Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

23 mars 2007

Le carnet à spirales (Colette)

Il faut que je vous dise… J'ai menti à ma plume lorsqu'elle courait sur les pages de mon journal…

Je lui ai fait écrire des déclarations incendiaires, des récits libertins et obscènes à faire rougir le marquis de Sade. Je lui ai livré mes fantasmes délirants, mes anecdotes coquines, mes pensées romanesques. Je lui ai dicté des choses insensées, impudiques, inconvenantes.

Docile, elle a emboîté le pas, a suivi le rythme cadencé de mes doigts. Complice, je l’ai emmenée sur des chemins tortueux et des impasses hasardeuses. Je me suis offert des amants à l’index, des princes de sang, des jeunes séminaristes, des vieux fortunés, des militaires en permission, des gardiens de la paix, des voyous en cavale, des bacheliers encore puceaux. Tous sont couchés dans mon carnet à spirales…

Il faut que je vous dise… J’ai menti à ma plume lorsque je me suis assise sur la grève. C’est la faute au ruisseau qui chuchote, à l’oiseau qui piaille, à l’arbre qui se marie avec l’eau. C’est la faute au temps qui court et qui me fait devenir femme…

Posté par pivoineblanche7 à 10:04 - Colette - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


08 février 2007

Cris et chuchotements (Colette)

Je suis restée une heure environ dans la salle de bains.
Mon ventre était vide. Vide de vie. Vide de sens. Vide d'enfant. Moi, si exubérante, je m'éteignais à petites lampées, à petits cris. J'aurais voulu hurler ma haine à la terre entière. Etrangler ces motards qui carburaient au coca sous ma fenêtre, vomir ces femmes qui exhibaient leur ventre dans la rue, clouer le bec à ces futures mères qui étalaient leurs petits malaises, voler ces seins énormes gorgés de lait. J'aurais voulu casser les vitrines des boutiques pour bébés, barbouiller les publicités de couches-culottes, piétiner ces mamans poules qui caquetaient à la sortie des écoles. J'en voulais au bon Dieu, à l'épicière au ventre arrondi, à ma mère qui m'avait mal faite, à mon utérus qui ne tournait pas rond.

Je suis restée une heure environ dans la salle de bains. Porte verrouillée. Yeux délavés. Rage écumée. Cœur explosé.
Mon ventre était ivre. Ivre de vie. Ivre de vie à donner. Ivre d'amour à partager.
J'ai vidé la chambre d'amis, lessivé le mur de bleu pastel, lavé mes mains sales. J'ai fait rentrer le soleil et les moutons blancs, le berceau et le doudou, les couches et les lotions, le nid d'ange et les biberons, le hochet et la boite à musique.
J'ai avalé un grand bol d'oxygène, souri à l'épicière, marché le dos cambré comme les futures mamans. Je suis montée au cinquième étage de la maternité. Ca sentait le bonheur. J'ai enfilé une blouse blanche et j'ai emporté un petit paquet qui criait sa soif de vivre…

Posté par pivoineblanche7 à 17:50 - Colette - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 janvier 2007

DERISION DERISOIRE (Colette )

J'ai volé mon âme à un clown,
Un acrobate boiteux déserté des guidounes.
J'ai volé mon âme à un clown,
Un crooner du lagoon qui s'promène in the moon.
J'ai volé mon âme à un clown.

T'as vu le m'as-tu vu au coeur papier buvard,
Le vulgum pecus au phallus angélus,
Déployant ses atours sur tous les grands boulevards
Noyés d'hydrocarbures crachés des omnibus,
Traînant la masse humaine dans un brouillard de star.
Une alchimie nébuleuse des temps nouveaux.
Reflet d'épicurien qui se prend pour Ronsard
Et récite des vers pour faire son numéro.

J'ai volé mon âme à un clown,
Un acrobate boiteux déserté des guidounes.
J'ai volé mon âme à un clown,
Un crooner du lagoon qui s'promène in the moon.

T'as vu le m'as-tu vu aux neurones altérés,
L'homo erectus aux méninges fantomatiques,
Ecrabouillé de graffitis désenchantés,
Gargarisé de logorrhées métaphysiques
Et de discours pourris qui puent le quotidien,
Une chimie  sarcastique des temps nouveaux,
Miroir d'hédoniste qui se nourrira demain
De cendres de mots pour ne pas mourir idiot.

