brumes matinales... "
Roger jaillit du lit en coupant le radio-réveil. Son rêve ne subsistait plus qu'en transparence, comme un lavis passé sur une toile avant de mettre la peinture. Il se lava et s'habilla en vérifiant l'heure toutes les minutes, essaya de manger mais ne grignota pas deux bouchées de pain. Il émergea en trombe dans le froid du matin.
Il avait vingt minutes d'avance. C'est bien. Il remonta son col et se mit en route. Une demi-heure de marche, ça ne serait pas du luxe pour se réveiller.

Il s'engagea vivement dans une avenue déjà surchargée, longea la file de voitures immobilisées et impatientes. De temps en temps ses pas résonnaient sur une longue grille métallique. En dessous, aurait du circuler son métro quotidien. Merci les grévistes de la RATP, c'est un joli cadeau pour un premier jour de boulot ! Il grimpa un escalier et parvint sur une grande esplanade qui donnait sur la Seine. Il s'arrêta. Autour de lui, il semblait voir des gens pressés, fonçant tête baissée, courant après le
temps.

Il repartit mais sa chaussure gauche émit un douloureux craquement. La semelle venait de se décoller. Ces chaussures ! C'était les noires, celles qu'il comptait mettre à la poubelle. Il ne pouvait pas se présenter comme ça. Il fallait qu'il fasse demi tour. Il était en retard. En retard !
Mais quel instinct tordu l'avait poussé à enfiler ces chaussures noires ?

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Caleo - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


09 novembre 2007

Une preuve irréfutable (caleo)

Tante Babette prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Que se passait-il ? Que devenait-elle ? Depuis qu'elle avait mis les pieds dans ce marché nocturne, sa tête tournait comme une toupie.
Elle ouvrit ses yeux sur le stand d'un marchand de madeleines. Des centaines de pâtisseries, parfaitement alignées dans leurs présentoirs. La tête lourde, elle se pencha vers le présentoir et sursauta lorsqu'une madeleine lui parla.
        _ Eh, veille mémère ! Tu comptes quand même pas me manger ?
Babette se frotta les yeux. Ce devait être une sorte de fièvre, il fallait qu'elle rentre d'urgence.
        _ Tu réponds pas ? reprit la même voix aigrelette. Prends plutôt un croissant, ils sont moins chers.
Babette n'en pouvait plus. Elle tourna prestement les talons mais planta celui de sa chaussure gauche dans un trou de la chaussée. Elle chut lourdement en poussant un cri de détresse.
Lorsqu'elle reprit conscience, elle ouvrit les yeux sur un paysage de mer calme. Elle avait les fesses dans le sable tiède, le soleil frappait fort, la mer faisait entendre sa lente berceuse. Derrière elle, quelques sapins s'avançaient sur le sable.
L'un d'eux s'avança plus près que les autres et se pencha au dessus de Babette.
        _ Excusez mon impudence, madame, mais vous semblez perdue.
Le son était bien sortit de cet arbre, plié au dessus d'une Babette aux yeux écarquillés. Elle secoua sa tête, plus pour essayer de se réveiller que pour répondre.
        _ Ah ! Tant mieux.
L'arbre se redressa et resta planté, oscillant légèrement sous la brise du large. Babette resta interdite plusieurs minutes et lorsqu'elle parla, sa voix lui parut étrangère.
        _ Aidez-moi, je vous en supplie !
L'arbre trembla, comme sous l'effet d'une rafale soudaine. Sa voix tonna.
        _ Je vois. Est-ce que vous la croyez, maintenant ?
        _ Qui ? balbutia la tante Babette.
       _ Mais votre nièce, voyons. Est-ce que vous la croyez lorsqu'elle vous raconte ses voyages, que vous taxez de "rocambolesques", de "farfelus" ? Est-ce que vous croyez Alice ?

