01 avril 2008
22. De faux enthousiasmes ("d-minuscule")
"C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué". Une fatigue que je ne peux justifier. Mes journées sont vides ! Je fais les courses le lundi et je tente d'y rester le plus longtemps possible pour ne pas voir le temps passer. Le mardi je vais "aux boules", club de bowling où je débute. Le mercredi, rien de bien intéressant, juste l'aquagym l'après-midi (ma femme m'a finalement obligé d'y aller). Jeudi, le jour "rien" comme je l'appelle. Chaque jeudi matin, vers 11h00 lorsque je me lève de mon lit, je dis "aujourd'hui, rien !" avec beaucoup d'enthousiasme. Enthousiasme que je jette à la poubelle deux heures plus tard où je n'ai finalement que mon bel écran plat à regarder pendant toute la journée. Vendredi, je vais jouer aux cartes entre amis à Bruxelles. Je prends le métro. J'adore prendre le métro ! J'ai même sympathisé avec le chauffeur… Samedi je vais toujours boire un verre au bar que je préfère, "Chez Reymond" et puis dimanche je suis ma femme à la messe, péniblement. La messe m'épuise alors je fais toujours une bonne sieste l'après-midi !
Et je ne vois jamais mes enfants et petits enfants. Je sais qu'ils s'ennuieraient chez moi. Je n'ai ni PlayStation, ni ordinateur… juste la télévision.
Voilà, j'ai 67 ans aujourd'hui. Je m'appelle Reymond. Avant ma retraite, je tenais un bar-restaurant qu'aucun de mes enfants n'a repris, ce qui est logique, je n'ai pas d'enfants ni de petits enfants. Je n'ai jamais eu de femme. Mes "amis" me méprisent depuis que je suis enfant. Mes parents sont tous les deux morts alors que j'avais 15 ans. Depuis, je vis en solitaire. La messe me permet de rester en vie, Dieu est la seule aide que je connaisse. Mon bar était tout ce que j'avais de bien dans ma vie.
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Fatigué de vivre.
PS: Jamais je n'ai mis le pied dans un métro.