11 février 2008
15. Secret de placard (Christine 2)
J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac enfoui au fond d’un placard. J'y ai entassé tout ce que je ne peux pas mettre ailleurs. Ca va du pot en terre aux vieux rideaux et un tas de vieilleries d’aucune utilité mais que j’aie gardées pour je ne sais plus X raisons.
Au fond, un grand sac qui devait
jadis, fermer avec un petit cadenas mais dont j’ai perdu la clé. Je ne
tenais pas de journal intime pourtant mais il fallait vraiment que ce soit
important pour que personne ne puisse y avoir accès. Ne pas jeter. Qu'est ce que j'aie bien pu
mettre la dedans ? C’est quoi ce grand cahier à couverture rouge ?
Sur la première page sont collés mes bulletins scolaires avec mes notes et les appréciations de mes maîtres d'école. Je les ai tous relus. C’est drôle de savoir ce qu'ils pensaient de moi petite. " Très bonne élève appliquée en lecture et écriture. Travailleuse mais peut mieux faire. Beaucoup d'efforts en mathématiques mais encore des difficultés. Trop bavarde, très distraite. " Heureusement celui-là a noté qu’il fallait que je reste aussi pleine de vie !
Au milieu une pile de feuilles
volantes. Les lettres écrites par mon ex-meilleure amie. Ca m'a fait tout
bizarre. Apparemment, on passait nos cours à s'écrire des mots, à croire qu’on
avait rien d’autre de mieux à faire. J'ai refait alors un bon de vingt
ans en arrière, me rappelant ainsi tous nos délires. Le plus marrant, parmi
toutes ces pages, il y avait la liste que M-C et moi avions faites sur les
qualités que devaient avoir l'homme de notre vie. Nous étions dans
l’année de notre bac, c’est-à-dire 18-19 ans. En signes
particuliers, on à inscrit toutes les deux " surtout pas d'acné". Le
" pas d'acné " souligné en rouge ! Ça m'a trop fait rire.
Je n'ai pas tout lu parce que ça m'a quand même un peu remuée tout ce passé qui me revenait à la figure. J'ai remis ce grand cahier rouge dans mon grand sac à sa place. Peut-être un jour, quand je serai dans une meilleure période je la ressortirai de sa cachette.
30 janvier 2008
22. Charité bien ordonnée (Christine 2)
Mes biens chers frères.
Honni soit qui mal y pense. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. La faim chasse le loup hors du bois, fais ce que je dois, advienne que pourra, car faute de grives on mange des merles. On sait bien où l'on est, mais on ne sait pas où l'on va au royaume des aveugles les borgnes sont rois et à beau mentir qui vient de loin, nul n’est prophète en son pays. Comme un fou avise bien un sage, je vous dis votre fait, et ne vais pas chercher midi à quatorze heures. Je parle comme saint Paul, la bouche ouverte et pour tout le monde qui se sent morveux se mouche, ce que je vous en dis, n’est pas que je vous en parle. Cette vérité devrait faire trembler les pécheurs. Qui aime bien châtie bien.
Il ne faut pas jeter le manche après la cognée. Dieu a dit : Aide-toi et je t'aiderai. N'est pas marchand qui toujours gagne, ne jamais jurer de rien et ne pas dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau », faites vie qui dure. Il ne s'agit pas de brûler la chandelle par les deux bouts, ni mettre la charrue avant les bœufs, tous les chemins mènent à Rome. A cœur vaillant rien d’impossible, il vaut mieux tenir que courir car il y a loin de la coupe aux lèvres, contre mauvaise fortune il faut faire bon coeur, battre le fer tant qu'il est chaud.
On reconnaît l’arbre à ses fruits, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs petit à petit l’oiseau fait son nid. Le temps c’est de l’argent et comme on fait son lit, on se couche. Qui trop embrase mal étreint, un homme averti en vaut deux. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, quand le vin est tiré il faut le boire. Vouloir c’est pouvoir. Il n’y a que le premier pas qui coûte.
A l’impossible nul n’est tenu, ce n’est rien de parler mais le tout est d’agir et puisque souvent charité bien ordonnée commence par soi-même. Les écrits sont mâles, les paroles femelles, mais on prend le boeuf par les cornes et l'homme par les paroles. Une fois que les paroles sont dites, l'eau bénite est faite.
Ce sont des propos en l'air. Autant en emporte le vent.
15 janvier 2008
22. Sentiments en panne de moteur (Christine 2)
J’ai bien fait le tour de la question …
Depuis deux ans que je pose des mots sur des maux, bribes de joie ou de peine, des bouts de moi dans une tranche de vie, entre déception, rupture, mensonge et trahison, images sur mes amours et désillusions ; je ne trouve plus cette source d’inspiration qui fut mienne et cette motivation qui me poussait à écrire. Je n'arrive plus en ce moment et ce depuis pas mal de temps à continuer en ces lieux, avec l’impression de stagner toutes portes fermées.
Je n’avais plus de Pygmalion nécessaire à nourrir ma source d’inspiration. C’est comme une muse pour un peintre. Certes, les peintres ne peignent pas systématiquement leurs muses, mais il n’y a pas de peintures sans muse. Prenez par exemple Louis Aragon. Il s’est beaucoup inspiré d’Elsa. Les yeux d’Elsa, les mains d’Elsa. Tous ses poèmes ne sont pas que sur Elsa. Elsa en est une partie.
Il me fallait retrouver une certaine source d’inspiration et je l’ai trouvée dans le regard de B. C’était inné. D’avance j’ai su que je pourrais y puiser mon exhalaison. Pour lui j’ai écrit mes plus beaux textes. Surtout un. Incontestablement le plus réussi. Celui dont je suis la plus fière aussi. Je ne saurais jamais ce qu’il en a pensé mais je ne le remercierais jamais d’avoir fait parti de cette source d’inspiration.
Il y a quelques semaines encore, j’avais commencé une ébauche que je n’aie pu terminée. Quelque chose m’a arrêté net, comme si je sentais que mon Pygmalion s’en allait, emportant ainsi ma verve, mon souffle d’air, cassant la branche de mon arbre, asséchant ma source. Mon inspiration me quittait en même temps que lui.
Lors, je suis en panne d’écriture et mes pages restent blanches. Nul but, nulle raison, nulle passion. Une seule réalité éternelle et présente. Mon petit carnet à spirales n’est que ratures et pages déchirées. Celui qui fut le miroir et compagnon de mes pensées mérite mieux et il est peut-être temps de dire au revoir ou adieu, fermer les volets et ouvrir une autre page.
17 décembre 2007
Slim fast et régime pizza (Christine 2)
Me voilà mal barrée . Il y a un pot de fin d'année à la boîte et je n'ai rien à me mettre. Enfin si. Des fringues plein l'armoire dans lesquelles je ne rentre plus. Armelle a raison. Elle n'arrête pas de me gonfler à me
rabâcher que j'aie pris du poids. Oui mais bon. En ce moment, je n'ai pas trop le temps donc c'est vite bâclé, régime pizza, pâtes, chips, surgelés, sans compter le grignotage dans la journée, faut que ça aille vite quoi !
Je n'ai pas trois plombes pour déjeuner, alors je mange sur le pouce et le soir je suis tellement crevée que je n'ai pas envie de faire la bouffe. Il y a encore quelque temps j'étais proche de la bouteille de Sylvaner, épaisse comme un sandwich SNCF, malgré mes formes. Du coup entre ce tailleur pantalon qui fait ressortir mes bourrelets et la robe de cocktail hyper sexy moulante qui me boudine, il n'y a pas photo c'est clair que je ressemble davantage à celle du Cointreau. Quand je pense aux Wonderbra d'Adriana que j'ai payé une fortune, je n'ai plus la place même en tassant bien. Ca me prend la tête mais grave !
Puis mes cheveux, des queues de rat j'ai envie de dire, déjà qu'ils sont raides comme des bouts de bois. J'aurais dû écouter la coiffeuse quand elle m'a dit qu'il fallait que j'essaie la nouvelle recette Slim Fast qui
paraît-il donne des résultats tout à fait satisfaisants, sans parler de la nouvelle méthode par ultrasons pour gommer la cellulite et retrouver un ventre plat. Rien à voir avec tous ces produits miracles en massage après la douche. Il me semble effectivement l'avoir lu quelque part dans un magazine féminin. C'est que du bonheur, il n'y a pas de souci, ça a l'air vraiment top. Ok mais à quel prix ? Oui mais non. Je ne suis pas convaincue. Bon sur ce, va falloir que je me décide quand même hein ? Je ne peux pas sortir comme ça. Sérieux, ça ne va pas le faire, j'aurais l'air de quoi sapée comme ça ? Allez, ils ne m'en voudront pas si je n'y vais pas. Je vais rester avec mon plateau repas et ma pizza !
03 décembre 2007
14. Délation (Christine 2)
Monsieur le Feldgendarme,
En bon citoyen français et bon Pétainiste, je vous demande de prendre en considération cette lettre. Je dénonce par la présente le comportement inadmissible de certains de mes concitoyens. Bien évidemment vous comprendrez mon intérêt à respecter mon anonymat …
En effet, Monsieur Leblanc militant est membre actif dans le combat clandestin dès 1940. Sa fille Odette sténo dactylo y a également adhéré. Son métier lui permet aisément de voler l’encre servant à écrire les tracts tapés sur une ronéo dans l’imprimerie de Léon et comme elle s’en va très tôt le matin, elle emporte avec elle des liasses de l’Humanité. Elle sert aussi de relais boite à lettres, recherche des cachettes afin de planquer les combattants clandestins, fait franchir la ligne de démarcation en aidant des prisonniers évadés, des israélites, des résistants chassés par la Gestapo à passer en zone libre. Elle a pris une fausse identité. Son frère Jean a rejoint la Résistance Il fait parti des Francs-tireurs et Partisans et se livre à des actes de sabotage. En promenant mon chien dans le bois de la Ferrière, je l’ai identifié clairement. Il sortait de la clairière après y avoir déposé une caisse contenant des armes et explosifs.
Madame Doret fait dans le marché noir dont elle n’arrête pas de se vanter. Récemment elle m’a éconduit après lui avoir demandé de me vendre un lapin. Il reste monsieur Martin. Lui, cache son fils dans sa cave car il ne daigne pas intégrer le S.T.O et Monsieur Maurain, très friand d’art est propriétaire d’authentiques fresques dont aucune ne semblent n’avoir été référencées dans vos services.
Monsieur le Feldgendarme, je vous remercie de l’attention portée à ma lettre. En ces temps de privations, même avec les tickets de rationnement il est difficile d’alimenter une famille avec six enfants. A ce que je sais, je m’autorise à penser vous, autorités compétentes, offrir X francs par tête en récompense.
Dans cette attente, je vous adresse mon profond respect.
03 novembre 2007
Au Péché mignon (Christine 2)
Tante Babette pris une profonde inspiration avant d’affronter la foule du trottoir.
C’était jour de marché. Sur la place des Halles derrière la vitrine du « Péché mignon », les nouvelles galettes bretonnes de Belle-Isle, fines et légères aux contours dentelés, un peu plus grandes que la moyenne des galettes bretonnes, au parfum nature, pépites de chocolat, ou encore à la noix de coco, gâteau breton ou quatre-quarts.... «Qualité, fraîcheur, authenticité de nos produits haut de gamme, sans colorant ni conservateur».
Miam, miam, miam ! C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim. Finalement, elle s’est plutôt laissée griser par ce bocal de confit d'amandes. Je n'en ai jamais entendu parler mais bon, par curiosité, j'ai voulu tester. Quelle erreur n'ai-je pas fait là ! Aussitôt acheté, aussitôt goûté et aussitôt adoré. C'est terriblement délicieux (notez l'antinomie) et j'ai eu beaucoup de mal à arrêter de plonger ma cuillère dans le pot! Pour l'instant, je l'utilise en tartine mais, je me suis dit que cette purée pourrait s'intégrer à merveille dans certains gâteaux.
Tante Babette me regarde avec des mirettes qui ressemblent à des nénuphars. « Ca ne va pas la tête? Tu ne vas pas acheter la vitrine! Des galettes pur beurre, tu ne te rends pas compte du prix que ça coûte! C’est le prix en gramme! » Mais non tantine, je pense plutôt remplacer le beurre de cacahuète par ce confit d'amandes dans le « cake de banane au beurre de cacahuète ». Gniark, gniark, gniark… Pauvre tante Babette, sur ce coup-là, ce fut l’assommoir.
Tante Babette prit une profonde inspiration en fronçant les sourcils… D’accord Tantine, allez, je vais confesser ce péché de gourmandise. La prochaine fois que tu y goûteras, ce sera certainement incorporé à un gâteau, une crème ou des biscuits... Tu ne vas pas me faire une crise de gloutonnerie? N’est ce pas tantine? Suite au prochain épisode!
21 octobre 2007
15. Subway new generation (Christine 2)
Encore un énième jour de grève et comme d’habitude le quai est noir de monde. On annonce une rame sur six et évidemment la prochaine, on ne pourra pas monter dedans puisqu’elle sera bondée. Ca fait trois quarts d’heure maintenant que je poireaute dans cette gigantesque marée humaine. Cette station elle est d’un sinistre, c’est une horreur. Ils ne se sont pas foulés quant au design. Les petits carreaux en mosaïque sont d’une pâleur monotone tristes à pleurer.
Voilà à présent le haut-parleur qui se met à hurler « suite à un mouvement social, le trafic est très fortement perturbé. La circulation des trains est interrompue. Veuillez nous excusez pour la gêne occasionnée.
Finalement c’est plutôt un mal pour un bien. Je décide de me rabattre sur cette nouvelle ligne entièrement automatisée qui n’a pas de chauffeur et en l’occurrence la seule qui soit en état de fonctionnement les jours de grève. Bien qu’elle me fasse faire un détour, elle me permet au moins de pouvoir accéder vers une autre correspondance. D’ailleurs, j’aime beaucoup cette ligne de part sa modernité et son design. Le sol est en marbre et des immenses baies vitrées laissent passer la lumière sous une grande coupole de verre. Certes ce n’est pas la Pyramide du Louvre, mais un métro avec des trains sans conducteurs, des portes palières à quai, des stations plus spacieuses, des ascenseurs vitrés, des revêtements ultra modernes qui changent de cet éternel carrelage blanc devenu jaune crasseux.
Bien que la plupart des stations se ressemblent, certaines d'entre elles ne manquent pas d'originalité sur le plan architectural. On y trouve par exemple une serre tropicale ou un peu plus loin, un style un peu 50’s accentué par la présence des néons en « I ».
C’est le métro futuriste d’une nouvelle génération. Bref c’est propre, ça sent bon et surtout c’est lumineux.
04 octobre 2007
La maison vide (Christine 2)
Elle a fait une dernière fois le tour de la maison où raisonne encore l’écho de leurs dissensions, éteint la dernière braise dans la cheminée, réduit en cendres leurs vies si vite consumées. La lumière ne rentrera plus dans leur chambre sur ce nid d’amour témoin de leur repos si tendre. Ne plus se retourner, ne plus revenir. Jamais. Sur leurs jours heureux, la porte va se refermer. C’est comme une nausée où le dégoût se mélange avec un peu de haine. Cette frénésie impatiente de devoir tout quitter lui en a fait oublier son blouson posé dans l’entrée.
Les boutons des rosiers plantés à la fraîcheur de l’aurore viennent d’éclore. Ils auraient été magnifiques les rosiers cette année. Comme le charme majestueux du châtaignier portant l’exhalaison des résédas et du tilleul et la grâce de la glycine tombante en deuil. La voisine d’à côté s’est gentiment proposée de récolter les tous premiers fruits du verger. A son départ, elle a prévu de lui laisser les clés pour qu’elle puisse continuer à les ramasser. Puis aussi, de penser à prendre le reste de bois coupé qui est sous la bâche depuis l’hiver dernier.
La grille celle du bout de l’allée est rouillée. On ne peut plus l’ouvrir, la serrure est cassée abîmée probablement avec l’usure du temps. Il parlait de la repeindre, il y a plus d’un an. Depuis, la mauvaise herbe a poussée dans les pavés, il n’a même pas pris le temps de désherber. Elle a nettoyé le salon de jardin qu’elle a rangé dans ce petit cabanon aménagé pour ses jours de quiétude après le déjeuner ainsi que la nacelle où il aimait se reposer. Elle devait y faire le ménage un de ces jours. Tant pis. Ca n’a plus d’importance.
Pour la dernière fois, elle a tenu à retourner comme une absolution, où il y a ce rocher et le château en ruines où ils se sont rencontrés. Là, le temps lui fait oublier qu’elle l’a aimé. Ce fut à cet endroit, précisément en haut de cet escalier de bois aujourd’hui vermoulu qu’il lui donna solennellement les clés de la maison.
22 septembre 2007
Jolie bouteille, sacrée bouteille (Christine 2)
Je lui ai dit de se taire. Sinon, je l’assomme avec une de ses bonbonnes qui partagent sa vie. Lui, pauvre soiffard impénitent, grand débiteur de balivernes. Quant il est fin saoul il dit des choses horribles. Je ne peux pas discuter avec lui. Faudrait-il pour ça qu'il reconnaisse avoir un sérieux problème avec l'alcool et ça c'est l'étape la plus difficile
Il a passé toute la journée vautré sur le sofa. Pour la énième fois il a encore trop bu. Son haleine empeste l’eau-de-vie. Sur le tapis, les trois bouteilles vides disposées comme des trophées qu’il vient de s’enfiler, sans compter les nombreux verres de whisky et chopes de bière avalés au troquet du coin. Jolies bouteilles, sacrées bouteilles. Pauvre misérable, il n’est plus qu’une loque. Il traîne dans tous les cafés où il peut rencontrer les meilleurs poivrots, même dans les plus miteux. A l’Alambic dans cet endroit immonde on le connaît bien. Il y fait la manche sans être vraiment sûr de pouvoir se payer un coup à boire. Chez d’autres il a laissé une ardoise alors, évidemment on ne veut plus lui servir sa rincée. Il faut dire ce qui est, ils ont fini par le jeter.
Ce soir je vais avoir la paix. Peut-être pas pour longtemps. Malgré tout j’ai peur. Peur que dans un état de beuverie avancée, il puisse lui arriver le pire. Il est sorti faire la java avec ses potes. Le concours du «pochtron». C’est à celui qui sera le plus bourré. Il va rentrer rond comme une queue de pelle vociférant dans l’escalier, couché sur la rampe et réveiller les voisins qui vont appeler les flics pour tapage nocturne. A moins qu’il roupille quelque part sous un porche le temps de cuver, avant de récupérer une partie de ses neurones imprégnés de tord-boyaux et se rappeler là où il habite.
Il s’est endormi sur le paillasson recroquevillé comme un fœtus. Je l’ai réveillé à coup de seau d’eau... A la tienne mon vieux !
07 septembre 2007
L’ombre de Daphné (Christine 2)
L'horloge indique vingt-deux heures trente, mais elle est en avance... pense alors Mortimer gardien de la propriété de Lady Margaret. « Je ne veux surtout pas être en retard à ce drôle de rendez-vous » se dit-il en faisant le guet derrière les lucarnes de la mansarde pour mieux distinguer sans se faire voir. C’est à cette heure bien précise qu’une silhouette blanche se promène dans la longue allée qui serpente l’entrée du domaine menant dans le parc avant de disparaître en direction du lac.
Dix ans après sa mort, Daphné superbe et bouleversante, admirée de tous reste encore une énigme pour le domaine et ses habitants. Que s’est-il passé exactement en ce mois de novembre, le samedi dix-sept au soir à vingt-deux heures trente précises dans ce coin perdu et aux bois sombres ? Le mystère plane toujours. On connaît très peu de choses sur cette disparition tragique. Un matin, on retrouva son corps flottant sur le lac. L’enquête avait alors conclue à une noyade.
L’histoire est tout autre. Daphné allait se marier prochainement avec le séduisant Ashley, propriétaire d’une immense exploitation et à la tête d’un riche cheptel. Il était parti à une foire aux bestiaux dont il ne revint jamais. Daphné en proie à un mauvais pressentiment décida d’aller à sa recherche et rejoignit le domaine afin d’y revêtir la robe blanche de son mariage. Quand elle le retrouva enfin, elle le découvrit inerte au pied de la cascade près du lac. Meurtre ou suicide ? Devenue folle de douleur, elle s’enfonça petit à petit jusqu’à ce que l’eau vienne la saisir.
Depuis, dans le parc du château de Lady Margaret par temps clair, on distingue une dame blanche déambulant dans l’allée. On imagine par son cri terrifiant, déchirant la nuit aux abords du lac, qu’elle cherche en vain le corps de son bien-aimé.
Nul ne peut échapper à cette ombre inquiétante qui rôde et son souvenir obsédant. Jour après jour, les habitants et le domaine plongent dans l’abysse des ténèbres habitées par le fantôme de Daphné.