15 avril 2008
20. Le secret d'Emilie (Cassymary)
Il faut absolument que je pense à dire à maman pour Emilie.
Emilie, c'est ma meilleure copine. Emilie, elle me raconte tout, on se dit plein de secrets.
On est pas dans la même classe, mais elle habite pas loin de chez moi. Alors tous les jours, on fait le trajet ensemble. Souvent on s'arrête à la boulangerie acheter des bonbons. Puis on va au fond de son jardin, dans le petit cabanon, et on mange les bonbons en discutant de trucs de filles.
Evidemment, à la fin, on jure crache pour preuve qu'on répétera pas ce que l'autre nous a dit.
C'est la condition pour être amies.
J'aurais pas idée d'aller répéter ce qu'elle me dit. Elle non plus d'ailleurs.
Sauf que ce qu'elle m'a dit hier, ben j'ai du mal à le garder. C'est un secret qui me pèse. Je sais pas trop pourquoi, mais je sens que si j'en parle à personne, je vais pas arriver à dormir de la nuit.
Alors ce soir, quand elle viendra me faire mon bisou de la nuit, tant pis, je dirai le secret.
Je sais qu'Emilie ment jamais. Ce qu'elle m'a dit est vrai.
J'ai peur qu'Emilie meure. Emilie, c'est ma meilleure copine, et je peux pas la laisser mourir.
Je vois pas comment l'aider, à part le dire à maman. Maman trouve toujours les solutions à tout. Elle trouvera une solution, elle aidera Emilie a pas mourir, et Emilie elle pourra pas m'en vouloir d'avoir dit son secret.
Emilie, elle fait sa forte, mais je sais bien qu'elle a peur. Elle a que 10 ans. Sa mère dit toujours qu'elle fait sa chochotte, alors elle dit rien quand elle a mal à la tête.
Mais là, Emilie, elle croit qu'elle va mourir, qu'elle a une grave maladie. Et y'a que maman pour l'aider. Maman, elle est infirmière, elle saura ce qu'il faut faire.
Oui, c'est décidé, ce soir je dis à maman qu'Emilie avait plein de sang dans sa culotte, même si elle avait mal nulle part.
12 février 2008
18. Le placard (Cassymary)
J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et je l’ai ouvert.
J’étais seule dans cette allée de gravillons blancs.
J’ai commencé à lire à haute voix. Le vent emportait mes mots. Qu’importe. Là où tu étais, tu ne m’entendais pas, tu ne m’entendrais plus.
La porte du placard s’est refermée, et j’ai entendu la clef du cadenas. J’ai retrouvé sous la marche de l’escalier le cahier et le stylo, et puis la lampe de poche que je t’ai piqué la semaine dernière. Maintenant j’écris. C’est rien que pour moi, pour passer le temps, pour avoir moins peur. Toi, tu cuves ton vin affalé sur le canapé Quand tu te réveilleras, tu viendras m’ouvrir, si t’as pas oublié d’ici là. En attendant, pour passer le temps, j’écris.
Papa, pourquoi tu ne m’aimes plus? Je sais bien que t’as autre chose à faire que t’occuper de moi. Je sais aussi que t’aurais bien aimé que maman m’amène avec elle quand elle est partie l’an dernier. Elle non plus elle voulait pas de moi. J’ai peur quand tu vides la bouteille d’un coup, comme ce soir. A chaque fois, ça finit pareil, tu gueules sur maman, tu la traites de salope, et puis tu me regardes et t’as l’air dégoûté. Et puis t’ouvres la bouche pour me cracher à la figure que je lui ressemble trop, que je finirai comme elle. Alors tu m’attrapes et tu m’enfermes sous l’escalier, pour plus me voir, parce que je te rappelle trop maman.
Avant je t’aimais papa, avant, quand maman était là. T’étais pas pareil. Tu me prenais sur tes genoux et tu me racontais des histoires, et je tournais les pages du livre en regardant les images, et puis on faisait un concours de grimace, et on rigolait bien.
J’ai plus envie de rire papa. J’ai 10 ans et j’ai envie de mourir. A cause de toi.
Le reste du cahier était rempli des mêmes mots : j’ai envie de mourir. 5 ans d’une écriture minuscule, des mêmes mots répétés à l’infini.
Le cimetière était tout aussi désert lorsque je suis repartie. Sur la tombe encore fraîche, un cahier à couverture rouge dont les pages voletaient au gré du vent.
26 janvier 2008
06. Manif (Cassymary)
Mes biens chers frères, l’heure est grave et le temps presse.
Si je vous ai tous réunis ici même, avant l’heure de la messe, ce n’est pas pour l’appéro. Non ! Le café de Gérard est convivial, certes, et nous y avons nos habitudes n’est-ce pas? Mais le Ricard attendra.
Chers amis, il est temps de faire entendre nos voix.
Regardez-vous ! Tous, endimanchés de la tête au pied, le cheveu gominé et la barbe rasé.
Vous n’êtes plus vous-mêmes, vous voilà attifés comme un jour de gala. Non, chers concitoyens, vous ne pouvez tolérer plus longtemps ces accoutrements.
Regarde toi Jules. Où est passée ta houppelande ? Et toi Pierrot, ta barbe, sale et mal rasée, qu’en as –tu fais ? Tournez vous vers votre voisin. Que voyez vous ? Des clones, comme on en voit tous les jours à la grande ville.
Bordel de merde, le village est devenu fou ou quoi ? Ouvrez les yeux, l’heure de sortir de votre torpeur est arrivée. Je ne laisserai pas mes amis, mes voisins tomber dans le piège. Je vous conduirai à la victoire. Si j’y crois, vous devez y croire. Dédé, est-ce que j’ai déjà menti ? Et toi Lulu, peux tu dire qu’une seule fois j’ai failli à mon devoir?
En tant que maire de ce village et ami de vous tous, je me dois de vous mettre en garde : vous filez du mauvais coton… Et vous le savez. Il n’y a pas un jour sans qu’un de vous ne vienne pleurer sur mon épaule. C’est pas vrai Guitou ? Et même toi Lulu, même toi qui disait être le plus heureux des hommes, même toi tu doutes !
Il est temps de reprendre les rennes de nos destinées.
Vindiou ! Nous allons retrouver notre place et personne ne nous en empêchera. Ni Dieu, ni le curé, ni ces sacrées bonne femmes.
Tous avec moi, droit sur l’église et les pancartes bien hautes.
Chantons mes frères, chantons notre combat :
- Les femmes - à l’église -
- Les hommes - au pastis -
- Les femmes – au fourneau-
- Les hommes – au bistrot -
- Les beaux habits – à la poubelle –
- Vive les shorts et les marcels –
- Femme! ressort ton tablier –
- y’a les potes qui viennent dîner –
14 janvier 2008
18. Libre, compagnon (Cassymary)
J’ai bien fait de faire le tour de la question
Et cela ne sert à rien de tourner en rond
Cette chambre est depuis trop longtemps ma prison
Je vais finir par perdre la raison
Derrière ces persiennes il y a la vie
IL y a les rires, il y a les cris
Il y a l’espoir d’être à nouveau en vie
Ce que je réclame à présent à corps et à cris
Alors c’est décidé, je vais les pousser
Ces volets depuis trop longtemps fermés
Et c’est le soleil que je vais laisser entrer
Pour que sa chaleur vienne m’effleurer
Il y a une autre vie, quelque part qui m’attend
Mon baluchon est prêt, quelques vêtements
Quelques livres, un stylo, un cahier blanc
Et l’envie d’un ailleurs qui m’attire tel un aimant
J’enjambe la fenêtre et saute du balcon
Sans un regard derrière, je fixe l’horizon
En sifflotant je m’éloigne de la maison
Je trace ma route. Je suis libre, compagnon
17 décembre 2007
Consigne de dingue (Cassymary)
C'est pas croyable. Coumarine nous donne une consigne de dingue pour cette quinzaine.
J'te jure! C'est pas croyable. C'est dingue ça. Comment veut-elle que je m'en débrouille de cette consigne à la con.
D'un côté, moi j'aime bien quand la consigne est originale. Quelque part, ça me booste.
C'est dingue d'avoir besoin d'être boostée comme ça pour pondre un texte pas piqué des hannetons.
En même temps, je sais pas trop quoi je vais raconter pour cette consigne.
C'est vrai ça! C'est trop! Faut se bouger les neurones cette fois-ci. Ça va pas sortir tout chaud du saladier.
Bah, y'a pas d'soucis, je sais bien que je vais y arriver. Encore que c'est pas évident de faire un monologue. Quelque part, je me masturbe les neurones pour rien.
C'est'y pas dingue de vouloir à tout prix écrire un texte sur la consigne 60? Y'a pas à dire, je dois être vraiment à la masse pour me triturer les méninges com'ça.
Quelque part je dois être maso. Oui, mais en même temps, faut pas pousser mémé dans les orties hein! Je vais pas non plus y passer la nuit.
La vérité, c'est que finalement je les aime bien les consigne de Coumarine. Faut pas me voiler la face.
02 décembre 2007
9. Claire et le chocolat (Cassymary)
J'ai pensé ne jamais écrire cette lettre. Cela ne servait à rien. Le mal étant fait. J'étais très en colère et j'espérais crier ma déception de vive voix. Et j'ai appris de maman elle même la vérité: Claire ne rentrerait pas manger à midi. C'en était trop. Elle m'avait trahie. Elle devait partager. Elle me l'avait promis. C'était pas normal.