Posté par patitouille à 17:34 - Colette - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2007

Voyage dans la tête (Colette)



Je suis un génie...et je suis modeste...ont-ils osé écrire en parlant de mon dernier spectacle.

Me connaissent-ils suffisamment pour affirmer une telle antinomie?
Etre un génie relève du surnaturel, de la puissance d'une force bienfaisante ou maléfique. Je ne me sens pas concerné.Je parlerais plus volontiers de trait de génie, quoique le génie est une longue patience, le fruit d'un travail mûrement réfléchi. Soyons modeste...
Ils me regardent dans un miroir mais ne lisent que le reflet de mon apparence. Une simple image. Moi seul peux dire qui je suis vraiment. Un poète troubadour...

Si vous saviez comme je hais cette presse à cinq sous qui harponne ma vie à coups de coeur, à coups de torchons! Cette pondeuse de ragots qui métamorphose un homme en dieu vivant et le coule à pic sous une tempête de calomnies quand le vent tourne...
Je ne lis plus leurs récitals de mensonges. J'en fais des voiliers de papier et je prends le large en cale sèche avec la tête dans les étoiles et ma plume au bout des doigts. Et je rame, traverse les frontières de mes pensées, délie les cordages de mes doutes, monte à l'abordage de mes espoirs.
Je redeviens moi, tout simplement...Brel, l'armateur de rêves, le moussaillon des mots, le pêcheur de rimes. Brel, le gosse à l'école des bigotes qui égrène son rosa rosa rosam. Brel, le p'tit gars pas bien beau qui n'a que l'amour à offrir en partage, qui range ses bonbons parce que Madeleine ne viendra pas. Brel, le valseur à mille temps, le tendre qui écoute vieillir les vieux à deux pas de la pendule du salon. Brel, l'ami de Jef, l'ennemi juré des bourgeois, ces gens-là qui causent de Knokke-le-Zoute. Brel, l'homme à la barre qui s'envague d'écume et d'immensité pour atteindre l'inaccessible étoile...

Posté par Coumarine à 09:30 - Colette - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 décembre 2006

Le Petit chaperon rouge (Colette)

Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil, comme ça, en trois coups de cuiller à pot.
Charles ne va pas apprécier...

J'enfile ma petite robe rouge, mes souliers rouges, mon chaperon rouge. J'emporte dans mon panier des galettes et un petit pot de beurre pour ma mère-grand.
Chemin faisant, je m'arrête, conte fleurette avec Compère le Loup. Rien de plus normal. Tournez la page lorsque vous entendrez teinter la clochette. Clinc!

Soleil de plomb dans la clairière. Coup de sang, coup de gueule. Je jette mon bouquet de violettes, mange les galettes, casse le pot de beurre. Trop de cholestérol. Clinc!

Soleil de plomb à l'orée du bois. Coup de bambou, coup de folie. J'enlève ma petite robe rouge, m'étends sur la mousse, prends la pose, fais rougir lapin blanc. Trop sage. Clinc!

Soleil de plomb sous la ramure. Coup monté, coup fourré. J'enfile la pantoufle de vair, emprunte le chemin caillouteux du Petit Poucet, fais un pied de nez à soeur Anne, celle qui ne voit rien venir. Clinc!

Soleil de plomb dans la futaie. Coup d'essai, coup de maître. Je trébuche sur la queue du Chat Botté, verse des larmes de crocodile, me fais secourir par le Marquis de Carabas, arrive en carrosse chez mère-grand. Clinc!

Soleil de plomb sur le toit. Coup de théâtre, coup de foudre. Je tire la chevillette, me prends les pieds dans le tapis, tombe dans les bras du prince de la Belle au Bois Dormant, m'évanouis. Clinc!

Soleil de plomb dans les maisons d'édition. Coup de grâce, coup de pied à Charles. Petits enfants, ne jetez pas la pierre au petit Chaperon Rouge. Le soleil lui a simplement tourné la tête. Le temps de perdre pied et de tourner une autre page.

Clinc !

Posté par pivoineblanche7 à 09:50 - Colette - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 décembre 2006

Au jardin des psaumes (Colette )

Au pays de la beauté intérieure, les matins ressemblent à tous les matins. A l'aube du silence, entre rêve et réalité,le monastère s'étire sous son voile de brume. Alors, du fond des laudes, s'élève le chant des moniales. Et l'écho renvoie aux collines les notes qui s'aiment, les couche sur la portée, ajuste un bémol et orchestre le temps. Le temps de chercher Dieu, de chercher un sens à sa vie. Le temps de regarder les choses, de s'enrouler de regards de silences...
Au pays de la lumière intérieure, les saisons s'enfilent comme un chapelet de prières. A l'aube du silence, entre songe et vérité,le monastère s'éveille sous son voile de pureté. Alors, du fond de la plaine s'embrase le soleil. Et les rayons éclaboussent le ciel de bleu de Mer de Chine, de bleu céleste, puis se fondent dans le rose dragée de thé et la vanille. Et la prairie s'habille d'une robe diaprée de vert absinthe, vert chartreuse, vert sauge. Et le sous-bois s'encanaille de reines digitales, d'aspérules odorantes et de fougères au long cou. Alors, les arbres se déroulent de leur cocon, chatouillent l'air de senteurs de pins et de résine. Et l'épi de seigle épouse dame pavot sous une pluie de soleil.
Au pays des mangeuses de psaumes, le cloître s'enivre du cantique des cantiques. A l'aube du silence, entre contemplation et communion, le monastère s'assoupit sous son voile de silences. Alors, du fond des complies, monte la litanie de Soeur Marie-Raphaël. Et l'écho renvoie aux collines les accords parfaits, les couche sur la portée et arrête le temps...

Posté par patitouille à 16:15 - Colette - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 novembre 2006

Ceci n'est pas un conte... (Colette)

Il était une fois...moi. Moi, la valise incolore, celle qui ne ferme plus, qu'on oublie délibérément à la consigne, qu'on bazarde dans un recoin du grenier.
Il était une fois...moi. Moi, l'énorme faute d'orthographe, la virgule superflue, le point d'interrogation, le point suspendu.
Il était une fois...moi. Moi,le petit d'homme, pas bien lourd, mais bourré d'amour à faire exploser la valise,à renverser le point d'exclamation! Le petit bout, haut comme trois pommes, sale comme un pou, fermé comme une huître. La graine de voyou, tombée par mégarde dans un ventre vide, mûrie sans soleil, gorgée de carences, disséminée dans une terre en jachère, écrasée par des bottes de sept lieues. Le môme qui disait oui et pensait non.Le marmot qui se taisait et qui aurait voulu hurler. Le mioche qui cherchait la main à serrer et qui lui claquait sur les joues. Le mouflet qui mendiait un regard mais l'aveuglait d'éclairs.Le merdeux qui voulait exister et pourtant s'éteignait.
Il était une fois...moi. Moi, le bâtard, pas bien lourd, mais affamé d'amour à croquer la valise, à engloutir les points de suspension...

Ce matin, à la croisée de deux rais de lumière, j'ai vu partir ma mère. J'ai refermé le rideau. Je me suis assis. J'ai mâchouillé un vieux crayon, j'ai beaucoup réfléchi et j'ai commencé le livre de ma vie. La première ligne dit :
"Désormais, c'est son problème, plus le mien..."

Posté par Coumarine à 09:17 - Colette - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 novembre 2006

Tableaux, avez-vous donc une âme ? ( Colette)

La dame s'est habillée de mélancolie, de morceaux de ciel arrachés ça et là, a ourlé son regard de lavis d'encre, s'est poudrée de clair-obscur, a corrigé la position d'un bras, a redressé la tête vers le chevalet, a arrêté le temps. Elle est belle à damner un saint!
Durant des heures, elle a respiré à pas feutrés, a évité de penser, s'est donnée, s'est abandonnée. Patiemment, elle a scruté un signe de fatigue du peintre, a doucement quitté la pose pour habiter la toile du maître. Instant dérobé à la dérobée.
Le vent du Nord la surprend, la viole de plein fouet, relève sa jupe couleur incertitude, gonfle son corsage d'un souffle court, glace ses lèvres d'un baiser indécent. Sa longue étole d'aquarelle décoiffe le ciel de ce matin d'hiver. Le regard fixe, dans une solitude d'encre, elle gravit une à une les marches de la tour de Babel. Elle veut gommer les heures teintées d'immobilité, de nudité, de silences, de patience. Le maître a ignoré sa soif d'éternité. Elle veut atteindre le septième ciel, la huitième marche de l'édifice, là où siècles et millénaires se conjuguent au présent.
Les cheveux fous, aveuglée de poussière de lumière, elle atteint déjà la sixième marche. Soudain, les lignes droites fuient, se cambrent, s'entrelacent, montent en vrille sous les coups de pinceau. Vertige de l'art, délire du peintre, magie du moment...Une femme se fige dans toute sa grâce.
Il ne le sait pas encore, mais c'est décidé, elle vivra centenaire au musée des Beaux-Arts d'Ostende.

Posté par patitouille à 09:01 - Colette - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 octobre 2006

MIROIR SANS TAIN ( Colette)

Germaine, tu vois ce que je vois? Comment, tu ne vois rien! Tu oses prétendre que tu ne vois rien! Germaine, fais un effort! Ce n'est pas trop te demander que de te concentrer trente secondes, tout de même! Que dis-tu? Il te manque encore quelques secondes! C'est bon, je te les accorde! Le temps est écoulé, Germaine! Je te stresse, moi? Tu en as des palpitations! Je croirais entendre ta mère!Si elle m'entend, elle doit se retourner dans sa tombe?Tu me fatigues, Germaine! Au lieu de vociférer, regarde plutôt le tableau! Tu ne vois pas ces yeux braqués sur nous? Ils sont plus de mille à nous déshabiller du regard! Non, Germaine, ce n'est pas ta nouvelle robe qu'ils admirent! Si ce n'est pas malheureux! Regarde cette horde d'écrivants voyeuristes qui concocte des petits Goncourt à nos frais! Tu ne connais pas cette marque? N'insiste pas, Germaine! Non, mais ils se prennent pour qui, tous ces Coumariniens?Des malades à la salive créatrice et au venin littéraire, voilà ce qu'ils sont! Des petits prétentieux qui s'essayent à dépeindre la société avec leur prose satirique! Des petits bourgeois à la noix qui jouissent à la simple évocation de leurs jeux de mots sarcastiques! Ils sont tous là, hébétés devant leur écran, à se creuser les méninges pour s'épater eux-mêmes!
Et si je leur disais que les plus amusés dans l'histoire, c'est bien nous! S'ils voyaient leurs têtes! Pas vrai, Germaine?

Posté par Coumarine à 09:01 - Colette - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 octobre 2006

La mer à boire ( Colette)

Au matin, le verre était vide. La mer avait tout bu, s'était noyée dans l'eau de vie. Elle était pleine et se riait des bateaux et du vent et de la lune.
Là-haut, l'enfant de la falaise avait tout vu, tout entendu! Elle s'était saoulée comme les marins les soirs de désespoir. Et l'enfant se demandait d'où lui venait ce grand chagrin...
La mer montait le ton, vacillait à outrance, léchait l'écume dans de grandes lampées, tutoyait Dieu. C'était sa façon à elle de se vider la tête, d'en oublier le phare, la falaise et la ligne d'horizon. Elle avait trop roulé sa bosse, s'était frottée aux marins. Elle avait porté caravelles et bateaux poubelles, bouteilles et messages, vagues et coquillages, phosphates et nitrates, courts-bouillons et oiseaux mazoutés. Elle avait soulevé le soleil à chaque aurore, l'avait plongé dans le bain à chaque crépuscule, depuis l'éternité. Elle avait...
Au soir, le verre était plein. La mer avait tout reversé, s'était parfumée d'embruns de vie. Elle était vidée de rancoeurs et souriait aux bateaux, au vent et à la lune.
Là-haut, sur la falaise, une main d'enfant se tendait vers l'horizon...

Posté par patitouille à 17:01 - Colette - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »