08 février 2007
Bancs publics (Cyan)
Je suis restée une heure environ dans la salle de bain.
Dans la baignoire.
J'étais couverte de terre, parce que, avec mon amoureux, on n'avait pas pu s'empêcher de faire les fous dans les premiers tas de feuilles mortes. Le jardinier ne va pas être content demain mais...
Je reste toujours dans l'eau longtemps.
Jusqu'à ce que mes doigts soient tout fripés. J'adore ça: la pulpe des doigts est toute blanche (presque cadavérique), gondolée, et quand on touche quelque chose, on ne sent pas vraiment. Comme une petite mort. C'est bizarre, c'est rigolo.
Tout à l'heure, mon amoureux m'amènera faire notre promenade sur son scooter. Nous irons nous promener dans la nuit. Paris, la nuit, c'est fabuleux. Tout est permis, ou presque.
Nous nous arrêterons dans un square, sur un de ces bancs publics dont parle la chanson, et nous boirons ensemble, moi un Coca et lui un Schweps (je hais ça, moi, le Schweps, c'est amer, berk, berk, berk. Berk l'amertume de la vie surtout. Moi, j'aime depuis toujours, le doux, le sucré, le tendre. Tendre comme mon amoureux...)
Mais bon, l'essentiel est qu'il boive lui aussi quelque chose avec des bulles. Parce que nous organiserons notre mini concours de rots. La dernière fois, j'ai enfin gagné !
Puis nous reprendrons le scooter et il me laissera un peu conduire. En vrai, je sais qu'il fait ça juste pour le plaisir de se serrer très fort contre moi. On ne pourra pas trop tarder ce soir car demain matin, toute la famille débarque en vacances. Il faudra se tenir à carreau pendant 15 jours !
Heureusement, pour compenser, nous allons enfin connaître, mon amoureux et moi, notre première arrière-petite fille.
21 décembre 2006
L'herbe de la falaise (Cyan)
Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil.
Sur le nez !
En Bretagne !!
En février !!!
Bien-sûr, les amis en Lorraine m'ont charriée, prétendant que le nez rouge, en Bretagne, on pouvait l'obtenir avec beaucoup de choses, et surtout du liquide, mais sûrement pas avec le soleil !!!
Et pourtant...
Mon amoureux, un copain et moi étions partis nous promener sur un chemin de douaniers. Soudain, les messieurs eurent envie de crapahuter dans les rochers et se lancèrent des défis que seuls les hommes entre eux trouvent intéressants...
Moi, convalescente, un peu lasse, je décidai de les attendre tranquillement sur la falaise.
Il faisait beau. La mer scintillait, les mouettes voltigeaient en criant de joie, imaginais-je, et je suivais des yeux leurs évolutions acrobatiques. Parfois, le vent déposait sur moi une rosée d'embruns et quand je léchais mes lèvres, elles étaient salées.
Ca sentait bon le frais, la mer, l'iode (si tant est que l'iode ait une odeur !).
Sur la falaise poussait une herbe très fine et très dense. En m'asseyant, je me rendis compte de son incroyable moelleux. Je m'y allongeai pour mieux admirer les vols planants des goélands... et je m'endormis.
Les hommes ne m'avaient pas encore rejointe à mon réveil, mais ils arrivaient au loin, en courant, s'excusant de m'avoir laissée si longtemps seule. Ils ont ri en voyant la couleur de mon nez. Il est vrai que je suis blonde et que ma récente maladie me faisait prendre des médicaments photo-sensibilisants.
Mais cette sieste était si délicieuse... Et pour elle, j'acceptais les moqueries de mes amis lorrains.
Ce dont je ne leur ai pas parlé, c'est de l'autre coup de soleil. Celui attrapé le lendemain, quand, avec mon amoureux, on est repartis, sans le copain, tester ensemble le moelleux de l'herbe de la falaise...
08 décembre 2006
Chaque nouveau matin (Cyan)
L'aube et l'aurore ont déjà joué toutes leurs harmonies. Le ciel, pur, est d'un bleu presque mauve. La rosée fond rapidement mais je m'amuse encore, pieds nus, à goûter sa fraîcheur. Les oiseaux racontent les mille et un recoins de mon jardin. L'odeur du rosier sauvage me caresse tendrement malgré l'heure matinale. J'aspire avec délice la goutte de sucre d'une fleur de chèvrefeuille. Une belle journée s'annonce.
Toutes les couleurs du monde sont là, dans mon jardin, lumineuses, éclatantes.
Et chaque nouveau matin, elles me sont offertes.
Et chaque nouveau matin, je me les offre.
23 novembre 2006
Aujourd'hui, néanmoins (Cyan)
A la croisée des chemins, à la croisée de ma vie... je fais trois pas, j'en retiens un.
Aujourd'hui, il me faut prendre une décision.
Continuer à m'inscrire dans l'histoire de la famille, reproduire inlassablement les mêmes schémas ?
Certes, il m'a saccagée.
Mais aujourd'hui, il est mourant...
Et aujourd'hui, qui s'acharne encore sur moi ? ... à part moi !
Alors, même si j'attends de lui un sursaut de courage et de dignité qui lui ferait demander pardon à sa fille avant de mourir, même s'il a réécrit un passé idyllique dans lequel il n'apportait qu'amour et sécurité, j'acquiescerais néanmoins aussi si, regardant ce qu'il se passe pour moi aujourd'hui, il disait : « Désormais, c'est son problème, plus le mien ! »
08 novembre 2006
L'ai-je bien descendu ? (Cyan)
Marine a 4 ans. Sa mamie lui a fait un joli gâteau d'anniversaire à deux étages : un tout petit en haut avec une figurine, et le second avec 4 bougies que Marine sait compter maintenant.
Marine a 5 ans. Mamie lui a fait un joli gâteau d'anniversaire. Cette année, il y a trois étages.
Marine a 13 ans. Mamie lui a fait un joli gâteau d'anniversaire, avec quatre étage maintenant. La même figurine trône toujours au milieu et cette année, Marine la regarde d'un peu plus près ; c'est une demoiselle toute en noire qui semble danser, avec une longue écharpe qui flotte autour d'elle.
...
Marine a 77 ans. C'est elle la grand-mère maintenant qui maintient la tradition des gâteaux à étages. Chaque membre de la famille a sa figurine qui surmonte son gâteau. Certes, celle de Marine a ses couleurs passées mais elle la fait toujours rêver... Une star qui ne supportant plus la solitude de son promontoire descendrait un jour les marches du gâteau toujours plus grand, toujours plus haut. Au passage, un doigt frôlerait une paroi : mousse au citron, un délice. Petit bain de pied dans le chocolat blanc du sixième, une touche de crème pour se "chantillyer" le teint au septième, ciel, déjà le huitième, le dernier pour un bout de temps...
Marine en veut 9. 9 étages. Pour pouvoir dire, en se retournant, avec sa figurine : "L'ai-je bien descendu ?".
Alors, c'est décidé, elle vivra centenaire.
24 octobre 2006
Telle une cantatrice...(Cyan)
Elle est si belle, ma mère. C'est la plus belle du monde. Grande, hâlée par le soleil de chez nous. Chez nous ? C'était plus chez nous !
Papa a dû quitter la boutique. Il dit qu'il retrouvera vite du travail. Mais maman pleure le soir...
Je me glisse dans sa couchette, pour la consoler, moi, son petit homme, pendant que mon père refait le monde sur le pont supérieur avec d'autres chefs de famille.
Elle est douce, elle sent ... comme si on fait chauffer du miel, beaucoup de douceur et un peu d'amertume dans les replis de la peau, oui, ma mère en larmes dans sa couchette, c'est un miel chaud...
Elle pleure notre maison au patio si bien entretenu, la tombe de ses parents, Aïcha, sa soeur de lait, et ses enfants, nos amis, nos cousins ? ... qui restent là-bas, eux.
Sur le bateau, un mot court de lèvres en lèvres, et maman dit qu'il faut être fier. Mais je ne comprends pas pourquoi puisque ses pieds ne sont pas noirs du tout ! Un peu bronzés peut-être, avec du rouge sur les ongles.
Moi, j'ai des bottes noires, mais pas les pieds !
Elle est si belle, ma mère. Et si courageuse. Elle a séché ses larmes, s'est maquillée, parfumée, a enfilé sa plus jolie robe, nous a mis nos habits du dimanche, et elle se tient là, maintenant, telle une cantatrice débarquant dans son nouveau théâtre, avec son impresario et ses admirateurs, là, sur le port de Marseille.
10 octobre 2006
Oma tint le vert été vide. (Cyan)
Oma tint le vert été vide.
Oui, vide il le fut, cet été. De silence en langueur. De glissements de pas sur le parquet ciré en petits raclements de gorge à force de ne rien dire...
Les parents étaient partis et il fallait attendre, dans la moiteur de l'été, entre les grands parents, qui ne parlaient que l'allemand et ne se disaient plus grand chose...
Accompagner chaque matin Opa au village pour y faire les courses. Un kilomètre d'une route bordée de marronniers, que le chien arrose consciencieusement chaque jour, sans en ignorer un seul (quelle vessie !!!). Aider à mettre la table, manger, aider à débarrasser.
Et puis, la sieste, parce qu'ils voulaient en faire une eux aussi. Opa dans le fauteuil du salon, Oma dans son lit.
Dans le silence de ma chambre, j'essayais de m'endormir, pour que le temps passe plus vite. Je regardais la poussière dans les rais de soleil que laissaient filtrer les volets, en me demandant par quel mystère les particules remontaient au lieu de tomber...
Enfin, l'heure du jardin. D'énormes bouquets de menthe nous accueillaient Opa et moi. Et j'avais l'impression de plonger dans le vert. Ensuite, à la sortie de l'odeur, il fallait ramasser, cueillir, arracher, retourner... Le soleil brûlait le bas du dos, la terre sentait le frais quand on la retournait. Les groseilles à maquereaux piquaient un peu les lèvres, certaines framboises s'effondraient dans la main avant d'arriver à la bouche... Enfin le temps courait, dans ce toujours trop court intermède.
Puis, avec Oma, on équeutait, on épluchait, on lavait.. L'odeur des confitures et les casseroles à lécher, les gâteaux qu'il faut piquer avec une aiguille à tricoter pour voir s'ils sont bien cuits... Mais rien à se dire, et quand bien même, je ne comprenais ni ne parlais l'allemand...
Le repas, la vaisselle, une dernière petite promenade jusqu'au petit ruisseau, pour que le chien rende hommage à d'autres arbres...
Les pieds dans l'eau fraîche, les reflets du soleil couchant entre les buissons, les éclaboussures du chien courant chercher un bâton dans l'eau... Et l'odeur du soir au bord de l'eau, quand il commence à faire un peu plus frais. L'heure d'aller se coucher.