18 décembre 2007
QUELQUE PART au niveau du vécu (Ello4vents)
7h30 Oh, y a pas photo, si j’veux être prête à temps, va falloir que j’me décide maintenant. Oui mais…Non…Minute papillon, c’est pas parce que je tiens cette fichue robe grise que …. De toute façon, le gris quelque part c’est vraiment trop… Non, mais bon, faut pas croire, j’ai sûrement mieux dans ma garde-robe, de quoi les faire grimper au rideau, enfin oui, bon, comme qui dirait quoi. Non mais … effectivement, elle le fait cette robe grise ma fille, tu déchires grave là-dedans ! Pas de souci, aujourd’hui c’est le gris qui me sourit !
08h05 J’le crois pas ! Ils viennent d’annoncer qu’il neige. Ça va pas l’faire la robe rouge et les escarpins là, on va finir par me prendre pour la fille du Père Noël. Oui, bon, tant pis, la météo j’m’y assoie dessus. L’un dans l’autre, le rouge c’est plus classieux que le gris.
9h12 C’est ça oui, la robe grise et une étole rouge, tout à fait ! C’est si simple qu’il fallait y penser j’ai envie d’dire. Oui, mais bon, elle est où ma robe grise maintenant ?
9h28 On se calme, y a pas de souci je dis. C’est juste une tache, une tache sur MA robe grise, quand le sort est contre vous, j’vous dis que ça. Pas grave, j’mets un pantalon, gris c’est entendu, oui mais avec quoi en haut ? Elle était bien la robe rouge quelque part ….
10h09 J’sais pas, je suis pas aidée, j’ai peur d’avoir froid…ou alors trop chaud. Qu’est-ce que je mets ? Oui, bon, j’vais rater mon bus, faut que je m’affole… Faut pas que j’m’affole, je vais faire n’importe quoi !
10h37 ça c’est nul, ça c’est moche, ça c’est… Comment j’ai pu acheter un truc pareil ?!
11H10 Ouf ! Dans cette matinée de m…, y a eu un miracle, j’ai envie d’dire, je l’ai eu mon bus ! Enfin le 55 parce que le A13, je sais pas, il ne m’inspirait pas confiance, j’ai préféré marcher un peu. Et finalement ce pull gris, mon vieux jeans et des baskets, c’est que du bonheur !
19 octobre 2007
7. Altéréalité (Ello4vents)
Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !
Anton n’aurait jamais imaginé qu’il puisse y avoir tant de proscrits. Et au niveau 3 en plus !
Cette idée lui flanque le vertige. NIVEAU -3. C’est ce qu’il a lu sur le mur, quand le grand ascenseur métallique a ouvert ses portes et déversé son chargement de bannis du jour.
Il ne sait plus si le fait de savoir lire est une chance ou une malédiction ; il a pris conscience brusquement qu’il se trouvait à plus d’un niveau au dessous du sol, à une profondeur qu’il avait du mal à évaluer. Comme un enterré vif.
Il a vite réprimé la petite musique de la panique.
D’accord, il est dans les bas niveaux. D’accord, il n’est plus un citoyen. Et il ne comprend pas pourquoi il est là. Mais il est vivant, il peut respirer - l’air est même beaucoup plus léger qu’à l’extérieur et comme… fleuri, enfin pour ce qu’il sait encore des fleurs -, et il peut se déplacer, marcher, courir…. Chercher une issue quelque part… ou quelqu’un.
Il déteste déjà ce quai, trop empli, sa couleur. Personne ne s’y parle. Et les regards font peur. Il préfère les éviter, fuir.
Il court vers les couloirs, se cogne aux carrelages glacés, grimpe et descend des escalators à l’arrêt qui ne le mènent nulle part, reviennent toujours au même point, sur ces éternels couloirs froids et sombres, sur de nouveaux escalators tout aussi morts. Il court et ne sait plus depuis combien de temps. Sans cesse il a l’impression pénible d’être observé. Oh échapper à l’angoisse ! Et à ce bruit terrible. Il ne l’avait pas remarqué ce bruit, strident, qui enfle, qui hurle à ses oreilles, secoue tout son corps…
« Hé Anton, réveille-toi camarade, on arrive à la station »
C’est Lyla et son parfum de fleurs qui le presse. Hébété, il quitte son compartiment comme un automate. La réalité lui claque au visage. 6 heures du matin à Novossibirsk. Il faut jouer des coudes pour s’extraire de la masse compacte. Le quai du métro est noir de monde.
16 octobre 2007
Un pas... du tout ! ( Ello4vents )
Il aura fallu cinq ans. Cinq longues années de patience, de départs et de retrouvailles, cheminement l'un vers l'autre. Cinq belles années d'amour. Merveilleuses et terribles quand on n'a plus vingt ans.
Mais ils y sont parvenus. Ils sont réunis et plus rien ne pourra les séparer. Les amis sont là pour célébrer ce moment. Les amis d'aujourd'hui, ceux de leurs années de traverse.
Il a tout prévu. Pour qu'ils n'oublient jamais ce jour. Pour qu'elle ne puisse pas oublier. Il la connaît. Il sait les effilochements de sa mémoire, ses oublis involontaires, la petite mort de ses souvenirs. Il a tout organisé, tout voulu de cet instant, là dans ce décor automnal où le pourpre des feuilles se fait écho de leurs humeurs baroques. Pour l'impressionner. A jamais.
Lui qui ne sait rien cacher a tenu secret tous les préparatifs. Jusqu'aux détails de sa tenue, qu'elle a découverte au matin, stupéfaite par l'audace de la robe, la hauteur vertigineuse des talons, l'absence de dessous. Sauf ce corset qui marque trop fort sa taille sous le fourreau. Et lui coupe le souffle maintenant.
Elle se tient en haut des marches. Là où il lui a demandé d'apparaître. Il l'attend en bas, un peu en retrait. Ils l'attendent tous. Silencieux. Elle va descendre vers eux. Chaque pas sera une épreuve, un souvenir de chair et de muscles, tendus par l'effort sur les pierres lissées par les intempéries. Un souvenir qu'elle ne pourra plus arracher à la mémoire de son corps. Elle fait un pas, un peu hésitant. Sa respiration se crispe, le mollet tremble. Elle sourit pourtant. Elle vient. Une marche après l'autre. Dévoilant ses jambes, et plus que ses jambes à chaque pas. C'est pour lui qu'elle descend. Elle sent leurs regards, et ne voit que ses yeux qui l'espèrent.
Ne pas tenir la rambarde de fer forgé, ne pas s'accrocher. C'est ce qu'il a souhaité. Descendre fière. Confuse de tant donner d'elle dans son pas de funambule. Son « oui » total.
Lorsqu'elle arriva, froissant le tapis craquant de feuilles, il s'avança, lui prit la main. Il lui donna solennellement les clefs de la maison.