29 mai 2008
19. Thérapie de groupe (Farfalino)
Je suis sorti du garage avec une épouvantable migraine. Je n'en peux plus, je suis vidé de ma substance, je ne suis plus qu'un automate écervelé aux doigts endoloris et aux oreilles sifflantes. Demain c'est le grand soir, la chance de notre vie, le rendez-vous incontournable avec le bonheur, l'événement tant attendu pour fuir la misère tranquille du quotidien majoritaire. Nous nous avons additionné nos talents et fait exploser nos limites pour atteindre l'absolu. Enorme ! 5 titres en première partie des "John Doe et ses poursuivants", le plus grand groupe de hard funk de la région lilloise. C'est tout simplement é-norme ! Il fallait bien 7 heures de répétitions pour les terminer, les peaufiner, pour avoir la mélodie et les paroles incrustées dans chaque fibre de nos êtres et de nos instruments.
Nous sommes pure énergie. L'incandescence de la jeunesse encore intacte a mis le feu aux guitares et aux percussions. Saint Hendrix, Saint Buckley et Saint Freeze, la trinité divine, nous ont sans doute visités pour y déposer leur grâce !
Les portes de la gloire vont s'ouvrir comme une corne d'abondance qui déversera musiques, cris hystériques, drogues, garçons énamourés pour moi, le guitariste, jeunes filles évaporées pour le chanteur et la batteuse.
Tous les 3 nous sommes invincibles.
Tant pis pour ma mère, une petite femme ronde à l'esprit trop carré qui n'a pas voulu me prêter l'argent de ma première guitare. Tant pis pour les voisins revêches qui ont tant de fois envoyé les flics dans le garage pour qu'on arrête de jouer. Tant pis pour mon ex, l'autre guitariste, parti à cause d'une jalousie inopportune et qui n'a pas senti le vent qui nous portait.
Nous allons connaître un fabuleux destin et on vous emmerde !
"Johnny à table !" lui cria sa mère. Johnny contempla les trois petites poupées volées sans raison à sa petite sœur. Il les cacha sous son lit et se dirigea vers le couloir en sifflotant "Highway to hell".
C'est sûr, quand il sera grand, il sera rock star !
18 avril 2008
31. Remparts par Farfalino
"Il faut absolument que je pense à téléphoner au directeur des ressources humaines : je veux continuer à travailler ! Je vais lui asséner quelques vérités : je ramène plus de 10% des ventes, les deux commerciaux embauchés pour me remplacer sont encore des bleus. Je vais cet après-midi rattraper l’important prospect qui n'a pas été convaincu par leur médiocre présentation, cela devrait ramener une commande conséquente et augmenter mon chiffre. Je dois penser d'ailleurs à appeler un de mes amis chez les concurrents pour qu'il me laisse le marché en échange des deux petits contrats qui ne peuvent pas nous intéresser. Je vais leur montrer de quoi je suis encore capable"
"Mon chéri, tu devrais manger trop vite".
Il ferma les yeux. Il put presque sentir sa douce main posée sur son bras pour le retenir comme elle l'aurait fait pour un enfant dont la fourchette s'emballe. Sa voix était à la fois soyeuse et ferme.
Ne pas penser. Se rappeler de son parfum. Résister. Invoquer le charme de son sourire et la profondeur de son regard. Repousser le chagrin et la douleur. Ne pas revoir la silhouette squelettique, chauve et brûlée, au milieu du salon, dans le lit prêté par l'hôpital, reliée à la vie que par des tuyaux et des machines qui couvraient le filet ténu de ses derniers mots.
Il reposa sa fourchette et se cala au plus profond de sa chaise, lové dans le souvenir de ses bras enlacés. Il se sentait perdu, vieux, solitaire, abandonné. S’abrutir de travail l’empêchait de se souvenir du sifflement continu de l’appareil qui avait sonné le glas de trente années de bonheur.
