Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

01 juin 2008

30. Dilemme (Cassandrali)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine.  Ça fait des jours & des jours qu’elle me torture. Rien y fait.
Je ne supporte plus cette voix à l’origine de tous mes maux, qui me dit ce que je dois ou ne dois pas faire.
Il faut que ça s’arrête ! Elle est là, du soir au matin. Je suis sous son emprise, prisonnier. Mes moindres réactions sont contrôlées. Un débordement & la sanction tombe : une impulsion électrique plus ou moins forte, envoyée directement au cerveau. Vous ne résistez pas longtemps au supplice.
Ils avaient dit que cette puce changerait notre vie, que notre monde serait meilleur. Plus de guerres, plus de misères, plus de malheurs… Un monde parfait comme avenir nous promettaient-ils !
Ils avaient commencé leur expérience sur des volontaires puis très rapidement, le consortium des Sages avait décidé de l’implanter sur tous les nouveau-nés.
C’était il y a trente ans.
Je m’appelle Paul, je suis marié, j’ai un enfant. J’ai connu le monde d’avant, pas eux. Il n’avait rien avoir avec tout cela. Ici, même les bébés ne pleurent plus, ne crient plus !
Le consortium des Sages dirige le monde, mais dans tout pouvoir totalitaire il y a une résistance qui s’organise. Dans tout pouvoir absolu, il y a des rebelles qui refusent de se soumettre.
J’ai rencontré certain de ces insoumis. Des hommes, des femmes à la gueule cassée qui vivent en marge de la société. Ils sont traqués par les brigades noires, d’impitoyables humains faits de cerveau d’électronique.
Ils m’ont appris à maîtriser, leurrer le système quelques instants, me permettant ainsi de réfléchir sans surveillance, mais c’est épuisant…
Depuis cette rencontre, je rêve de retrouver ma vie d’avant, sans oser franchir le cap… Mais je dois prendre ma décision. Ils m’ont laissé un mois & l’échéance est demain.
J’hésite.
J’ai peur.
Surtout pour les miens…
S’ils ne me suivent pas, ils seront arrêtés, questionnés ou pire encore.
Mais accepteront-ils le sacrifice de se faire trépaner afin de vivre & de penser librement… Plus tard ?

Posté par Vertumne à 17:10 - Cassandrali - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


04 mars 2008

44. Meilleur ami (Cassandrali)

Il n’en a parlé à personne… À qui aurait-il pu d’ailleurs ?
Il n’a même rien dit lorsqu’elle lui a claqué la porte au nez, trop heureuse de se débarrasser de lui sans plus d’explication. Il a attendu quelques minutes, assis sur le palier, avant qu’elle ne revient comme une furie le faire déguerpir.
Alors il s’en est allé, la démarche tremblante, la tête baissée. Il s’est arrêté en cours de chemin… Ces yeux bleus célestes, embués par les larmes, ont regardé une dernière fois cette demeure où des années durant, il y vécut des jours heureux.
Rien ne sera plus comme avant maintenant…
Il a erré dans les rues des villages voisins, se satisfaisant des subsides des passants ou des personnes bien intentionnées, qui ayant pitié de lui, l’ont recueilli quelques jours chez eux.
Sa quête a duré des jours & des jours avant de retrouver SA trace. L’euphorie a été immense, il a couru, dansé autour de lui… Hors d’haleine, fatigué, il a pris place à ses côtés, s’est allongé puis s’est endormi à même le sol glacé.
Dans son rêve, ils étaient ensemble, baguenaudant dans les sentiers & les champs. L’excitation de leurs jeux puérils les avait exténués. À l’ombre d’un chêne solitaire, ils s’étaient reposés. IL s’était adossé contre le tronc frais de l’arbre, lui s’était couché en mettant sa tête sur ses cuisses, sans le perdre de vue. Le calme, la sérénité régnaient en ces lieux & le doux parfum des fleurs sauvages les étourdissaient. Il l’observait sans broncher.
SON visage rougi par le soleil était grave, SES yeux bleus habituellement si clairs avaient quelque peu perdu de leur intensité. D’une voix triste, IL avait dit en le caressant doucement :
« Je vais partir… »
C’était il y a six mois, avant que la maladie ne L’emporte.
Au petit matin, le gardien du cimetière l’a retrouvé gisant sur SA tombe. La fatigue des kilomètres parcourus & le froid de la nuit hivernale, avaient eu raison de lui. À moins que le désir de rejoindre SON maître n’ait été plus fort que celui de vivre sans lui…

Posté par patitouille à 09:52 - Cassandrali - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 février 2008

29. Témoin gênant (Cassandrali)

- Mes bien chers frères…
Le grincement de porte interrompt le prête. Un homme à l’allure plutôt excentrique, passe la tête dans l’entrebâillement pour s’assurer qu’il se trouve au bon endroit. Ce contrôle effectué, il décide d’entrer & de s’asseoir. Ses efforts pour éviter de déranger davantage la cérémonie, sont anéantis par le couinement de ses semelles, provoquant ainsi l’agacement du prête.
- Reprenons !
Mes biens chers frères, nous sommes réunis aujourd’hui afin de…
- Ah ah ah… Mais enfin mes amis, regardez-vous !
Vous avez vu vos têtes ?
C’est votre mariage pas un enterrement !
- Monsieur, vous n’avez rien à faire ici ! L’office sera célébré dans une heure !
Là, c’est une répétition, revenez plus tard !
- Je suis leur témoin.
- Le témoin de qui ?
- De tous ! Ce sont mes amis & je serai le témoin de chacun d’entre eux.
- Bon, d’accord, mais à ce moment-là faites vous plus discret.
[…]
- Franchement les gars, vous êtes vraiment sûrs de vouloir vous marier ? Insiste l’homme.
Allez, on est entre nous…
Vous vous mariez par amour ou bien seulement pour gagner notre pari ?
- Quoi ? Quel pari ? s’étonne le prêtre.
- Celui de tous nous marier avant 40 ans avec la femme de notre vie.
Allons mes amis, en toute honnêteté, le sont-elles ?
Ou bien sont-elles celles choisies à défaut de ne pas avoir eu le temps de les trouver, ne pas avoir su garder celles qui auraient pu l’être ?
Vous n’osez répondre… Aurais-je réveillé le doute en vous ?
Avez-vous oubliez vos rêves, vos espoirs fondés lors de nos réunions, quand nous n’étions encore que des étudiants ?
Moi je n’ai pas fait une croix dessus…
Je ne l’ai pas trouvée mais je ne désespère pas. Je sais qu’elle m’attends quelque part, qu’un jour, au hasard d’un détour, elle sera là… & je saurai que c’est elle…
Souriez… Mais en attendant puisque vous aimez les paris, je vous en lance un autre. Celui que trois d’entre vous seront divorcés bien avant d’avoir fêté ses noces d’étain !
Vous suivez ?
A moins qu’au final, vous renonciez à vous marier…

Posté par _Sammy_ à 11:00 - Cassandrali - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 janvier 2008