Posté par Coumarine à 10:10 - Caleo - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juin 2007

Un frère (Caleo)

J'ai un frère. Avec lui tout est simple : Je fais les conneries, il les répare.
Le yin et le yang, le ciel et la terre, le bien et le mal, David et Goliath, toutes ces associations mythiques ne sont rien à côté de la simplicité, de la régularité, de la limpidité de ce qui nous relie : Je fais les conneries, il les répare.
Je casse, il rembourse. Je perd, il débourse. Je vole, il restitue. J'insulte, il s'excuse.
Je vis un sur duvet d'insouciance, porté par un colosse aux épaules larges et à la stature inébranlable. Un monstre de responsabilité qui a les mêmes yeux que moi.
Seulement, avant chaque réparation, j'ai droit à un petit couplet, un laïus pétri de bonnes intentions – surtout celles de m'empêcher de recommencer. Ces leçons commencent toujours par la même phrase : Je te l'avais bien dit. Mon frère prévoit toujours toutes mes conneries, il est juste incapable de m'empêcher de les commettre.
Vient ensuite le développement, où il rappelle les faits – comme si je ne les connaissais pas, il met à jour le moment où j'ai fait ma connerie et il explique ce que j'aurais dû faire...
C'est toujours long une leçon de morale, mais quand c'est lui, c'est différent. Direct, précis, presque scientifique, un condensé de bonne idées. J'aime bien écouter mon frère, en fait. Je me demande si je ne fais pas toutes ces conneries rien que pour ça.
N'empêche que la dernière, j'aurais peut-être pas dû la commettre. Sa leçon de morale, elle ne ressemble pas aux autres. Elle est plus longue, plus enflammée, sans aucune retenue. Où est passée sa rigueur scientifique et surtout qu'est-ce qu'il attend pour lancer la dernière phase de sa leçon, la plus rassurante, celle où il dit : J'ai tout réparé.
Allez frérot, arrête ta morale absurde, ta guimauve à deux balle. Pour un peu, on dirait que t'essaies juste de me tenir éveillé. Et puis arrête les sirènes, arrête la douleur, fais partir tous ces gens, dis-moi que tu vas réparer ma connerie.
Une dernière fois.

Posté par patitouille à 17:30 - Caleo - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juin 2007

Excès de zèle (Caleo)

- Excuse moi, c'est une erreur...
Mitchell tenta de soutenir le regard de son supérieur, mais baissa rapidement les yeux. Il n'avait pas besoin de le fixer pour savoir ce qu'il faisait : il étudiait cette photo, encore et encore, en faisant les cent pas autour de son bureau.
- Ça ne se reproduira plus, ajouta Mitchell, comme s'il avait la moindre idée de ce qui lui était reproché.
- Evidemment, rétorqua celui-ci. Tu es viré.
- Comment, mais...
- Tu n'avais qu'à te renseigner. Tu es un professionnel. Et ça (il désignait la photo) n'est pas professionnel.
Mitchell leva les yeux. Il ne pouvait pas se laisser enterrer vivant, il devait se défendre.
- C'est une bonne photo, dit-il en la prenant des mains de son chef. Nette, bien cadrée, on reconnaît bien Tiffany, avec ce...noir, cet inconnu. Et la pose !! La pose est terrible, t'as vu comment il la tient ? Cette photo, elle devrait faire la Une, avec un dossier central de 10 pages ! C'est une bombe ! J'imagine déjà le gros titre : Tiffany trompe son mari avec un...
- Tu n'es pas payé pour imaginer, coupa le directeur de la publication, une trace très nette d'agacement dans la voix, mais pour prendre des photos. Des photos ! Et pas n'importe lesquelles : celles qu'on te commande. Quelle mouche t'a piqué pour aller rôder du côté de cette villa ? Tu devais couvrir le nouveau lifting d'Emmanuelle Béate  .
- Le feeling, s'emporta Mitchell, l'inspiration. J'en ai marre d'être sous-fifre ici.
- Maintenant, tu n'es plus rien du tout. Tu n'as vraiment pas la moindre idée de l'identité de ce black, sur la photo ?
Mitchell chercha une dernière fois. Il lui avait bien semblé le reconnaître, en développant ses clichés, et avait alors opté pour un rappeur à la mode. Mais il n'était pas sûr.
- C'est le principal actionnaire du magazine à scandale pour lequel tu travaillais, Mitchell. Et il n'a pas vraiment apprécié ton feeling, quand il a reçu la photo ce matin.

Posté par Coumarine à 17:21 - Caleo - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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