Alors cette lettre je la pose dans son lit. Claire la lira en rentrant ce soir, avant de s'endormir.
Claire,
J'espère te mettre la pression à mort, et ça t'empêchera de dormir.
T'avais promis de partager le chocolat rangé dans le frigo. Mais il a été amené chez ta copine et entièrement mangé par Brigitte et toi même. t'es vraiment salope.
J'ai donc dis à maman ce soir au repas: Claire, elle a embrassé Loïs et il l'a tripotée. Maman était cramoisie. Ca va être ta fête demain matin. T'avais k'à me laisser trois barres de chocolat.
La vengeance est un plat se mangeant très froid. La mienne laissera des traces, style glace à la pistache.
Dors bien et fais de jolis rêves chocolatés!
Signé:
Ta cadette ravie de t'avoir trahie.
PS: la prochaine fois, il serait bon de réfléchir à trois fois avant de manger le chocolat.
05 novembre 2007
Tata Gâto (Cassymary)
Tante Babette prit une longue inspiration. Juste au moment où l’horloge sonna 2 fois. C’était le signal.
«Allez Jojo, c’est l’heure»
Je déverrouillai alors la porte et eu à peine le temps de me précipiter derrière le comptoir. Ma tante, sourire aux lèvres, regardait les visages enjoués de tous les gamins qui entraient.
Il faut dire qu’il y avait de quoi être émerveillé par les trésors accumulés dans ces quelques mètres carrés.
Le jeudi, il n’y avait pas classe. Avec elle, je me levais aux aurores, et c’est dans une cuisine rutilante, que nous commencions dans la bonne humeur nos préparations.
L’arrière boutique contenait encore des sacs de farine, de sucre et des bombonnes de lait. En ces temps de guerre, les réserves baissaient à vue d’œil, mais tante Babette regorgeait d’imagination. Alors on pétrissait, on malaxait, on rajoutait de l’eau de fleur d’oranger, et puis on enfournait dans le four à bois où mon oncle préparait son pain. Le boulanger mobilisé, la boulangère s’était transformée en tata gatô, comme la surnommaient les gamins du village. Et le jeudi, c’était leur jour.
On avait entassé les biscuits encore tout chauds sur les étals. Tante Babette avait ressorti toute sa collection de boites à gâteaux qu’elle avait placées sur les étagères, derrière le comptoir. La décoration était du plus bel effet, et qu’importe si les boites étaient vides.
La petite boutique de tante Babette, c’était mieux que la caverne d’Ali Baba. Elle regorgeait de trésors, des boîtes aux couleurs pastel, des jaunes, des verts, des bleus ciel. Et puis des douceurs à déguster qui sentaient bon le sucre chaud et l’amour que tante Babette parsemait de ses doigts agiles sur la pâte malaxée quelques heures plus tôt.
Sur la boutique, un écriteau : ADULTE INTERDIT LE JEUDI
Sur les étals, des étiquettes : 2 gâteaux = 1 demi centime, ou 2 boutons, ou 3 billes.
Le jeudi, tout était permis et la boutique ne désemplissait pas.
«Jojo, n’oublie pas de rendre la monnaie» Et tante Babette riait.
02 novembre 2007
9. Claire et le chocolat (Cassymary)
J'ai pensé ne jamais écrire cette lettre. Cela ne servait à rien. Le mal étant fait. J'étais très en colère et j'espérais crier ma déception de vive voix. Et j'ai appris de maman elle même la vérité: Claire ne rentrerait pas manger à midi. C'en était trop. Elle m'avait trahie. Elle devait partager. Elle me l'avait promis. C'était pas normal.
Alors cette lettre je la pose dans son lit. Claire la lira en rentrant ce soir, avant de s'endormir.
Claire,
j'espère te mettre la pression à mort, et ça t'empêchera de dormir.
T'avais promis de partager le chocolat rangé dans le frigo. Mais il a été amené chez ta copine et entièrement mangé par Brigitte et toi même. T'es vraiment salope.
J'ai donc dis à maman ce soir au repas: Claire, elle a embrassé Loïs et il l'a tripotée. Maman était cramoisie. Ca va être ta fête demain matin. T'avais qu'à me laisser trois barres de chocolat.
La vengeance est un plat se mangeant très froid. La mienne laissera des traces, style glace à la pistache.
Dors bien et fais de jolis rêves chocolatés!
Signé: Ta cadette ravie de t'avoir trahie.
PS: la prochaine fois, il serait bon de réfléchir à trois fois avant de manger le chocolat.
18 octobre 2007
4. Défi d’Agora (Cassymary)
Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !
Je m’avance au milieu de cette foule compacte, les yeux fixés sur cette affiche.
Elle est placardée sur le quai d’en face. Une photo d’un bâtiment futuriste.
Fixer ces centaines de fenêtres. Les compter. Ne pas réfléchir.
Je tremble. Ne pas flancher.
Compter les fenêtres. Compter.
Je commence à avoir des difficultés à respirer.
Non! Lutter. Ne pas la laisser s’emparer de mes pensées.
Compter les fenêtres. Compter.
Mes jambes flageolent, mes muscles se tétanisent.
Fixer l’affiche. Compter les fenêtres. Compter.
Le métro n’arrive pas. Les gens s’agglutinent. Le danger se rapproche.
Compter les fenêtres. Bon dieu ! Compter. Ne pas se déconcentrer.
J’essuie mes mains moites sur mon jean. J’ai chaud. J’étouffe.
STOP ! Fixer les fenêtres. Compter. Merde ! Compter. Compter!!!
Ils lisent leur journal. Ils discutent par petit groupe. Ils rient. Ils parlent fort.
Ne pas les écouter. Compter.
Ne pas les regarder. Compter.
Je me balance d’un pied sur l’autre.
J’ai mal au ventre. J’ai mal au cœur.
Compter les fenêtres. Bon sang, compter !!!!
Le dégoût monte à mes lèvres.
Ne pas y penser. Compter les fenêtres.
Respirer lentement. Respirer et compter.
Ne pas se déconcentrer.
Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus.
Je ne les vois pas. Je ne les entends plus.
J’arrive plus à compter. Les fenêtres d’en face. J’y arrive pas !!!!!
Les images se voilent, mes pensées se troublent.
Une petite mort s’installe, insidieusement, irrémédiablement.
Ne pas mourir, ne pas y penser, ne pas le désirer.
Fuir !
Echec !
Le métro arrive. Je suis loin déjà !
17 octobre 2007
La clef des secrets (cassymary)
- Parle-moi de cette photo, tu veux bien? C’est toi qui l’as prise?
- C’est le vieil escalier qui mène à la maison de ma grand-mère. La rampe est rouillée et la pierre noircie par le temps. J’y ai usé mes fonds de culotte quand j’étais gosse.
- Tu en gardes de bons souvenirs à ce que je vois!
- Oui ! On s’installait toujours sur la même marche. La troisième en partant du haut. Le soir, on y prenait le frais jusqu’à pas d’heure. La journée, on y étalait la dînette ou les poupées. Plus grande, j’y passais des heures à bouquiner, le dos calé par un coussin que j’avais chipé sur le canapé du salon.
- Et la maison ?
- Je dormais au grenier. Il y avait un petit fenestron par lequel j’apercevais le ciel. Il y faisait froid l’hiver.
J’avait un gros édredon de plumes sous lequel j’aimais me pelotonner dès la nuit tombée. J’aimais bien les vacances chez ma grand-mère.
- Et quand tu rentrais chez toi ?
- Je n’ai pas envie d’en parler.
- Tu n’en n’as pas de souvenirs ?
- Je ne veux pas en parler je vous dit. J’ai fermé la porte de ces souvenirs-là.
- On peut la rouvrir ensemble si tu veux.
- Non ! De toute façon, j’ai jeté les clefs il y a longtemps.
- Je peux t’aider à les retrouver, si tu le désires.
- Merde !
Elle s’enferma dans son mutisme habituel, la mâchoire crispée. Il n’obtiendrait plus rien d’elle. Du moins pas cette fois.
Il tenta une dernière approche.
- Regarde : j’ai trouvé ces 2 petites clefs dans mon grenier, enfermées dans un coffre plein de secrets. Toi aussi tu as des secrets, n’est-ce pas ? Tu les gardes bien cachés à l’intérieur, enfouis au plus profond de tes entrailles.
- J’me barre, j’en ai marre d’entendre vos conneries, M’sieur le psy je sais tout.
Elle se leva d’un bond.
- Ok. Je t’attends pour la prochaine séance lundi à 14h. En attendant prends-les, c’est cadeau, elles sont en argent je crois.
- Qu’est-ce que vous voulez que j’en foute...
- Garde-les dans ta poche. Disons qu’elles sont les clés de ta maison à secrets, celles que tu caches si bien depuis toutes ces années. Celles que tu as peur d’utiliser.
Parce que tu as la trouille n’est-ce pas ? Tu crânes mais tu n’en mènes pas large. Moi je te lance un défi : ouvrons cette maison ensemble. Je ne te laisserai pas tomber, c’est promis.
Il avait touché juste, il le sentit au regard qu’elle lui lança.
- Allez ! Tiens, prends ! Qu’est-ce que tu risques ? T’as 2 jours pour réfléchir. Libre à toi de les utiliser à notre prochaine séance.
Elle tendit la main et il lui donna solennellement les clefs de la maison.