12 décembre 2007
Sale Peste (Eva Alix)
Je vais en CREVER
Adrien !!
Feins de ne pas t’en apercevoir mon hâve et naïf timoré…
Mon rythme cardiaque
s’emballe, mes tripes s’arrachent littéralement, j’ai les reins
brisés,
respirer devient difficile, mes larmes rompent le barrage.
Elle a
gagné !
Elle rampe, elle progresse si facilement que cela en est désarmant
Adrien.
Elle m’efface, l’amnésie menace.
J’ai si mal.
Je vole en
éclats, j’agonise ; c’est tellement aberrant, tellement invraisemblable.
Mon
menton n’a de cesse de trembler en silence.
Je la vomis à l’envi
cette innommable garce, elle et ses borborygmes abjects et
débilitants.
Mérite-t-on jamais de perdre ainsi l’être aimé, le confident,
l’alter égo (enfin le croyait-on) ?
Je te vivais romantique, tendre,
obligeant, sensible à moi et à ma personnalité.
Dans ton regard, j’étais
enfin belle.
Abysse, précipice sans
fond …attends-moi, j’arrive.
La sale peste !
Son string, son balconnet DD,
la baleine, son col cervical en étendard ont affolés tes gamètes.
Sa matrice
ordinaire, mais offerte, a comblé ton désir acharné de paternité (non comblé
par mes soins).
Mes félicitations ?
N’en demande pas trop Adrien, je
n’ai pas d’aile dans le dos ;
simplement la gorge serrée et cette plaie
géante béante à panser
28 septembre 2007
Dentelles et conséquences (EVA –Alix)
Je lui ai dit de se taire à ce petit vent fripon
qui doucement chantait dans mes dentelles,
pendant que tirée à quatre épingles je me languissais au soleil.
J’étais si près de lui que je pouvais le respirer à l’envi.
Il était plus que beau.
L’intelligence et la douceur se lisaient dans l’azur de ses yeux.
Il y avait le brouhaha des couverts qui tintaient joyeusement,
la lumière qui donnait aux bouteilles d’eau minérale une luminosité
pure et incroyablement irréaliste, les rires des convives et venus
de l’autre bout de la terrasse, ses regards...
Ses regards de plus en plus insistants.
Ses regards furtifs mais qui ne trompaient pas,
irrépressiblement attirés par mon sage décolleté.
Le jour tombé, le vent enfin muet, au clair de lune
dans le petit bois, nous nous sommes retrouvés.
Une balade nocturne sous le dais étoilé nous avons improvisé ;
une belle complicité se tissait, aucune promesse échangée,
juste prendre le temps de vivre l’instant et en profiter,
de tous nos sens inquiets, impatients et en éveil.
Tout contre son torse, je me laissais bercer par son doux parfum
qui m’enivrait. Il y eu ses mains sur moi, ses tendres caresses,
la passion qui montait, s’installait quand soudainement il m’a
fougueusement dégrafé et jeté sur la mousse du sous-bois,
moi, le 95 C qui avait avec patience réussi à l’attirer.
Il ne voyait plus qu’elle.
Elle m’avait encore une fois piqué la vedette.
17 septembre 2007
Egoïste (Eva-Alix)
L’horloge indique vingt
deux heures trente, mais elle est en avance.
C’est un peu
stupide sans doute, mais elle y tient à ces fichues quatre minutes d’avance
qu’affichent les cristaux liquides de sa Clio
Quarante cinq kilomètres avalés ; trois encore et elle sera chez elle.
Une vertèbre se rappelle douloureusement à elle, lorsqu’ un sourire se dessine
sur ses lèvres.
Elle a vu l’un des œils-de-bœuf jumeaux de la devanture de chez Artwork lui
adresser un clin d’œil.
Elle se dit qu’elle est décidément plus fatiguée qu’elle ne le pensait.
Il est là, assis, devant son match de football.
Il ne la regarde pas, ignorant les longues heures passées ce matin chez le
coiffeur
pour tenter d’attirer de nouveau son regard.
Ce soir, elle ne s’attend pas à être taxée d’égoïsme,
puisque c’est lui qui a choisi le programme télé.
Lui déposer un baiser furtif sur la joue, ne pas le déranger, ne surtout pas
passer devant le sacro-saint écran
qui le lobotomise, se faire discrète, aller pendre son manteau sans se démonter,
sans raconter la rude journée de travail,
sans pleurer sur cette indifférence qui la blesse tant et de plus en plus
souvent.
Une voix s’élève et la cloue sur
place : « qu’est ce qu’on mange ce soir ? »
Ah …Il n’a rien préparé. Mais il a « les crocs » il ne comprend pas son
égoïsme ;
comment n’a-t-elle pas pensé à lui mitonner un petit plat ce matin,
qu’il aurait pu se réchauffer au micro-onde en rentrant ?
C’est la mi-temps. Silencieux, il se lève, se dirige vers elle et lui attrape,
sans ménagement ni tendresse, les seins.
Elle se dégage sans mot dire. Il monte en puissance, aidé par le litre de Rhum
coco qu’il vient d’engloutir comme tous les soirs.
Elle part se réfugier dans la salle de bain. Elle l’entend au loin fulminer que
c’est toujours pareil,
qu’elle n’est qu’une égoïste, que
c’est « toujours quand , toi, tu as envie …».
Assise sur le carrelage, la boite de somnifère à la main elle pleure à chaudes larmes sur la
vacuité
de son existence tandis que des petits vaisseaux éclatés forment des étoiles
dans ses yeux.
Elle repense à Honorine, seule dans son lit, à l’étage des soins palliatifs, qui
lui annoncé qu’elle sentait son heure venir….
Oui, elle a promis .Elle sera là demain, pour lui tenir la main.
Elle range la boite dans la pharmacie.
Dehors, l’horloge de sa Clio indique vingt trois heures quarante
cinq, elle avance,
mais cela n’a pas d’importance, elle ne sera pas en retard…