Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

16 décembre 2007

mauvais plan (chrysalide)

Elle : "Si il me parle encore une fois de sa voiture, je crois que je vais lui rentrer dans le chou, mais alors, grave! Non mais qu'est ce qui m'a pris d'accepter un resto avec un type pareil, franchement? Bon, je reconnais, physiquement, il est vraiment trop top, rien que ses yeux, ça me met dans tous mes états. C'est clair que quand je vais raconter ça à Stella, elle va ha-llu-ci-ner. Elle en est dingue, j'te raconte pas. Rien que pour ça, ça vaut peut-être le coup que je me le coltine une paire d'heures de plus. Et pui, bon, quelque part, c'est pas de sa faute si il est lourd, vu ses antécédents, quand tu connais les parents, tu te doutes qu'il ne va pas te la jouer romantique, mais enfin, quand même, à ce point-là... Y'a des limites à tout! Et ça y est, il remet ça , c'est reparti, et le cardan par-ci, et le carbu par-là, je vais lui coller où je pense, moi son carbu. Remarque, si je zappe ce qu'il raconte et que je me concentre sur ses lèvres, hmm, ça peut peut-être le faire, faut voir... "

Lui: "Tu parles d'une affaire, tout ça pour épater les potes, c'est vraiment pas cool! Effectivement, elle se laisse regarder, sur ce plan-là, ils ont cent pour cent raison, mais à part ça... Alors je fais quoi, je la plaque vite fait bien fait avant qu'elle s'accroche, ou je laisse venir? Pfff, me v'là bien, tiens. Pour l'instant, je gère et je me rince l'oeil, c'est toujours ça de pris mais après, va savoir..."

Le serveur du restaurant : " Ah ces tourtereaux! C'est pas tout ça les jeunes, mais plutôt que de vous raconter des salades, faudrait peut-être songer à conclure."

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10 décembre 2007

41. A toi (Chrysalide)

A toi

Tu as donc osé me le prendre!

Et chez moi cette rage tu engendres.

Il t'a à moi préférée,

Serais-tu la femme révée?

est-ce ta gentillesse?

non, chez toi, rien n'est délicatesse.

alors ton intelligence ?

mais apprendre te demande tant d'exigences.

ton charisme?

oh non, tu restes enfermée dans ton égocentrisme.

ton charme?

ton apparition déclenche les alarmes.

tu le fais rire?

pfff, si tu parles, les visages deviennent de cire.

serait-ce alors ta générosité?

il doit confondre avec venimosité

(non, je sais, c'est ta pilosité...)

je ne comprends pas,

je ne t'envie pas.

enfin soyons honnête, si.

oh si, je t'envie, car tu me l'as pris.

tu es mon contraire.

je ne désire pas être ton alter ego,

mais sinon, comment faire?

alors si necessaire, je deviendrai virago

en t'adressant ces mots,

je commence à te ressembler.

eh bien, prépare toi à trembler!

car il me reviendra bientôt...


PS: j'ai été celle d'avant, je serai celle d'après
Et crois-moi, cette fois je le resterai

Posté par pivoineblanche7 à 18:20 - Chrysalide - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 novembre 2007

Distraite (Chrysalide)

Tante Babette prit une profonde inspiration. Les biscuits sablés qu'elle s'apprétait à réaliser se devaient d'être succulents, pas comme ce cake de la semaine dernière qui, une fois cuit, avait gardé une consistance liquide car elle avait omis d'incorporer la farine. Non, cette fois, elle ne serait pas distraite, pas question. Les lunettes soigneusement réajustées, elle vérifia la liste des ingrédients. Voyons voir, sucre, oeufs, beurre, farine, ah oui farine...

Elle se concentra, s'activa et fit bientôt entrer dans la bouche béante du four chaud une ribambelle de biscuits dont les contours évoquaient des fleurs ou des étoiles. Assez fière, elle soupira d'aise. Douze minutes de cuisson, et pas une de plus. Elle imaginait déjà le festin: une belle couleur miel doré alléchante, un fumet appétissant qui se répandait dans la cuisine et dans la dégustation mentale de Tante Babette. Elle anticipa ses doigts caressant la surface du gâteau, appréciant la texture ferme mais sans excès, et ensuite le meilleur moment, les dents qui se saisissent d'un fin morceau, les papilles gustatives qui se délectent, et...