43. Clap (Cassandrali)

- J’ai bien fait le tour de la question… Mais j’t’assure, je n’sais plus… Je m’rappelle plus…
- C’est insensé ! Il doit bien y avoir un truc dont tu te souviens quand même ! On n’oublie pas tout une soirée comme ça bon sang !
- Ne cris pas, j’ai mal au crâne…
Il se tut. Après un court instant, elle reprit d’une voix hésitante, au fur & à mesure que les bribes de ses souvenirs revenaient :
- J’entends de la musique, des chants… L’atmosphère est très étrange, envoûtante… Elle m’inquiète & m’attire en même temps.
Les gens autour de moi me sourient, m’effleurent… Certains me caressent, m’embrassent…
Je reste docile. Je ne cherche pas à m’enfuir… J’apprécie ces gestes de tendresse.
Le champagne coule à flot & les coupes s’enchaînent…
Je m’avance vers un groupe affalé devant une table de verre où toutes sortes de substances interdites sont consommées sans modération… Cocktails détonants auxquels je m’adonne sans retenue.
- P’tain t’as pris d’la came ! T’es complètement folle ou quoi !
- Tais-toi ! Comment veux-tu que je me rappelle si tu m’coupes tout l’temps !
Je me souviens de cette vision enchanteresse, celle de cet ange sorti de nulle part qui s’approche de moi. Il m’enlace, m’emporte dans ses danses démentes, tourbillons enivrants me menant dans un état proche d'une transe… Oubliant la bienséance, obnubilée par son charme & fascinée par son regard, je m’abandonne à lui…
J’entends des rires… Je suis la risée des spectateurs. Je vois leur visage répugnant & dans leurs yeux, le désir d’assouvir leurs fantasmes… Ils m’agrippent, je crie, me débats… Je deviens hystérique.
Puis c’est le trou noir.
Le silence pesant me réveille. Il fait noir. Une odeur infecte règne dans la pièce. Je me lève, me dirige vers la fenêtre. Fébrile, je pousse une persienne. La lumière aveuglante pénètre l’endroit…
Les mots se perdent dans ses sanglots :
Je… Je découvre du sang sur mes mains… Du… Du sang sur mon corps nu…
C’est horrible… Y en… Y en a partout…

Coupez ! C’est bon pour moi, on la garde.

Posté par Coumarine à 17:50 - Cassandrali - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 décembre 2007

48. Le mal-aimé (Cassandrali)

Madame la Mère de la Terre,

Je viens vous exprimer mon vif mécontentement & ma révolte face à la terrible méprise dont je fais l’objet. Je me sens offensé.
Ils s’indignent, pestent dès les premiers signes de mon apparition. De pas légers en timides approches, je m’immisce discrètement afin de ne point les effrayer, laissant ainsi l’été s’estomper progressivement. Malgré mes efforts, les grimaces déforment ces êtres en visages laids, gris, agressifs, tristes…
Ils regrettent les caresses estivales de l’air, les dégradés de cyan, indigo & blanc, les chamarrés de coloris arc-en-ciel mêlés à de délicates fragrances virevoltantes dans l’air des champs, des vergés & des jardins.
Afin de les charmer, je me pare aussi de teintes chatoyantes et flamboyantes ; ambre, ocre, topaze, carmin, vermillon & sienne s’unissent avec les verts persistants des pins & des cèdres.
On me nomme l’été indien mais l’on me craint trop dans la majorité des cas, voyant en moi davantage le froid, la déprime s’installer, la clarté régresser au fil du temps.
Bientôt, l’écrasant manteau de l’hiver viendra revêtir les plaines, les vallées, les montagnes & les villes… Mais là, ils seront ravis car cette période rime avec les plaisirs de la neige & les fêtes de fin d’année.
Ils me détestent, pire, me haïssent ! C’est affligeant…
La terre a besoin de moi. Elle se repose grâce à ma présence. Sans moi, elle serait incapable de se réveiller à la vie après six longs moi d’hibernation. Tel le Phénix renaît de ses cendres, le printemps & l’été reviennent fertiles & abondants après avoir profité de ma générosité.
J’attends de vous les mots, les gestes permettant de les convaincre, d’obtenir la reconnaissance de mes bienfaits dans le cycle de la vie ; espérer enfin voir, la gaité habiller les visages de ces hommes, ces femmes & ces enfants lors de ma prochaine visite.
Dans cette attente, je vous prie de croire en ma dévotion sans limite dans l’accomplissement de mon rôle & en mon égard revenant à votre Grandeur.

L’automne

Posté par pivoineblanche7 à 11:06 - Cassandrali - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 novembre 2007

Le bleu, les bleus de Babette (Cassandrali)

Tante Babette prit une profonde inspiration. L’émotion était intense.
Cela faisait si longtemps...
C’était juste après la guerre. À l’époque, ce n’était pas cette belle biscuiterie où profusion rime avec gourmandise. Non, juste une petite épicerie aux étalages peu achalandés.
Elle y avait vécu seule avec sa mère après que son père, mobilisé, ait été constitué prisonnier et envoyé au fin fond de l’Allemagne. Sa mère ne lui avait jamais montré le moindre signe d’affection ; elle n’était que son souffre-douleur. Un mot déplacé, un oubli, une bêtise ou un retard pouvaient déclencher sa hargne, sa colère et sa violence. Les gifles, les coups, les corrections au ceinturon ne l’avaient jamais épargnée.
Autour d’elle, ses cousines, ses tantes savaient, elles avaient même assisté à certaines scènes… Jamais elles n’étaient intervenues. Seule la boulangère avait eu l’audace de lui faire la morale, un jour où les bleus étaient trop visibles et que Babette n’avait pas su mentir.
À la fin de la guerre et au retour de son père, la vie avait repris son cours, presque normalement. Souvent absent, il ne se doutait pas du calvaire vécu par Babette.
Un soir, dans le bleu de ses yeux, il a vu toute la détresse, toutes les peurs de sa fille. Il a compris ses souffrances, celles qu’elle endurait de sa mère devenue son tortionnaire. Il l’emmena loin d’elle & l’espoir revint dans le bleu des yeux de Babette.
Elle n’y était jamais revenue depuis, la blessure était trop profonde, trop douloureuse, à peine refermée.

De l’autre côté du comptoir, une vieille femme aux cheveux blancs et relevés en chignon, sortit de l’ombre. Babette reconnut son regard sombre derrière le sourire qu’elle leur adressa.
- Voulez-vous goûter une madeleine ? Proposa la vieille dame en tendant d’une main tremblante une boîte.
Babette hésita longuement. Cette femme âgée si frêle, qui n’avait plus rien à voir avec sa mère, l’effrayait encore. Elle sentit son sang glacer ses veines.
- Non… Non merci, je ne veux plus rien de vous.

Posté par Coumarine à 18:00 - Cassandrali - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 octobre 2007

40. Trafic interrompu (Cassandrali)


 

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde.

 

Comment faire pour se faufiler dans cette foule si dense ? Jamais ils ne me laisseront passer, ils ont trop peur de perdre leur place !

 

Au secours, à l’aide… Aidez-moi…

 

Autour de moi, il n’y a plus personne. Comme par enchantement, ils ont tous disparu.

 

Une main se posant sur mon épaule me fait sursauter.

 

- Madame… Vous allez bien ? Vous êtes toute pâle & en sueur.

 

- Monsieur l’agent, y’a un type qui me poursuit depuis mon travail ! Vous savez la grande tour de verre, juste là, à l’entrée de la station… Il m’a coincée dans l’ascenseur, m’a menacée d’un couteau… Je lui ai filé un coup de pied entre les jambes & j’suis sortie juste avant la fermeture des portes. J’ai dévalé les étages pour arriver ici où il…

 

- Ah ah aaah…

 

Je me retourne & aperçois mon agresseur au bout du quai, avançant lentement.

 

- C’est lui !

 

Mais le policier s’est évanoui, comme la foule tout à l’heure.

 

C’est pas possible ! J’suis dans un rêve… Je vais me réveiller.

 

Seule sur le quai, je suis à nouveau à la merci de cet homme, qui se dirige vers moi.

 

J’entends au loin, le grincement des rails de la rame qui s’approche. C’est ma dernière chance, monter dans un wagon et espérer qu’il se ferme avant même que ce type n’y pénètre.