"Monsieur ?! Vous avez fini ? Désirez-vous un café, un dessert ? Monsieur ?!! »
Il n’entendait plus. Il courrait avec elle dans les champs de blé le jour de juillet où ils avaient fait la première fois l'amour. Le soleil était éclatant, ils étaient jeunes, ils étaient beaux, ils étaient insouciants : une vie magnifique les attendait !
14 mars 2008
21. Les diaboliques (Farfalino)
"J'vous jure m'sieu le juge, j'l'ai pas tué mon Jean-Paul !"
Il
toisa celle qui s'était exclamée ainsi, tenant la barre comme si elle
allait se noyer, les jointures des mains blanches et crispées. "De la
gourdasse ... une bonne gourdasse, bien juteuse, bien mûre, bas du
front, un peu maigre avec pas de quoi se rassasier le bas-ventre ni les
neurones à bagatelle. Quelle idiote !"
"J'étais chez ma copine
Huguette, pour m'épiler. J'vous jure m'sieu le juge ! Regardez mes
aisselles ! Elles sont aussi lisses que des fesses de bébé. Elle
travaille bien la Huguette !" Les bras repliés sur la tête, elle se
dandina, fit un tour sur elle même et l'assemblée put admirer le
travail impeccable d'Huguette. L'instant fut immortalisé par des
centaines de flash. La copine épileuse pouvait lui être redevable de
cette exhibition publicitaire. "Et puis j'l'aimais mon Jean-Paul ! Même
quand il cognait dur les jours au fond de la bouteille ..."
"Alibi
aussi ténu que son QI qui va sauter comme le bouchon de la bouteille de
champagne qui m'attend. C'est trop facile. Avec ses airs de pleureuses,
la cataracte salée aux bords des cils, le mouchoir torturée comme une
serpillère, on lui donnerait presque le bon Dieu sans confession. Quoi
qu'il l'a renverrait vite fait aux enfers, il n’y a pas de place pour
les gourdasses ! Car moi je la connais la vérité."
Il contemplait stoïquement l'accusée, sans afficher son dégoût intérieur.
Il
avait tout de même la satisfaction du travail bien fait : il s'était
débarrassé de son associé en le faisant tuer par sa femme dont il avait
été l'amant. Le souvenir de ses ébats clandestins avec cette femme qui
s'embrouillait dans ces explications lui donnait la nausée. Au moins,
le garage allait être à lui, tout seul. La fin justifie les moyens. Il
s'était enivré de son machiavélisme et il savait que maintenant,
beaucoup d'autres possibilités s'ouvraient devant lui.
Une gourdasse, un avocat falot insipide et ivrogne, son témoignage décisif et voilà comme on perd un procès.
31 octobre 2007
44. Vertige par Farfalino
Mauvaise surprise ! Le quai est noir de monde. Les panneaux d'information
sont aussi éteints que la foule des passagers sagement agglutinés attendant
leur sort, par habitude, par résignation. La fin de journée véhicule les
remugles animaux des humains inanimés mélangés aux effluves froids des pneus
d'un métro absent.
Je rejoints les autres, je prends ma place dans ce troupeau tranquille.
Attendre. Je n'ai pas le choix. Que faire d’autre ? Remonter à la surface,
pour s''exposer à un air vicié par trois siècles de révolution industrielle ?
Je n'y vais plus depuis longtemps ! Je passe directement de mon studio à
mon travail sans jamais avoir à sortir des entrailles de la Terre. J'ai une vie
de ver de terre, flasque, mou, sans tête et sans couleur. Je me contorsionne
pour satisfaire mes besoins primaires : manger, boire, dormir, surfer,
regarder la télé.
Personne ne me parle. Je ne parle à personne. Les panneaux sont éclatants de
vacuité. Je contemple alors mon ciel de faïence comme disait un poète
alcoolique du siècle dernier. Je n'y vois que des faux vitraux d'une modernité surannée,
éclairés violemment par des néons. Pour tromper le temps, ou moi-même, je
compte les segments, les carrés, puis les rectangles, les triangles ; je
suis les lignes de ma fuite. Une fois, deux fois, ... La spirale géométrique se
met progressivement en mouvement. Les couleurs se mélangent pour n’en faire
qu'une. L'œil du cyclone vitreux aspire ce qui reste de ma substance. J'oublie
mes congénères dégénérés, j'oublie le ver que je suis, j'oublie ce foutu métro
qui ne viendra plus, je tourne, je tourbillonne sans fin dans des brillants
rectangles triangulaires à la couleur improbable.
La machine lourde et bruyante disperse mes chairs éclatées dans une immense
gerbe d'étincelles qui éclaire comme un soleil les passagers bientôt endeuillés.
30 septembre 2007
Douce rêverie (Farfalino)
Je lui ai dit de se taire. Le babillage incessant de ma fille m'empêche de rassembler les pièces éparses du puzzle disloqué qu’est mon esprit. Elle est gentille, la dame qui s'occupe de moi, même si elle me saoule de ses mots. Pour me stimuler, me dit-elle. Elle ressemble à la jolie infirmière qui nous a soigné mes gars et moi pendant la guerre. Elle avait trois jolis grains de beauté dans le cou, parfaitement alignés. "Une, deux, une deux !" Je les imagine défilant au garde-à-vous sur les Champs Elysées. Ça me fait rire.
L'infirmière anglaise essaie dans son français de circonstance de me dire quelque chose à propos de mon bandage. "Mettez votre couverture, je vous dis !". Elle est gentille ma femme mais elle est folle, j’ai trop chaud. Je capitule et je m'enfonce un peu plus dans mon fauteuil. Il est tout neuf, je l'ai acheté ... Quand ? Avec qui ? Je ne sais plus. Ma substance se vide dans le fleuve tranquille de ma rêverie.
Petitpied, mon poteau, doit être vert. J'ai une belle télé, en couleur, et toute plate alors que tout le monde en a une grosse en noir et blanc. Les images défilent sans que j'arrive à les comprendre. Mais cela n'a pas d'importance, ma mère est à coté de moi. J'aimerais qu'elle me berce.
Tout à l'heure, j'irais avec Petitpied à la rivière pour pêcher des cailles. Ma mère aime bien que je lui en rapporte, elle s'en sert comme pantoufles. J'ai aussi mes devoirs à faire. Des mathématiques... enfin je crois. Tiens, je demanderai au bonhomme dans la télé. Il doit être fort, il connaît le dictionnaire par cœur et fait des calculs compliqués au tableau. J'applaudis en même temps que ceux qui sont assis derrière la télé, plate comme une caille. Ma fille applaudit aussi. Elle est gentille.
Non ce n'est pas ma fille, ni ma femme, ni ma mère, ni même l'infirmière de la guerre. Ils sont tous morts et moi je suis là, l’esprit aussi usé que le tissus de mon fauteuil.
La femme qui s'occupe de moi sèche la larme qui a coulé. Elle me fait boire un peu d'eau. Elle est vraiment gentille.
18 juin 2007
Incandescences (Farfalino)
« Excusez-moi c’est une erreur de penser cela de nous.
Notre rencontre était un tendre et délicieux voyage vers un monde que nous avons construit, loin de nos rudes existences, loin des lourdes entraves dont vous aviez la clef. Une brève parenthèse de douceur et d’amour, dans un nécessaire secret par crainte de votre courroux. Elle m’a appris les lettres, je lui ai appris la poésie des sages, nous avons appris l’amour.
Dans l’obscurité, nos corps emmêlés avaient la même couleur, nos âmes dansaient dans l’incandescence de notre folle passion. Notre union était la réconciliation de deux mondes qui s’ignoraient comme deux faces d’une même médaille. L’humanité portée par notre amour s’échappait, amnésique, de l’étroitesse de vos pensées.
Vous faites erreur, point de péché ni de luxure, le Diable n’était pas convié à nos rencontres alors qu’il est là ce soir parmi vous. Sa lueur méphitique brille dans vos yeux.
J’aimais votre … »
L’homme encagoulé de blanc donna un coup de pied dans la chaise. La corde se tendit dans un grincement sinistre et le dernier souffle de l’esclave se perdit dans le vent qui faisait danser les flammes des grandes croix embrasées.
« Sale nègre, tu ne la toucheras plus. »
02 juin 2007
Deux mondes (Farfalino)
«Le samedi c’est plus tranquille... tu parles !». J’ai écouté mon beau-frère et nous voilà englué dans cet embouteillage, sous ce soleil prometteur d’un barbecue à l’échelle d’une nationale. Voilà une heure que nous progressons comme les escargots de Prévert, à essayer d’occuper les gamins. Mon regard glisse sur le bas-côté, pour tromper l’ennui.
Une jeune femme accompagnée d’un garçonnet et d’une petite fille, campés à coté d’une caravane, fixent d’un air morne la cohorte stagnante des automobilistes calfeutrés dans leur frigo roulant. Du linge sèche paresseusement sur un fil. Avec ce soleil, l’intérieur doit être une étuve nauséabonde, je comprends qu’ils soient dehors. Vivre en permanence en caravane, dans la promiscuité, sans confort, ne doit pas être facile tous les jours. Je lis sur leur visage comme une déchéance éhontée, une vie au goût de croupi. J’imagine l’alcoolisme de la mère, l’absence d’un père, le défilé de beaux-pères dont on est content quand ils ne frappent pas, les vols à l’étalage, la survie grâce aux petits trafics à peine lucratifs...
«Le samedi c’est plus tranquille... tu parles !». Aujourd’hui, j’vois tous ces péquenots qui font du cul à cul depuis des heures. Et qu’est-ce qu’il a lui, avec ses yeux, à nous regarder comme ça ? Tu veux ma photo ? Tu te crois à Thoiry !? Et ça klaxonne, et ça pue et ça pollue... J’peux pas élever mes gamins dans ce mazout. J’vais dire au Tatoué, mon chéri, le père de mes enfants, qu’on va pas rester longtemps ici. Dès qu’il y a de la thune qui tombe, on fait le plein et on vide les lieux. On peut en profiter tant que les enfants n’ont pas encore besoin d’aller à l’école. Après si je veux qu’mes mouflets, la prunelle de mes yeux, sortent de la mouise dans laquelle je les ai faits naître, la maison bougera moins.
Je vais emmener mes gosses dans les bois histoire de respirer un peu. Maintenant que la table de jardin est propre après le goûter, on va pouvoir y aller. Francis, le tatoué, l'a récupérée aux encombrants, les richards jettent toujours des trucs bien. L’ombre des arbres nous rafraîchira, et j’ai repéré un p’tit ruisseau l’aut’fois, pas très loin. On cueillera des cyclamens. J’adore les fleurs qui sentent bon. Allez, venez les grenouilles, on va faire trempette.
La petite fille vient de me tirer la langue. Petite peste !
05 mai 2007
Vacuité (Farfalino)
« Ma voiture n'a pas démarré ce matin ». Bof !
« Ma chaussette s’est enfuie ». N’importe quoi !
« Le bidet défendu ». Beurk !
« L’astronaute est claustrophobe ». C’est con !
« La biscotte s’est cassée ».Et alors ?
« Le retour de la chaussette ». Tu parles !
« La vie en pneu crevé ». Sgrompf !
« J’ai perdu mes clefs ». Pas malin !
« Tarte à la crème rance ». Non !
« Tarte rance à la crème ». Pas mieux !
« Les lacis du rassis assis avec son cassis » Pfff !
Comme dirait ma grand-mère, « quand ça veut pas, ça veut pas. »
Je veux écrire un livre, un vrai, sans image, écrit en petit, avec plein de belles phrases, de bons mots, et de l’épaisseur dans l’histoire, pas pour caler des armoires, hein, pour faire réagir, pour émouvoir, pour distraire, pour donner du bonheur utile … C’est l’œuvre de ma vie, la prunelle de mon cœur. Je veux qu’on l’aime ! Je veux qu’on m’aime …
Mais, je n’ai pas d’idée. Je cale. Je coule. Tous ces livres morts nés qui débordent de la poubelle me donnent le vertige de la vacuité infinie de mon existence. Ma future vie clinquante d’intellectuel « peoplisé » se dérobe sous le poids de mes infanticides littéraires.
Tiens, si je faisais plutôt de la sculpture sur gruyère ?
22 avril 2007
"Sevrage" ( Farfalino)
Et maintenant, ça suffit ...! J'ai les doigts, les oreilles, les yeux, les pieds et les fesses usés par les heures de répétition pour le concert de demain, à la cathédrale.
Je me lève d'un bond et j'enfile rapidement mon blouson. Au fond de la poche, je trouve ma boite de bonbons au citron. Vide ! Je l'écrabouille et je la jette, rageur, dans la corbeille près de l'entrée. Je sors. L'air est frais, le jardin désert baigne dans une belle lumière de fin de journée, un banc sympathique m'accueille.
Je m'assieds tranquillement, j'étends mes jambes, ma tête bascule et je ferme les yeux. J'aspire goulument l'air frais, espérant que des volutes de fumée bienfaisantes viennent apaiser mon corps meurtri et mon esprit tourmenté.
Je donnerai ce royaume pour une clope ! J'aurais mieux fait d'arrêter de fumer APRES le concert de l'année ?!
25 mars 2007
Promotion ? (Farfalino)
« Il faut que je vous dise... J'ai menti ». L’homme qui avait laissé tomber
cette phrase était concentré sur la route qui défilait à bonne allure. Sa
passagère resta silencieuse. Le soleil était chaud et la nature resplendissait
en ce lundi de printemps. « Nous n’irons pas chez ce client. J’ai mieux à vous
proposer ». Le conducteur laissa défiler deux dizaines de platanes pour ménager
son suspense. La jeune femme sourit légèrement sans le regarder.
« Je connais une très bonne auberge, près d’un petit lac, à quelques
kilomètres d’ici. On y sert un fabuleux gibier et le vin est bon. Après, nous
pourrons faire une promenade en barque. Nous oublierons que je suis votre
directeur, vous oublierez que vous êtes une de mes secrétaires. »
Elle lui planta son regard dans les yeux. "Et vous oublierez votre
femme ?"
Le ton était léger, presque moqueur. Il sourit. Le directeur reconnaissait sa
franchise qu’il appréciait. Sa nouvelle collaboratrice était belle, volontaire
et efficace. L'habitude lui dicterait une réponse convaincante. Sa femme et lui
n’étaient plus un vrai couple depuis plusieurs années. Ils préservaient
l’apparence d’un couple uni, par convenance, par intérêt économique.
Le conducteur ralentit, une flèche en bois indiquait « l’auberge du lac vert
» à droite. Il arrêta sa belle voiture cossue sur le bas-côté.
- Alors continuons-nous ou faisons-nous l'école buissonnière ?
Le regard de la jeune femme se perdit au loin dans cette campagne vallonnée.
La réputation du patron avait précédé ses gros sabots. Elle n’avait pas été
dupe du but réel de ce déplacement. Il était bel homme, elle en convenait, être
dans ses bras ne serait pas désagréable. Puis elle repensa à ses parents,
dignes dans la pauvreté et fiers qu'elle soit dans les bureaux, à la direction.
Allait-elle leur tourner le dos, à eux et à leurs principes, pour forcer sa
chance ? Saurait-elle faire taire les chuchotements sur la "nouvelle poule
du patron"? Pourrait-elle accepter de se perdre de vue dans les
scintillements des bijoux et l'écrin des fourrures? Avait-elle l’envie de se
retrouver au chômage ou d’être le larbin d’une femme moins farouche? Elle
soupira.
Elle se retourna vers lui. D'un signe, elle indiqua une direction. "En
route !".