Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

13 mai 2008

Passent les ombres… (Fabeli)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai souri au soleil.
Il a caressé mon épaule quand je fermais la porte de la maison.
C’était bon, alors je lui ai souri.
   
Hier encore je ne souriais plus.
Les ombres noires du passé dansaient encore devant mes yeux.
   
Je ne voyais rien du soleil caressant,
Rien de l’oiseau chantonnant.
Pas même le jardin, ses bourgeons, ses boutons,
Son envie de surgir en parfums et en couleurs.
   
J’avançais dans le couloir machinal du quotidien.
Un pas, puis un autre, habitude, solitude.
Les ombres pour compagnes à mon réveil,
Les ombres à me bercer dans mon sommeil.
   
J’exécutais les tâches réclamées.
Pas de plaintes, pas de gémissements.
Je m’exécutais.
 
Et j’attendais patiemment que les ombres se lassent,
Qu’elles s’essoufflent à toujours murmurer,
Qu’elles s’estompent en lavis dilué.
 
A la caresse du soleil ce matin, j’ai compris.
Les ombres ne s’effacent jamais.
A l’usure de nos larmes, elles deviennent transparentes,
La lumière se joue de leurs molécules immatérielles.
   
Quand les rayons du soleil percent la toile fine de nos chagrins,
Nos yeux s’ouvrent encore sur la grâce d’un jardin,
Sur la chaleur du sourire de l’ami.
   
Et ce que je vois de ma vie,
Pour la première fois depuis longtemps,
Au filtre de mes ombres,
Se pare de couleurs revenues.

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30 avril 2008

12. De l’un à l’autre (Fabeli)

A toi, l’autre qui me fait face, je veux dire ceci :


Tu es cet autre indispensable
Sans qui je ne suis pas.
Tu es celui qui me construit.

Parce que tu me regardes, je me vois dans le monde.
Parce que tu me réponds, je m’entends parler.
Parce que tu me touches, je me sens vivre.

Toi, moi, un, tous,
Universel singulier qui crée l’identité.

Je prends le risque de l’étranger
Pour établir le connu.
Je pars vers toi pour revenir à moi.

Toi, moi, nous, tous,
Pluriel unique qui fonde l’ensemble.

Dans cet échange commun
Je m’élargis au monde.
Dans l’instant fragile de nos contacts,
Je mesure ma confiance.

Et puisque tu respires, je respire aussi,
Et j’entends le battement de nos cœurs réunis.

Posté par _Sammy_ à 09:30 - Fabeli - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2008

15. Sœurs (Fabeli)

Il faut absolument que je pense à prévenir Muriel pour maman. Oh !Comme d’habitude elle dira que c’est la faute des médicaments ou des toubibs. De toutes façons elle ne veut pas voir la réalité en face. Elle cherche de multiples raisons à la maladie de maman mais refuse de l’accepter. Pourtant cette fois ci elle sera bien obligé de reconnaître que maman ne la reconnaît plus. Il n’est plus question de prénom oublié sous le coup de la fatigue. Non !maman ne reconnaît plus personne. Hier encore elle m’a mise à la porte de sa chambre comme une étrangère. Elle ne voit même pas mes larmes.

Muriel non plus. A quatre cent kilomètres de distance, on ne voit rien. Elle n’a pas vu les premiers symptômes de la maladie, les anniversaires oubliés, les mots familiers perdus sur le bout de la langue, ces phrases jamais terminées. Ma sœur a préféré mettre tout ça sur le compte des somnifères avalés depuis le décès de papa. Au début, elle a continué à emmener maman au restaurant à chacune de ses visites. Sans moi. « Tu comprends, toi tu la vois quand tu veux, tu es sur place»

J’ai compris très vite, alors que nous étions enfants, l’importance du pouvoir de séduction de Muriel. Mes parents étaient fascinés par leur fille cadette. Moi, j’étais dans l’ombre, bonne élève, bonne fille, tandis que Muriel vivait dans la lumière de leur amour. Je ne leur en veut pas, elle était irrésistible. Son sourire ou sa colère abattaient tous les obstacles. Et voilà cinquante ans que ça dure. Il n’y a pas si longtemps on pouvait entendre maman parler de sa fille qui est architecte à Lyon. Elle ne tarissait pas d’éloges sur la maison de Muriel, les enfants de Muriel, le mari de Muriel. Bien sûr, Muriel lui a caché le divorce houleux, il y a six ans, et les caprices coûteux de ses enfants.

A présent que maman nous échappe par petits bouts, il est inutile de chercher à régler des comptes. C’est ma sœur. Et mardi prochain, lorsqu’elle ne retrouvera plus sa mère dans cette femme absente à elle même, je serai là pour la prendre dans mes bras.

Posté par Coumarine à 10:55 - Fabeli - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 février 2008

32. Le chagrin (fabeli)

Il n’en a parlé à personne.
Il a scellé ses lèvres,
Barricadé son cœur,
Verrouillé son âme.

Prisonnier de ses larmes,
Il a rendu les armes.

Sur la toile de sa vie
Les couleurs ont terni,
Le bleu s’est fané
La joie est passée.

La douleur a masqué
Les traits de son visage.

Mais le temps, en ami,
Tourne parfois la page.
S’entr’ouvrent alors les lèvres,
S’abaissent les barricades.

Et vers le ciel tout à coup rafraîchi,
S’envolent à jamais les mots interdits.

Posté par patitouille à 09:00 - Fabeli - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 février 2008

17. Souviens-toi de moi (Fabeli)

J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac. Le quai du métro sera bientôt noir de monde. Quelques pages encore à remplir et il sera terminé. Je le feuillette et remonte ainsi le temps.

Mars : le licenciement. La haine, l’écœurement.
Mai : le divorce. Violence de mots, de sentiments.
Juin : l’hôtel puis les foyers. La solitude, la honte, la peur.
Octobre : première nuit dans la rue. Le froid, l’alcool.

On se croit à l’abri, de l’autre côté du monde. On va, on vient, on vit, la barrière paraît solide. Mais soudain le chemin s’effrite sous nos pieds. Ça glisse, on dérape, des mains se tendent puis se détournent.

Décembre : elle a compris pour le garage. J’avais gardé une clef, je pouvais dormir au chaud. Mais elle a posé un cadenas, un gros avec une chaîne. Elle s’enferme, se protège. Elle a raison. La chute est si soudaine.

Economies grignotées, quotidien déstructuré, mental déboussolé. J’erre dans ma propre vie, vagabond dépouillé de mes pensées.

Le fil ténu tissé dans ce cahier va se rompre. Où trouver le courage de remplir de nouvelles pages ? Pour qui ? Pourquoi ?

8 février  2008 : Le quai du métro est noir de monde. Ce sera plus facile. Ici s’achève mon errance. Dernière station avant l’oubli.

Toi qui trouveras ce cahier, ne le perds pas. C’est ma trace, mon empreinte, l’ultime preuve de mon passage. Grâce à lui, souviens-toi de moi.

Posté par pivoineblanche7 à 09:53 - Fabeli - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 janvier 2008

24. Votre sœur dévouée (Fabeli)

Mes biens chers frères, si vous entendez ces paroles et voyez ces images, alors je ne suis plus de ce monde. Je suis sûre que cet après midi, autour de ma tombe, les murmures de condoléances bruissaient dans l’air printanier. On plaignait ces pauvres messieurs d’avoir perdu une sœur si dévouée. Et sur vos visages impénétrables, on distinguait les traces d’un chagrin sobrement contenu. Comme je les entends, ces commentaires attristés, comme je les vois, vos mines désolées. Désolés de vous retrouver seuls. Seuls du matin au soir et du soir au matin. Seuls pour ranger, nettoyer, cuisiner, dormir. Qui pourra tenir désormais le rôle que vous m’aviez assigné ?

Souvenez vous, il y a tout juste 30 ans, j’étais jeune, jolie, la vie me souriait et les garçons aussi. Je ne me suis pas méfiée de ce bel officier. Il parlait bien, je l’écoutais. Puis la guerre me l’a pris et je suis restée, seule, avec ce ventre encombrant de honte. Cette honte que vous avez soigneusement entretenue pour mieux me retenir près de vous, m’attacher, me clouer. De fille à marier je suis devenue sœur à tout faire. Tout, même l’impossible, même l’innommable. Dans mon ventre torturé l’enfant n’a pas vécu. Mes larmes se sont taries et mon âme s’est endormie.

Jusqu’au retour, il y a 6 mois, de mon bel officier que je croyais tué. Je l’ai croisé, près de l’église. Ses yeux m’ont traversée, sans se poser. Alors j’ai su que jamais plus mon âme ne s’éveillerait.

Au regard des blessures infligées, le poison fut doux à mon palais. Je pars sereine, confiante dans la justice des hommes puisque le ciel est resté sourd à mes cris. Les images que vous regardez aujourd’hui, toute la ville, demain, les verra. Les copies de cet enregistrement cheminent dans la nuit. Je les ai agrémentées de détails qui permettront de mieux cerner vos personnalités. De quoi passionner les psychiatres pour les années à venir.

Ne craignez rien, mes biens chers frères, le gîte et le couvert vous seront garantis à vie, j’espère. Pour le reste…

Posté par _Sammy_ à 15:00 - Fabeli - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

30. L’assassin (Fabeli)

-Tu vois, j'ai bien fait le tour de la question et je suis sûre que le voisin d'en face a tué sa femme.
Depuis 5 ans que nous habitons ici, je les connais bien, tu penses ! D’ici, je vois leur cuisine et leur chambre. C’est drôle tout ce qu’on apprend sur les gens en les observant dans ces deux pièces. La cuisine, comme la chambre, c’est intime. Les gens sont naturels quand ils mangent, comme quand ils font l’amour. Tu m’écoutes?

Soupir. Froissement de journal.

-Qu’est ce qui te fais dire ça ?

-Qu’il l’a tué ? Intuition féminine, mon cher. En trente ans de mariage, avoue que je me suis rarement trompée. La grossesse cachée de la fille du 5ème, le trafic du fils de la concierge, la double vie du notaire. Tu vois rien ne m’échappe ! Au début, ils se parlaient beaucoup à table, elle lui souriait, ils fermaient souvent les rideaux de la chambre, même en plein jour. Puis petit à petit, ça s’est dégradé. De longs silences à table, et les rideaux qui restaient ouverts. Et il y a trois jours…Tu ne veux pas savoir la suite ?

Journal. Soupir.

-Alors ?

-Eh bien, il y a trois jours, non, quatre, ce jeudi où tu es rentré tard de ton bridge. Je l’ai vu, lui, dans sa cuisine, à 9 heures du soir, qui aiguisait des couteaux avec soin, et après il passait le doigt sur la lame, pour voir, brrr! J’en avais la chair de poule. Tu irais, toi, aiguisais des couteaux avec minutie, à 9 heures du soir ? Et une fois qu’il a eu terminé, il a tiré les rideaux de la cuisine. Je te dis qu’il l’a tuée. Il en avait assez qu’elle aguiche tous les hommes du quartier en sortant habillée et maquillée comme un sapin de Noël. Que dirais-tu si je sortais attifée comme ça, hein! ? Ce que je me demande, c’est comment il a fait disparaître le corps. Même en morceaux, une femme, c’est encombrant ! Où tu vas ?

-Sortir le chien. Ils ont divorcé. Elle qui me l’a dit, hier, en sortant du bar où elle travaille.

Il ouvre la porte.

-Lui, il est artisan coutelier, rue Caulaincourt, je lui porte nos couteaux tous les ans.

Posté par Coumarine à 09:50 - Fabeli - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2007

34_Le cadeau (Fabeli)

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, j’ai froid aux pieds. J’aurais peut-être dû tourner dans cette rue, celle de la pâtisserie. Ici, il n’y a pas de boutiques. Les gens autour de moi marchent vite, tête baissée contre le froid.
C’est pour voir de jolies vitrines que je suis sortie. Je cherche un cadeau pour Louis. Il va bientôt rentrer en permission. Il viendra me voir à la maison. Il est si beau dans son uniforme aux galons dorés !  Nous prendrons le thé dans le salon bleu, puis il me proposera de marcher jusqu’à la fontaine aux fées. Il tiendra ma main, me parlera à l’oreille. Je lui donnerai mon cadeau et nous ferons un vœu.
Je sais ce qui lui ferait plaisir. Il est gourmand, je vais acheter des chocolats fourrés au praliné. Je trouverai les meilleurs chez Duroy, place des arts. Il faut que je retourne vers le centre. Je n’aurai pas dû venir ici. J’ai froid. Le vent est trop violent sur le pont. Où vont tous ces gens ? Je préfère redescendre les escaliers. La place des arts est bordée de grands arbres. Il n’y a pas d’arbre ici. Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. Et je n’ai pas trouvé mon manteau. Maman sera fâchée.

- Oh ! Madame Duclos ! Vos mains sont glacées et vous êtes sortie en pantoufles. Je suis contente de vous avoir retrouvée si vite. On va retourner au centre, l’heure du dîner approche. Voici votre manteau, je l’ai pris avec moi quand je me suis rendue compte que vous aviez encore quitté votre chambre. Où alliez vous cette fois ?

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Fabeli - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 novembre 2007

La bêtise (fabeli)


Tante Babette prit une profonde inspiration et posa ses yeux clairs sur nos mines désolées.

-Qui a renversé le bocal ?

D’un coup d’œil je regardai mes frères qui baissaient la tête d’un air contrit. Nous connaissions tous le nom du coupable et, tous, nous étions bien décidés à ne pas le donner. Ce code d’honneur que nous respections depuis notre plus jeune âge ne serait jamais entaché par notre trahison.

Tante Babette allait et venait devant nous de son pas majestueux. Sa robe soyeuse chatoyait dans la pénombre rayée de soleil. En ce début d’après midi, nos maîtres finissaient de déjeuner dans l’appartement du premier étage. Ils ne tarderaient plus à redescendre pour ouvrir la boutique et ne pourraient que constater l’étendue des dégâts. Le bocal de friandises gisait sur le plancher, les billes colorées avaient roulé en tout sens, certaines aidées de nos coups bien ajustés.

Le pas de tante Babette se fit plus nerveux à mesure qu’elle sentait l’heure approcher.

-Comme d’habitude vous êtes bien décidés à ne rien dire et comme d’habitude vous savez que ma punition sera collective. Privés de sortie et de chasse pour trois jours.

Les yeux toujours baissés, nous acquiesçâmes en silence, évitant le regard perçant de celle qui nous avait recueillis depuis un an.

Au premier pas dans l’escalier, elle s’assit avec sérénité, la tête haute, la queue enroulée autour de son corps racé, juste devant le bocal brisé. Lorsque madame Heyraud poussa la porte, mes frères et moi avions disparus par la chatière. Nous entendîmes les cris poussés par le maître et les miaulements d’excuses de notre protectrice. Nous gagnâmes notre cachette, soulagés mais honteux de notre silence. Comme toujours nous avions tenu notre pacte de fraternité, ce serment établi entre nous quatre à la disparition de nos parents. Et comme toujours, tante Babette avait accepté de couvrir nos bêtises, prête à supporter la colère de ses maîtres pour nous éviter le retour à une vie de chats errants.

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25 octobre 2007

32. La course (Fabeli)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde ! Jean s’affole.

-C’était pas une bonne idée, Marc, je l’avais bien dit…

Pour couper court à ses jérémiades, je le fusille du regard Ce n’est pas en jacassant que le colis sera livré à l’heure. A grands coups d’épaules et de « pardon » énergiques nous infiltrons la foule. Dans mon sillage, Jean reprend sa litanie.

-Un taxi, on aurait dû…

Un regard noir et il ferme son clapet.

Déjà, nous avons perdu un temps précieux à l’appartement. Les renseignements de Léa étaient faux. L’objet ne se trouvait pas dans le tiroir de la table de nuit. Bien sûr, Jean s’affolait et piaillait en tout sens. Moi je réfléchissais avec méthode au problème. Se mettre dans la peau de Léa. Quels avaient été ses gestes ce matin ? Se lever, déjeuner, la cuisine…Rien. Le séjour, les toilettes…Toujours rien. Ah !La salle de bain, Bingo ! Là, sur la tablette, entre le verre à dent et les flacons de parfum. Et Jean qui gémissait toujours en cherchant sous le lit !

Nous avons dévalé les escaliers, couru jusqu’à la bouche de métro.
Jean serrait dans ses doigts la précieuse boite. Pas question de la perdre dans la foule.

La rame est là. Vite, je saisit la manche de Jean, sa cravate est en vrac, on verra ça plus tard.
Dans dix minutes, nous traverserons le péristyle de la mairie. Les invités sont arrivés.

Léa est là, elle attend, illuminée par les rayons du soleil couchant dispersés par le vitrail. Ce vitrail monumental qui surplombe le bureau de l’état civil, j’en connais les moindres couleurs, les plus infimes détails. Je le restaurais, voilà un an, lorsque, perché sur mon échafaudage, j’ai vu apparaître Léa. Comme aujourd’hui, le soleil traversait les carreaux sertis de plomb et c’est un ange auréolé de lumière que j’ai vu s’avancer vers moi, un ange adorable. Mon ange. Mon amour.

Mais je ne suis plus son amour. Je suis juste son ami et son témoin. Le témoin de son mariage avec Jean.

Posté par Coumarine à 17:55 - Fabeli - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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