 

Non, il est trop près. Si je monte, il monte & là Dieu seul sait ce qu’il fera de moi.

 

Il me faut une autre idée. VITE !

 

Il n’est plus qu’à quelques mètres de moi, je peux distinguer son sourire cynique, son regard cruel. Je suis paralysée, il vient & je reste plantée là sans tenter de fuir, tel une proie résignée.

 

Au moment où il s’apprête à m’agripper, je fais un pas en arrière, prends de l’élan & saute sur la voie juste devant le métro qui arrive.

 

Déséquilibré, il tombe.

 

Je ne prends pas le temps de regarder derrière moi. Je me précipite hors de la station & poursuit ma course jusqu’à la suivante. Là, surprise ! Le quai du métro est noir de monde…

 

Une voix nous informe qu’un incident voyageur perturbe l’ensemble du trafic sur la ligne.

 

 

Posté par Coumarine à 17:30 - Cassandrali - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 octobre 2007

Le jardin du souvenir (Cassandrali)

Je me sens bien, envahie par une exquise sensation de liberté, de bien être, de quiétude…
Longtemps je me suis demandée ce qu’il adviendrait de moi le jour où…
Je n’y songe plus. Je n’en sais pas plus mais mon état de plénitude me libère de toutes craintes quand à ma destinée. Désinvolte, je me sens flotter dans les airs.
Longtemps j’ai hésité sur le chemin à emprunter le jour où…
Quelle serait ma destination finale. De la poussière devenue au fil d’un temps trop long, enfermée à tout jamais, j’ai espéré d’autres horizons. J’ai choisi…
Au confort de l’écrin de velours, j’ai préféré la rigueur de la terre généreuse.
Au sombre espace humide, j’ai désiré la chaleur de l’astre de lumière.
Au souterrain confiné, j’ai souhaité le vertige du souffle de l’air.
Parce qu’éprise de libertés, d’absolus infinis, sans cesse attendus…
« Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière. »
Après tout, ne le suis-je pas devenue juste un peu plus rapidement ?
Poussières de cendre, éparpillées dans la nature… Hier.
Les adieux dit, il les laissa s’échapper près des berges où nos regards se sont croisés au premier jour de notre histoire.
Une douce brise m’emporta. J’ai survolée l’escalier de pierre où il m’a demandée ma main, puis je me suis laissé entraîner jusqu’à la demeure qui fut la notre des années durant.
En suspension dans l’air, je le revis refermer doucement la porte, avec regret, comme pour tourner définitivement la page du passé ; mon passé, dont il ne lui restera plus que des bribes de souvenirs cachés tout au fond de son coeur.
Un inconnu s’approcha. Il lui serra la main, échangea quelques mots avant de contempler une dernière fois les lieux. Il retira la clef de la serrure & se tourna face à l’homme au long pardessus.
J’ai senti le vent se lever. Prise dans le tourbillon d’air qui m’éloigna de lui & me transporta vers la voie s’illuminant progressivement devant moi, je l’aperçus une dernière fois ; d’une main tremblante, il lui donna solennellement les clefs de la maison.

Posté par patitouille à 09:00 - Cassandrali - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 octobre 2007

Les larmes de mon démon d’ange (Cassandrali)

Je lui ai dit de se taire. Ses excuses ne serviraient à rien, le mal était fait...
Ce petit monstre venait de briser une des bouteilles de cette série rapportée du Japon par mon grand-père et acquises lors d’une vente aux enchères. Leur histoire était peu singulière, m’avait-il expliqué à son retour ; l’eau qu’elles contenaient aurait sauvé la vie de l’un des membres de la famille de l’empereur au début du siècle dernier.

Leur valeur était inestimable, mais pour moi, elles avaient surtout une valeur sentimentale.
Je revois ses yeux brillants s’illuminer par l’excitation de pouvoir les admirer, les tenir entre ses mains, les caresser avant de les ranger dans leur écrin de velours. J’entends sa voix exaltée par sa passion, sa fierté de partager leur récit qu’il réadaptait à chaque fois.

"Je t’avais pourtant interdit de venir chahuter dans ma pièce aux souvenirs ! Mais non, il a fallu que tu y ailles !" A quatre pattes sur le sol glacé, je rassemble les morceaux éparpillés. Je sens la colère envahir tout mon être. Comme le magma en fusion se propage dans la cheminée du volcan avant même que la lave ne soit crachée, je retiens de mon flot de paroles blessantes. Je marmonne entre mes dents ma rancœur, tout en ramassant un à un les éclats de verre, les cherchant  sous les meubles pour ne pas en perdre un seul morceaux.

Mais tenter de les recoller ne réparerait pas les dégâts. Il était trop tard...
Je me redresse, je le vois juste devant moi, immobile. L’apparence de démon que je lui prêtait quelques minutes plus tôt redevient peu à peu celle d’un ange, avec toute son innocence. Mais un ange triste, au regard emplit de larmes ; son sentiment de culpabilité est palpable, son repenti et ses regrets aussi.
"Excuse-moi maman..."
Je me relève. Emue, regrettant mon emportement, je me rapproche de lui pour le prendre dans mes bras et le réconforter. Enlacés, mêlant nos larmes, je laisse s’échapper ces mots pensés si fort :
"Pardonne moi..."
Parce que la plus grande des richesses qui soit, est de savoir pardonner.

Posté par _Sammy_ à 10:00 - Cassandrali - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2007

L’heure n’est pas venue (Cassandrali)

L’horloge indique vingt-deux heures trente, mais elle est en avance.

Je le sais, cela fait trois ans que je la regarde tous les soirs. Trois ans que je le constate. Trois ans que je désespère que ces quelques minutes d’avance sur le temps, ne me permettent de changer le cours de ma vie, le jour où le destin décidera de la remettre à l’heure. Cette vie devenue insipide, affligeante au fil du temps… Insupportable.

Tel un chat qui joue avec sa proie, la torture avant de la dévorer, je subis les affres de cette existence qui s’acharne sur moi. Les doutes, les craintes, les angoisses tourbillonnent, raisonnent dans ma tête. Je n’en puis plus. J’ai besoin de trouver le repos de l’âme… De cesser de penser.

Assis sur le bord de la balustrade, les yeux humidifiés par mes larmes, je suis prêt à rejoindre ce vide qui m’attire, faire le grand saut. Ce saut libérateur, rédempteur…

Mon regard croise les deux lucarnes côte à côte du bâtiment d’en face. Une étrange sensation m’envahit, celle d’être observé… Surveillé par ces lucarnes plantées là comme des yeux sur un visage. Deux grands yeux étonnés de me voir si proche d’eux, si prêt à renoncer… Trop lâche.

Le déplacement des nuages dans le ciel de la nuit obscure, laisse transpercer la lumière de la lune qui se reflète sur la lucarne entrouverte. Elle semble me faire des clins d’œil. J’ai l’impression qu’elle cherche à attirer mon attention, à me délivrer un message :

Non, ne saute pas ! Reste avec nous.

Je ne suis plus seul, cette présence inconnue me dérange, me déconcentre. Delirium tremens… Tous ces verres ingurgités pour avoir du courage… Le courage d’en terminer une bonne fois pour toutes. Maintenant j’hésite…

J’observe à nouveau les lucarnes que la lune éclaire entièrement. Je distingue un reflet, une ombre, des cheveux longs & clairs, un enfant jouant avec un petit miroir. Il ouvre la fenêtre, me dévisage, puis m’offre le plus beau des sourires qui soit avant de disparaître en me faisant un signe d’au revoir. Son innocence apaise ma détresse…

L’espace d’un instant l’espoir revient.

Posté par Coumarine à 09:10 - Cassandrali - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »