Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

27 mai 2008

14. L'ennemigraine (Claire)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. J'ai pris plein les yeux de cette lumière trop vive ; j'ai pris des odeurs plein le nez, du bruit plein les oreilles. Il va falloir qu'on me raccompagne. Ma vue commence à se brouiller. Les petites poupées devant moi  deviennent floues. Je suis malade. Je sais que je n'aurai pas le temps de rentrer.
Mon crâne devient trop petit pour le sang qui y bat. Je sais que c'est une journée de perdue. Une journée à ne pas vivre, une journée volée à ma vie,  une journée volée à mes enfants. Une journée à ne pas travailler, j'avais pourtant prévu de mignonnes poupées pour l'animation. Une journée à avoir mal à la tête, à ressentir tous mes muscles qui vont tétaniser les uns après les autres, à ne plus pouvoir parler. Une journée à me demander si je deviens folle et si je retrouverais l'usage de mon corps. Une journée de folie, de douleurs, de frustration, de désespoir.
Il me faut mon lit, il me faut du noir, il me faut dormir.
Et le jour où je me présenterai devant celui qui est aux cieux, avant qu'il ne me dise bonjour, je lui dirai : " pourquoi ? "

Posté par Vertumne à 11:24 - Claire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2008

Le Roi est mort (Claire)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps,  je me suis senti fou. Fou de liberté, fou de joie, fou de tout. J'ai quitté mon chapeau à grelots, je me suis redressé. J'ai regardé mon ombre et pour la première fois depuis longtemps, je me suis donné le droit d'être droit, le droit d'être moi et non plus le fou du Roi. x

Le Roi est mort, vive Moi.

Posté par patitouille à 17:00 - Claire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 avril 2008

18. Ma bibliothécaire préférée (Claire)

Il faut absolument que je pense à rendre ce livre avant ce soir. Sinon, Elle va encore me faire payer une amende et si ce n'était que çà... Comme d'habitude, elle me fera un grand discours sur le fait que mon retard prive les autres de ce chef-d'oeuvre, qu'en m'inscrivant j'ai accepté de me plier à l'obligation des trois semaines de prêt, que si tout le monde faisait comme moi. Et patati et patata, Elle sera sur son fauteuil derrière sa banque de prêt. Toute puissante, Elle me ramènera à l'état de jeune écolier puni par la  maitresse. Elle haussera la voix d'hystérique et tout le monde se retournera, j'aurai envie de me faire petite souris. Je me sentirai obligé de dire : oui Madame, bien Madame ;  je ne recommencerai pas.
Et puis j'attendrai le soir, où je la déshabillerai. Je déferai son chignon, ouvrirai son chemisier, ferai descendre sa jupe le long de ses bas noirs. Parce que ma bibliothécaire, sous sa jupe sévère, c'est bas et porte-jarretelles. Je la ferai plier, supplier, soupirer sous mon joug. Elle en redemandera et se fera chienne. Et moi enfin, je serai roi, maitre enfin de mes maitresses passées, présentes et futures.
Ce livre, je le rendrai demain.

Posté par Coumarine à 09:45 - Claire - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 avril 2008

19. Ligne D* (Claire)

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Plus de travail, plus de mouvement, une mort lente.  Mes articulations rouillent. Mon esprit ne fonctionne plus. Je sens que je perds toute ma vitesse et mes réflexes. Plus de rencontres, plus d'heures de pointe, plus de retardataires soupirant d'aise de me voir enfin arriver. Personne ne caresse mes sièges, ne s'accroche à mes poignées. Même la racaille qui appuie sur les boutons d'arrêt d'urgence me manque. Mes portes ne s'ouvrent plus.
Mon seul tort : avoir besoin d'un conducteur. Vive le progrès !

* La Ligne D est la première ligne de métro française sans conducteur.

Posté par Vertumne à 09:00 - Claire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 février 2008

9. Triste histoire (Claire)

Il n'en a parlé à personne. D'ailleurs Il ne parle plus, même plus avec les yeux. Il a eu trop peur, il a eu trop mal. La souffrance a été immense, le désespoir profond. Il ne parle plus, de peur de relâcher cette souffrance trop grande, ce désespoir trop profond dans un monde déjà trop malade. Il garde en lui ses mots, ses cris dans la cage de son corps.
Sa mère, elle, elle a hurlé sa peine. "Parle, mais parle donc, dis-moi." Il n'a rien dit, elle n'a pas pu mettre des mots sur sa peine. Maintenant, elle les murmure, ces mots : dis-moi, parle-moi, je t'aime. Elle les murmure, ces mots, à son enfant aux yeux éteints.
Le père, cette nuit-là, il a pris son fusil. On ne sait pas s'il a trouvé la réponse. On ne sait pas si la réponse a été trop lourde, trop grande à porter. Ce soir-là, le Père il s'est tué.

Posté par patitouille à 09:30 - Claire - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 février 2008

32. Révolution (Claire)

J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et j'ai noté
l'idée qui venait de me passer par la tête. Je me suis dit:  putain de
propriétaires qui se claquemurent derrière des gros cadenas dans leurs
grandes propriétés. Demain, tout cela sera à tout le monde et surtout
à moi. Demain, tout le monde lira mon livre, un petit livre à la
couverture rouge. Va savoir pourquoi, le rouge va bien à mon teint.

Posté par pivoineblanche7 à 09:51 - Claire - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 janvier 2008

13. Lettre à mes frères (Claire)

Mes biens chers frères,

Je vous revois là sur le quai. Vous avez attendu mon départ, tous présents. Vous m’avez regardé partir, là sans un frémissement de moustache, sans une larme, sans même un pauvre mouvement de main. Vous m’avez laissé partir sans me donner un peu d’espoir et de tendresse. Il en fallait un. Vous ne m’avez pas laissé le choix. Vous avez choisi le plus jeune, le moins prometteur pour l’entreprise familiale. Vous m’avez promis des visites, le meilleur avocat, d’en sortir rapidement. J’attends toujours. Sans visites au parloir, avec un avocat commis d’office pour une faute que je n’ai pas commise.

 

Demain, je revois le juge.

 

Demain dans la presse, paraîtra un article. La vérité éclatera enfin.
Demain, mes très chers frères, vous troquerez le costume contre un pyjama rayé.

 

Je vous embrasse.

 

 

 

Pierrot dit le mouton noir

Posté par _Sammy_ à 09:00 - Claire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 janvier 2008

20.Je ne suis pas parisienne (Claire)

J'ai bien fait le tour de la question, vraiment.

Sans aucun doute, avec et sans détours, vingt ans d'exil après,

pousser le volet de la paume de la main est pour moi la même chose que pour  Eve  de croquer la pomme.

Sans nuances mais non sans saveur, dans ma bouche, le o aura toujours la même valeur.

Posté par Coumarine à 10:21 - Claire - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 décembre 2007

16. Vanité d'homme (Claire)

Dommartin le 16 mai 1999

Cher voisin,
Dix ans déjà, cela fait dix ans de voisinage à te regarder vivre.
Ta BMW est le dernier modèle, la mienne l’avant-dernier.
Ta maison a onze pièces, la mienne dix.
Ta femme a la taille de Blanche-neige, la mienne celle de Simplet.
Ton chien est le magnifique Saint-bernard dont je rêvais enfant, mon chien est la petite crotte aboyant sans arrêt.
Tes enfants font les grandes écoles, le mien traine en ville.
Dix ans et enfin La Révélation : toi et moi dans la même pissotière.
Ton pénis le micro-pénis par définition.
Cher voisin je t’embrasse

Ton voisin, Rocko

Posté par pivoineblanche7 à 10:31 - Claire - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2007

26_Rengaine (Claire)

Je n'ai pas mis les bonnes chaussures ce matin.
Que de difficultés pour arriver sur les quais,
que de difficultés pour embarquer.
J'aurais dû écouter ma maman.
Mais que de difficultés pour se chausser
quand on est un petit,
tout petit mille-pattes.

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Claire - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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