27 mai 2008
13. Jeux entre filles (Cameron)
« Je sors du garage avec une épouvantable migraine ». C’est tout ce qu’il a trouvé à dire. Franchement, vous y croyez, vous ?
D’abord, on n’a pas visé la tête une seule fois. C’est vrai, on avait dit pas dans les parties vitales, au cas où ça marcherait pour de vrai. Sauf que ça marche pas, la preuve est faite. Tout ce qu’il a, c’est la migraine. Comme d’habitude.
Mais je ne comprends pas, le mode d’emploi était pourtant clair. On a oublié quelque chose ? On s’est trompé dans les ingrédients ?
Et puis, arrêtez un peu de me crier dessus, d’accord ? C’était pas mon idée. Moi, je voulais juste qu’on s’en aille en lui fichant la paix. Y’avait rien de plus simple que de claquer la porte, non ? Alors, vos histoires de poupée vaudou, elles commencent à nettement m ‘énerver.
Parce que si ça avait été autre chose qu’une simple migraine, vous y avez réfléchi ? Je veux dire, si on lui avait vraiment fait du mal ? Non, d’accord, je n’y crois pas, à la magie noire, mais quand même, et l’équilibre des forces, vous en faites quoi ?
C’est ça, ricanez. N’empêche que c’est à moi d’aller vérifier s’il respire encore. Ben, vous savez quoi, vos trois petites poupées, là, je les emporte avec moi. Fini de jouer, maintenant. Ou alors, choisissez une autre cible, parce que je ris pas du tout, mais alors pas du tout, de voir mon propre frère se cogner la tête contre les murs. Ok, c’est un abruti. Mais c’est mon frère. Et si vous voulez le punir, faudra d’abord me passer sur le corps. En plus, franchement, j’y crois pas, moi, à la magie noire. J’y crois pas une seconde. J’y ai jamais cru. Vous pensez vraiment que j’aurais accepté de vous aider si j’y avais cru ?
16 mai 2008
Chapeau bas (Cameron)
Ce matin, pour la première fois
depuis longtemps, la pluie ne m’a pas blessée. Ni le tonnerre, si lointain
qu’on eut dit la lamentation de quelque dieu oublié des hommes, ni la vague
lueur persistante du soleil, au-delà des nuages. Ni mon propre souffle trop
court.
Ce matin, pour la première fois
depuis longtemps, ton ombre m’a saluée d’un coup de chapeau.
Je l’avais esquissée de mémoire,
ton ombre, reflet du souvenir sur le mur de nos deux vies. Et ce matin, pour la
première fois depuis longtemps, elle m’a souri. Et l’espace d’un instant, tu as
été là, de chair et de sang emplissant ton ombre, de chair et de sang me
regardant. Comme autrefois.
Mais je n’avais pas de chapeau à retirer, moi, pas même en
imagination. Je suis simplement passée devant toi, les yeux clos sur le
souvenir, et il m’aurait suffi je pense de tendre l’oreille pour réveiller ton
rire, et il m’aurait suffi j’en suis sûre de retenir mon souffle pour te rendre
le tien. Je suis simplement passée devant toi.
Peut-être qu’après mon départ, ton ombre a remis son chapeau. Peut-être qu’en réalité, elle continue à saluer tous ceux qui la frôlent. Je n’ai pas eu envie de me retourner pour vérifier ce matin. Car j’emportais avec moi l’écho de ton rire, et c’était la première fois depuis bien longtemps.