06 mai 2008
20. Aléatoire et non exhaustif (Jim)
Chère L.,
Hier soir, alors que nous marchions cote à cote, tu m’as subitement demandé pourquoi je t’appréciais. Pris au dépourvu, j’ai répondu que je me sentais tout simplement bien en ta compagnie. Tu m’as semblé déçue de cette réponse. Que cela te rassure : je l’ai aussi été !
Tant de pensées se sont bousculées dans ma tête à ce moment précis mais aucune n’a trouvé le chemin de sortie qui menait à ma bouche. Et pour cause ; de toutes ces raisons, laquelle choisir ?
Alors, plutôt que de les bafouiller, j’ai choisi de te les écrire. Et puis seuls les écrits restent.
Laisse-moi donc te dresser ici l’inventaire aléatoire et non-exhaustif des petites et grandes raisons pour lesquelles, chère L., tu es en train de me séduire.
Je t’aime bien parce que dans ton joli petit corps fragile se cache une grande force
Je t’aime bien parce que tu es curieuse d’esprit, parce que tu voyages
Je t’aime bien parce que tu es la seule personne qui choisisse l’escalier plutôt que l’ascenseur pour monter au 2e étage de mon immeuble !
Je t’aime bien parce que ton métier m’impressionne
Je t’aime bien parce que tu es probablement la seule personne au monde qui mette des adverbes dans ses SMS
Je t’aime bien parce que tu es cultivée
Je t’aime bien parce que tu t’habilles avec goût
Je t’aime bien parce que tu ajoutes de la couleur là ou tu vas
Parce que tu es un soleil dans ce Paris si gris
Je t’aime bien parce que tu ries vrai
Je t’aime bien parce que tu es déjà une enfant, parce que tu es encore une femme (ou serait-ce le contraire ?)
Je t’aime bien parce que tu zozotes, parce que tu me fais rire
Je t’aime bien parce que tes yeux bleus, parce que ton sourire
Je t’aime bien parce qu’honnêtement, à part les Sarthois, qui d’autre que toi sait que 72, c’est la Sarthe ?
Je t’aime bien parce qu’il me semble que tu m’aimes bien aussi, et peut-être même un peu plus parfois… (mais peut-être est-ce moi qui fantasme ?)
Je t’aime bien parce que je te trouve si délicate
Je t’aime bien parce que tu me résistes encore
Je t’aime bien parce que tu parles de nous au futur
Je t’aime bien parce que j’ai envie de t’aimer .
Je t’aime bien parce qu’en toi, tout me semble avoir été parfaitement dosé : rien de trop, rien de pas assez (Tu féliciteras tes parents pour moi !)
Je t’aime bien parce que tu es la plus jolie des fleurs que j’aie trouvées sur mon chemin et que je n’ose encore te cueillir
Et je ne sais encore si je te dois cueillir…
Il y eut, dans l’histoire épistolaire, de plus belles déclarations, de plus mémorables éloges. De magnifiques choses furent écrites qui me viennent en tête, tant par les chanteurs populaires que par les philosophes. Moi, je continuerai cette liste. Et je sais que chaque occasion de te voir sera celle d’y ajouter une ligne.
28 février 2008
30. « A toi, mon fils, je dis tout » (Jim)
Il n’en a parlé a personne. On a interrogé tout le monde : rien. Il a tout fait en douce. Il a agi seul. Comme un pro. A-t-il laissé seulement une trace qui aurait pu laisser penser que… ? A-t-il fait la moindre erreur ? Je suis bien obligé d’avouer que non. Pas le moindre faux pas. Le crime n’était pas presque parfait. Hitchcock est largement dépassé. Le crime était parfait. Sublime. Irréprochable en son genre. Unique. Puis il a disparu.
Et pourtant.
Et pourtant aujourd’hui on sait qu’il en a parlé à quelqu’un. Il a fallu des années pour le savoir, mais on sait. Ça n’aurait rien changé ; le cours des choses en aurait été en touts points identique, mais pour moi, ça change tout. Ça me rassure. Un homme ne peut donc complètement être froid et inhumain. Au bout des pires actes, il reste un rien d‘humanité, une lueur. Désespérée, certes, mais présente. S’il en a parlé, c’est que c’était un homme, pas un monstre.
C’est ce grand bonhomme débile aux yeux bleus et à la tête dans les étoiles qui a fini par en parler. Après des années de traitement et de psychanalyse, il a finalement réussi à exprimer son terrible secret : alors qu’il n’était qu’un nourrisson, son père, juste avant de commettre l’irréparable, s’est confié à lui. Il lui a tout dit : ce qu’il allait faire, pourquoi et comment il allait le faire. Le bébé a tout entendu, rien compris et tout enregistré. C’est probablement ce traumatisme qui lui a valu d‘être profondément déglingué jusqu’à présent, mais maintenant que le souvenir a ressurgi, il lui reste peut-être une chance de vivre une vraie vie ? Les psychiatres sont dubitatifs ; le trauma était trop profond, le secret trop lourd. On ne guérit pas aussi facilement.
Finalement, il aurait peut-être mieux fait de n’en parler à personne.
13 mai 2007
Toute écriture est politique (Jim)
Ce matin je me suis réveillé avec une gueule de bois effroyable.
Le pire, c’est qu’hier, je n’ai même pas bu. Pas une goutte.
Et pourtant ils sont nombreux ceux qui ont sabré le champagne hier soir.
Nombreux, les heureux naïfs. Nombreux, place de la Concorde.
Quel paradoxe : ce sont eux qui ont bu et c’est moi qui me sens mal !
Quoique le champagne ne monte qu’à 12%. Moi, ce sont 53% qui me cognent la tête.
Je ne me sens pas coupable cependant: j’ai fait ce qui me semblait bon.
Alors, que faire ? Que faire, à part attendre ?
Attendre et espérer que ce soit moins pire que je ne le pense.
Que faire devant ce sentiment d’urgence ?
Ecrire. Oui, écrire. Seule l’écriture nous sauvera de la gueule de bois que nous sommes si nombreux à avoir ce lundi matin. Parce que personne ne nous enlèvera ce droit d’expression. Parce qu’écrire, c’est être libre. Parce qu’il est des écrits qui sauvent. Et pas que soi. Parce que seuls les écrits restent. Et surtout, surtout, écrire parce que je ne peux pas faire autrement.
Je suis descendu dans la rue ce matin. Rien n’avait changé.
J’y ai vu des sans papiers, des retraités, des sans abri, des sans emploi, des sans avenir, des sans illusions, des intermittents, des écorchés, laissés pour compte.
Ecrire pour eux, aussi.
Sur un banc, témoin d’un autre temps, un vieil homme, trop usé, presque irréel, incapable de parler distinctement. Ses yeux accusateurs semblent vouloir nous dire « vous n’avez donc aucune mémoire »
Ecrire pour lui. Et me souvenir de ce regard.