Tante Babette fronça le nez et ouvrit les yeux. Quelque chose venait d'interrompre sa rêverie. Une odeur âcre avait envahi la pièce! Elle se leva d'un bond, et constata d'un regard navré à la pendule que les douze minutes s'étaient dédoublées.

-Oups! s'écria-t-elle tout haut, adoptant l'expression préférée de sa nièce Julie, agée de cinq ans. Sur la plaque de cuisson ne subsistaient que quelques formes noirâtres évoquant plus des pierres volcaniques que de délicieux sablés.

Tante Babette prit une profonde inspiration. C'est décidé, elle laisserait désormais l'art de la pâtisserie aux spécialistes, et elle se contenterait d'en apprécier le concept fini. Et elle en connaissait un, d'expert, Monsieur Paul, dont les étalages sur la place du marché regorgeaient de centaines de ces petits sablés de couleur miel doré, à la texture ferme mais sans excès...

Posté par pivoineblanche7 à 10:03 - Chrysalide - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 octobre 2007

36. Sous terre (Chrysalide)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde. Le pied sur la dernière marche de l'escalier, elle hésite: remonter à l'air libre, ou affronter la foule compacte. Elle opterait volontiers pour la première solution, et de loin, mais elle s'est promis d'aller acheter ces rideaux jaunes destinés à ensoleiller son minuscule studio. Elle humecte ses lèvres soudain devenues sèches, serre convulsivement ses clés dans la poche droite de son blouson, avance une jambe, puis l'autre. Encore un pas, et la voilà cernée par ces êtres silencieux prêts à bondir dès que le métro arrivera. Elle sent sa gorge se nouer, un flot de lave lui ravage l'estomac, la pierre trop familière lui comprime la poitrine, l'air dans ses bronches tout comme le sang dans ses veines semblent avoir renoncé à s'écouler librement. Elle a à la fois envie de se mettre à courir en tous sens, et de se recroqueviller dans un coin pour ne plus jamais en bouger. Elle a l'impression que se jambes sont devenues des blocs de marbre froid, et en même temps que son corps a cessé de lui appartenir.
Sur l'autre ligne la rame vient de repartir, et elle fixe le défilé des vitres éclairées, reflets des pensées qui fusent dans sa tête et se heurtent aux ténèbres. Lorsque le dernier wagon disparaît, elle se perd avec lui, et brusquement elle sort de l'inertie dans laquelle elle était figée, fend la foule à contre-courant, grimpe l'escalier en haletant, court le long des couloirs où résonne le bruit de ses pas, échos de ses battements cardiaques effrénés, et elle plaque ses mains sur ses oreilles pour ne plus les entendre. Enfin, elle débouche à l'air libre, et son regard accroche le reflet du soleil dans les vitres de la grande tour sur sa gauche, kaléidoscope de lumières qui semblent se mettre en mouvement comme le train sous terre. Le ruban de miroirs étincelants tournoie autour d'elle, vite, de plus en plus vite, et se précipite soudain à sa rencontre. Elle sent ses jambes fléchir sous elle, et tout disparaît.

 

Posté par Coumarine à 18:40 - Chrysalide - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 octobre 2007

Octobre (Chrysalide)

Les yeux grand-ouverts dans l'obscurité, allongée sur le dos dans cet immense lit froid, elle a épuisé sa réserve de larmes. Paul est parti depuis cinq jours, parti avec une autre, la laissant seule dans cette demeure isolée qu'elle a adorée et qu'elle exècre maintenant, cette maison qui semble si vide depuis qu'elle y erre, abandonnée au mileu de ses souvenirs. Leur amour a duré cinq ans, elle a cru qu'il durerait toujours, c'était sans compter sur le charme et la tenacité de la collègue de travail de Paul, c'était sans compter sur la routine qui s'était installée, sur le regard de plus en plus absent qu'il posait sur elle au fil des années, c'était surtout sans compter sur son corps frêle qui n'avait pas pu porté l'enfant qu'ils avaient tous deux désiré. Elle se remémore les moments de bonheur qu'ils ont partagés ensemble. Leur relation avait semblé à tous si inattendue, elle pauvre serveuse au café de la gare, lui propriétaire de ce chateau en haut de la colline. Elle avait été impressionnée par sa gentillesse, par sa modestie, lui avait été séduit par sa beauté fragile, par la douceur de ces grands yeux clairs, par la grâce qui émanait de chacuns de ses gestes, quand elle lui versait son expresso en souriant. Il était venu de plus en plus souvent, elle l'attendait patiemment, n'osant espérer sa venue. Ils étaient allés au cinéma ensemble, puis il l'avait invitée au restaurant, puis chez lui. Et cet après-midi d'automne où...

Elle frissonne, serre les machoires: sa décison est prise, elle doit partir, quitter cet endroit, ne plus jamais y revenir. Elle repousse le souvenir de cet octobre lointain où il lui donna solennellement les clés de la maison.

Posté par patitouille à 09:30 - Chrysalide - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2007

Renversement (Chrysalide)

Je lui ai dit de se taire
Ma phrase a eu un instant l'effet escompté
Comment donc, je savais parler ?
Comment donc, j'osais le consigner au silence ?
Je vois ses poings qui dansent
Trois secondes plus tard, je suis à terre.
Il se détourne, va dans le salon
Il lâche une flopée de jurons
Il est abasourdi :
La robe ambrée de sa fiole de whisky
A désormais de l'eau l'aspect translucide.
Il me regarde un instant d'un oeil vide
Il lui faut quelques secondes pour réaliser
Que l'ordre établi des choses a aujourd'hui changé
Il ne va pas supporter
Que j'ose ainsi résister
Etonnée de mon audace
Je le regarde en face...

J'ouvre les yeux
J'ai la tête qui tourne un peu
Au dessus de moi, deux bouteilles transparentes
Elles ont la tête en bas, celles-là
Et des tubulures qui serpentent
Jusque dans mon bras
Je serais donc à l'hôpital ?...
Ca tombe bien, tout mon corps me fait mal.
Soudain je me souviens, l'alcool, les coups, la douleur
Et il est là, je l'entend, je retrouve ma terreur
Il explique à quelqu'un d'une voix douceureuse
Qu'il s'en veut de ne pas avoir remplacé
L'ampoule grillée dans l'escalier.
"C'est pour ça qu'elle est tombée, la malheureuse !"
Ma bouche s'emplit d'un goût de terre
Ca ne va pas recommencer ??
Ma peur est devenue colère, et d'une voix glacée
Je lui ai dit de se taire !

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13 septembre 2007

Elle s'en est allée (Chrysalide)

"L'horloge indique vingt-deux heures trente, mais elle est en avance...

De toute façon, le chat noir tapi devant la vieille bâtisse surplombée par le clocher de l'église n'a aucune idée de ce que peuvent représenter ces deux flèches finement ciselées qui inlassablement se poursuivent l'une l'autre. Ce qu'en revanche il sait fort bien, de façon instinctive, c'est que ce moment, et pas un autre, est celui où la résidente de la demeure quitte l'office pour goûter un repos bien mérité, non sans avoir immuablement déposé dans un coin de la cuisine un bol de lait à son intention. Jamais ils ne se rencontrent, il ne vient que lorsqu'elle est partie, et ne reste que le temps de se régaler. Le félin a quitté depuis quelques minutes le couvert de l'immense tilleul où il a sommeillé une grande partie de cette torride journée d'août. L'une des deux fenêtres du mur de l'arriére-cour, entrouverte, lui fait un clin d'oeil, invitation au festin. Paisible, il attend le bruit familier du récipient heurtant le carrelage pour se faufiler à l'intérieur.

L'horloge indique vingt-deux heures trente mais elle est en avance... Ce que le chat ne sait pas, c'est que désormais l'incessant ballet des aiguilles ne trouvera plus d'écho dans le coeur de la vieille Annie. Usée par près d'un demi-siècle de corvées ménagères chez les riches du village, au service de patrons déversant pêle-mêle ordres froids, courroux, confidences humides aux heures sombres, compliments parfois, la septuagénaire s'est éteint en début d'après-midi dans la solitude de sa chambre qu'elle avait gagné d'un pas lourd, la main serrée sur sa poitrine soudain si douloureuse. Elle a songé à appeler son neveu, qu'elle n'a pas vu depuis de longs mois, mais a préféré attendre un peu, pour voir. Puis elle n'a plus rien vu. Vidée de son âme, la maison est restée silencieuse, le mur de l'arrière-cour, avec ses deux fenêtres désertées, est devenu aveugle, miroir inerte du regard patient du chat immobile.

Posté par Coumarine à 18:12 - Chrysalide - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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