23 mai 2008
5. A l’infirmerie du 1er RCP, à Pau, en 1958 (Joe Krapov)
- Je sors du garage avec une épouvantable migraine, dit le premier.
- Je m’extirpe du remisage avec une abominable céphalalgie, dit le deuxième.
- Je débouche du parking avec un féroce mal de tête, dit le suivant.
- J’émane du parcage avec une hémialgie terrifiante, dit un autre.
- Je ripe de mon box avec une ignoble céphalée, dit le cinquième.
- I go out of the garage with a dreadful migraine, says the sixth.
- Tsss ! Je vois ce que vous avez, dit le Major.
Et le septième d’enchaîner :
- Je souhaite de la garde avec une équinoxiale milice.
Je solutionne du gangstérisme avec une épiscopale midinette.
Je serre des garennes avec un épouvantail à mirages.
Je dors dans le cirage avec une épouse vendable au croquemitaine.
Je soude de la garce avec une mijaurée éprise.
Je souffle dans la garçonnière avec une militante épuisante.
Je soufflète ce garçonnet avec un millefeuille équilatéral.
Je souhaite du gardénal avec un millésime équidistant.
Je souille ce gardénia avec du millet équatorial.
Je soûle la gardeuse d’oies avec du mimosa équitable.
Je soulève la garde-robe avec un mimétisme équivalent.
Je…
- Tsss ! Stop, dit le Major. Je prescris de l’aspirine pour les six premiers. Et
vous là, le mariole, le deuxième classe Perec, vous me ferez quatre jours !
- Vous me fagoterez un quarteron de joujoux.
Vous me fabriquerez des petits quinquins joufflus.
Vous me fantasmerez des queues de jouvenceaux !
Vous…
- Tsss ! Plus sept !
09 mai 2008
Le retour de l’ombre béjaune (Joe Krapov)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, Peter Schlemilh avait à nouveau une ombre !
Elle s’étalait devant lui, muette mais joyeuse, dansante sur le mur, difforme, lui faisant un bras plus gros que l’autre, lui rendant une part étrange de lui-même, une vérité perdue et par bonheur, ce jour, retrouvée. Qu’avait-elle bien pu vivre, l’ombre, pendant tout ce temps fou où elle avait été propriété du Diable ? Elle ne le lui dirait jamais.
Quelles folies ne commet-on pas dans sa jeunesse ! On veut être beau, on veut être riche, on veut être aimé et on est prêt à tout, même au pire, pour y parvenir. Et on l’accomplit ! Quelle bêtise !
Mais c’était terminé maintenant. Au loin derrière lui sa honte d’homme riche mais haï de tous car sans ombre ! Abandonnée, la bourse de Fortunatus dont chaque écu dépensé était aussitôt, par magie noire, remplacé ! Terminé le risque de perdre à jamais son âme ! Disparu le vil tentateur !
Peter avancerait désormais en anachorète, souriant au désert devant les roses des sables ; il se constituerait un herbier avec les petits bonheurs du jour, il se ferait un monde d’un caillou ramassé dans la Vallée des rois ; un feu de joie naîtrait du renard rencontré, il apprivoiserait les pyramides, jouirait des fleurs et des fjords, s’enivrerait du Iénisséï et de l’Amour, croirait aux contes et aux poèmes de partout. N’avait-il pas d’ailleurs aux pieds les fameuses bottes de sept lieues ?
Il reviendrait aux sources et prierait la triade thébaine : Mout «la mère», Amon «le caché» et Khonsou «le voyageur ». De ce premier qui fut pour moitié du chagrin et du second où il devint aux deux tiers vermisseau, de cette vie, la sienne, en forme de charade, il bâtirait un temple à l’autre dieu, Montou, qui l’avait soutenu pour battre le Malin.
La vraie vie commençait. Il n’y a pas d’âge pour être aussi sage que Saint-Antoine. Le soleil dispensait une lumière éclatante. Son ombre retrouvée lui montrait le Chemin.
25 avril 2008
03. Clerc de Lune (Joe Krapov)
Ma très chère et très belle amante,
Cela fait quinze ans cette année que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Pourtant, tel Tamino devant le médaillon de Pamina, j’étais déjà d’avance le petit esclave subjugué qui attend sur la rive le retour du bateau où tu fais promenade. Ton image m’avait envoûté.
Cela fait quinze ans que je t’aime fidèlement alors que toi tu te donnes et t’abandonnes à tous. Et cet amour que j’ai pour toi s’en accommode cependant, de ce partage. C’est que tu es superbe, généreuse, immense. Dans le labyrinthe de ton âme, nul Minotaure ne fait danger. Dans les méandres de ton cœur nulle noyade n’est permise : Aragon et Musset iront se rhabiller. Tu dispenses la joie et l’émerveillement, la surprise, la fièvre et la sérénité comme fait toute femme pour celui qu’elle a choisi d’honorer.
C’est un bonheur pour moi d’être dans tes faveurs, d’avoir droit de monter dans ta barque et de glisser au fil de l’eau, au fil du temps parmi tes charmes fous, tes trésors si nombreux que ni moi ni personne ne pouvons nous les approprier. Peut-être reviendrai-je bientôt, à l’heure du bal, te voir masquée, parée de tes plus beaux atours, entourée de tes amants endimanchés, enfiévrés et folâtres, ivres de tes musiques, de ton vin et de tes sourires ?
Mais je préfère à tes habits de fête, comme à la Lune, tes quartiers les plus secrets, tes mers de tranquillité et les puits de silence où parfois tu t’enfermes. Tu es alors l’indicible et puissant mystère des amours qu’on bâtit humblement sur le sable et qui durent des millénaires en brillant.
Tu es cet océan de calme et de beauté qui manque tant à nos vies agitées. Tu es la mère des civilisations, la source des félicités à qui on promet sans même prévenir l’éternel retour. Encore que prévenir, ce n’est pas compliqué. Il suffirait que tu me laisses ton numéro de portable si tu voulais que je t’appelle, Venise !
14 avril 2008
14. Chinoiseries (Joe Krapov)
- Il faut absolument que je pense à te raconter la dernière de Gosier-Darmagnac!
- Maman ! Tes histoires de boulot, tu sais bien que ça me barbe ! Pfff ! Et
pourquoi on s’est mises dans ce coin, je ne peux même pas zyeuter le mignon
petit Chinois à gapette d’ici. Et je vais sentir la frite tout l’après-midi !
- Son retour en grâce n’aura pas duré longtemps à celui-là ! Le voilà de nouveau
tricard à cause de la femme du Président !
- Ah bon ? Vous avez des histoires de cul, maintenant, au turbin ?
- C’est lui qui était chargé de suivre la vente aux enchères. Mais que je
t’explique. Les péchés de jeunesse, on en a tous commis. L’épouse du PDG a posé
nue, jadis, et cette photo était à vendre au plus offrant à New-York. Le
Président qui préfère désormais le frac aux frasques a chargé Gosier de faire
disparaître les traces discrètement.
- Et alors ? Avec de la thune, ça se règle facilement, ce genre d’histoires, non
?
- Bien sûr, sauf que ça nous coûte 181000 $ !
- Elle était si bien roulée que ça, sa mémère, à ton boss ?
- Pas trop non, mais surtout, c’est pas sa mémère, Julie ! Gosier s’est trompé
de lot ! Il a acheté le portrait d’une pin-up des années 60 ! Tu ne dois pas la
connaître : Gigitte Bardot ! Eh bien ça a bardé, je te prie de croire !
Le serveur vient livrer leur commande.
- Merci garçon ! Bon appétit ma fille !
Elles attaquent en silence le contenu de leur assiette. Pendant ce temps le
portable du jeune Chinois sonne.
- Allô ? Oui, Tonton… Très bien, comme sur des roulettes… 91000… Allô, Tonton ?
Pourquoi tu tousses ? Si si, 91000. Non, c’est pas cher, mais pour moi ça les
vaut pas. Toute nue, toute maigre, la fille a l’air de sortir d’un camp de
rééducation, elle a les pieds en dedans… Oui, j’ai bien dit les pieds… Oui,
toute nue aussi… La moue ? Est-ce qu’elle fait la moue, pas la guêpe ?... Avedon
? Non, c’était pas marqué Avedon. C’est signé Comte… Comment ça le compte est
pas bon ? Tu dis ? Je me serais trompé de lot ? Allô, Tonton ? Pourquoi tu
tousses plus ?
28 mars 2008
5. Premiers symptômes (Joe Krapov)
C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Je suis de plus en plus de moins en moins au top. Ces petits riens qui me chagrinent, ce mortel ennui dans le rocking-chair sont le signe que je ne ferai pas long feu, qu’il se prépare un meurtre à l’extincteur, la fin d’une vie en partie perdue. Quand je regarde par hasard et pas rasé mon reflet dans la glace, je ne vois plus que les papillons noirs de mon negative blues.
C’est chez Max, coiffeur pour hommes, que j’ai commencé ma dépression au-dessus du jardin des amours perdues. Le merlan dégoisait :
- Des laids, des laids ! Dieu que les hommes sont méchantes ! Elles vous promettent un Mickey maousse, on se dit «pas mal, pas mal du tout !», on attend des machins choses de première et puis quand tu t’y mets, qu’est-ce ? Pamela Popo au Fouquet’s ? Zigzig avec toi chez la queen ? Non ! Des vents, des pets, des poums ! L’amour à la papa ! Et le lendemain, baille baille Samantha, souviens-toi de m’oublier ! Voilà, Ecce homo ! Je vous fais une friction, monsieur Sokolov ? ».
En sortant de chez Max, j’ai poussé jusqu’au Père-Lachaise. Là-bas, c’est naturel, il y a des arbres, de l’herbe tendre, jeunes femmes et vieux messieurs s’y côtoient calmement : des cadavres exquis ! Sait-on jamais où va une femme quand elle vous quitte ? Sous le soleil, exactement à mi-distance de Branly et de Desproges, ici gît Lola Rastaquouère, mon épouse. Je l’entends :
- Eh oui vieille canaille ! Un jour comme un autre, toi mourir aussi ! »
Alors à la saison des pluies, dans la nuit d’octobre, j’ai eu la nostalgie, camarade. Je suis retourné voir mon lieu de labeur. J’ai pris la ligne 11 jusqu’à l’avant-dernière station. Quelques pas sur le quai, j’y suis : c’est bien ici que je faisais des trous dans les billets. Je te le fiche, mon billet, ma pauvre Lola, que maintenant c’est moi qui suis bon pour le trou !
Quand mon 6.35 me fait les yeux doux, je tire. J’arrive, mon Amour ! Je t’apporte des lilas !
09 mars 2008
10. Petits échos d'une grande entreprise (Joe Krapov)
- Dis donc, Lefrançois, ça veut dire quoi ce retour en grâce de Gosier-Darmagnac ?
- Ah, c’est vrai que tu reviens de congés, toi !
- Je croyais qu’on allait le virer de la boîte et voilà qu’il est devenu le nouveau bras droit du patron !
- On ne t’a pas raconté alors ? Accroche-toi, c’est compliqué. Tu te souviens qu’il avait sorti des valises d’argent liquide, avec l’aval de la direction.
- Quand il s’est fait toper, cet idiot-là n’avait même pas un alibi solide.
- Pas la peine. Gosier n’a commis aucun délit. Il a juste acheté pour 19 millions d’euros de mannequins féminins. Ca n’est pas interdit par la loi.
- Mais enfin, c’est ridicule. On vend des vêtements ici ! Il fallait porter plainte, lui intenter un procès : il y a dévoiement. Cet argent, tout le monde sait bien que c’était pour… Pour…
- Allez, dis-le, personne n’écoute !
- Pour arroser les partis politiques !
- Eh bien sans doute qu’il est un peu sourd ou qu’il n’a pas bien entendu ! Lui a compris «s’arroger des Barbies érotiques».
- Non ? Mais c’est nul ! Il fallait le virer, lui dire : « Casse-toi, pauvre Gascon ! »
- Ah bon, il est Gascon, Darmagnac ? Je ne savais pas. On ne pouvait pas.
- Etre Gascon ?
- Non, le virer. A cause du parachute.
- Le parachute ?
- Le parachute doré : 1 million et demi d’euros !
- Bigre ! Alors ?
- Alors, il a pris un savon mémorable. Le P.D.G. l’a menacé de le muter à la tête de notre branche cagoules à Calvi !
- Non ?
- A Calvi, si ! C’est alors que Gosier a eu une idée de génie. Il a proposé qu’on découpe son parachute doré et qu’on en fasse des maillots de bain pour les mannequins.
- Pour quoi faire ?
- Pour en faire des top-models de balcon ! On s’est reconvertis ! On en vend des tonnes maintenant, partout, surtout en Chine ! 1 milliard de Chinois, autant d’euros de bénef sur ce coup ! Remballe ton tribunal !
- Mais pourquoi les Chinois achètent-ils des top-models de balcon ?
- Ca leur sert de nain de jardin ! Tu vois, ton idée de porter plainte, c’est comme ça qu’on perd un procès !
22 février 2008
6. Une promesse (Joe Krapov)
Il n’en a parlé à personne, il a juste envoyé un mèl et voilà que ces idiots de journalistes l’ont intercepté et publié dans leurs torchons. Etre le plus grand général du Mexique, de nos jours, c’est s’exposer à de drôles de guerres ! Mais, aussi, pourquoi a-t-il écrit :
« Si tou réviens, io annoulé tout !
Io déviendra comme ouné toutou
Entre tes bras,
Oun chihuaha !
Io né séra plous exizeant, outrazeant ni latransizeant.
Io n’ira plous à la confesse ni à la messe.
Io té donnéra dé l’arzent
Même si pour oune homme c’est gabézie
Qué d’avoir oune dépensière inconsciente au lozis.
Io né portéra plous dé tocante tocarde chère
Qué quand io la nettoye avec ma Karchère
Ellé né marché plous et io dois rachéter oune.
Si tou réviens io annoule tout :
Io arrêtéra d’avoir oune idée chaqué zour et qué c’est chaqué fois oune
mauvaise.
Io né féra plous lé pois sauteur dou Mexique.
Io né féra plous nada.
Io m’allonchéra sour lé sol
Avec lé sombrero sour lé nez en guise de parasol
Mais qué yé gardera les Ray Ban en dessous
Qué lé soleil ici il tape comme ouné maboul.
Réviens quérida mia !
On oublie tout
Sous lé soleil de Mexico
On dévient fou
Au son des rythmes tropicaux !
Réviens et tou séras touzours
Lé paradis dé mon coeur
Et dé mon amour !
Réviens qué sinon io mé noie dans ouné verre dé téquila !» ?
Pauvre général Castagnétas ! Tout le Mexique se rit de lui. Et lui maintenant a la haine de ces charognards de journalistes.
- Qué io l’a vou beaucoup des Mexicains, mais rarémenté des mecs si cons ! » dit-il à Teobaldo Martinez, son ordonnance.
Avec ça, sa chérie n’a même pas répondu.
La prochaine fois, il enverra juste un SMS.
09 février 2008
8. Loreille et Lardu pompiers (Joe Krapov)
J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et j’ai noté: «Intervention du 7-02-08 »
Nous autres, pompiers de Bonneuil, devons tout consigner là-dedans.
- Roule moins vite, Stan, il n’y a pas le feu au lac !
- Ah bon ? Alors qu’allons-nous éteindre ?
- Il semble qu’il s’agisse d’ardeurs intérieures. Nous allons chez une dame qui a des frelons dans la culotte !
- Ah, mais je la connais ! Elle habite sur Internet, à cette adresse :
http://www.hamburg1video.de/video/iLyROoaftjXL.html
- Pas du tout ! Bien que descendant d’aristocrates…
- Par la porte de derrière?
- Elle habite un pavillon dans un hameau qui s’appelle Lalanterne. Nous y voici justement !
«Avons sonné à l’adresse indiquée. Un petit monsieur énervé nous a dit qu’il n’achèterait pas notre calendrier parce que sa caisse était vide. Après explications, il s’est avéré que nous avions été appelés chez ce M.
Legrincheux par un de ses voisins acariâtre et farceur. Nous nous sommes donc rendus chez ce
M. Chicorac au château de Judchic. Le portail en était bouclé par des chaînes abracadabrantesques et deux cadenas. Nous avons appelé. Un vieux monsieur s’est penché à la fenêtre du premier et nous a hurlé :
- Allez vous en ! Je vois bien que vous êtes des juges d’instruction déguisés en pompiers ! Pschitt ! Du balai ! Je ne vous ouvrirai pas ! Chat-Bite, je suis perché !»
J’ai refermé mon cahier rouge et l’ai remis dans mon grand sac. Sur le chemin du retour, j’ai demandé à Stan:
- A qui envoie-t-on la facture de l’intervention ?
- Si c’est pour des frelons dans la culotte, pourquoi pas à l’affreux Loth du lac Huron ?
- Le freux con dans la roulotte ?
- Ou alors au frelon à perruque chez Alice de l’autre côté du miroir ?
Devant l’ineptie de ses réponses, comme on approchait du hameau des 2000 signes, je me remis à mes mots croisés. Je souffris beaucoup avec ces deux définitions-là : «hyménoptère eusocial de la famille des Vespidés» et «Tu as froid au cul si tu l’ôtes».
26 janvier 2008
08. Ton portrait tout kraché (Joe Krapov)
Mes bien chers frères,
Mes bien chères sœurs,
Nos airs sévères
Et sans saveur
D’austères
Pasteurs
Sont un mystère
Pour le lecteur
Et atterrent
Le spectateur.
Pourquoi donc tirons-nous la tronche ?
Serait-ce un cadavre qui jonche
Le sol glacé de notre temple ?
Est-ce la mort qui nous contemple ?
Pourquoi cet aspect funèbre
Et ces gueules de ténèbre
Quand nous pourrions comme hier
Entonner un vaste chœur,
Mêler nos paroles plurielles
Pour de joyeuses ritournelles,
Joindre le débonnaire
Au bonheur,
Chanter des airs
Pendant des heures ?
Eh bien c’est qu’aujourd’hui, misère,
Le chant n’a plus l’heur
De nous plaire :
Nous sommes écrasés de stupeur.
La cotation boursière
A ses côtés farceurs
Et c’est nous qui sommes marrons,
C’est nous qui sommes les dindons :
Nous avons essuyé cette nuit sous la lune
Un joli revers de fortune.
Lorsque coule le camembert
Plus moyen de faire son beurre !
On éprouve douleur aux molaires
Quand on découvre son malheur.
Il suffit d’un courtier délétère
Ou gaffeur
Pour que le cabinet d’affaires
Ne soit plus qu’un lieu où affleurent
Toute la tristesse d’Orphée revenant des Enfers,
Le chant de la terre de Mahler,
Hamlet en noir au cimetière
D’Elseneur.
Nous sommes cinq spéculateurs
Que leur enfui pécule atterre,
Nous sommes cinq boursicoteurs
Qui avons besoin d’un cautère,
J’en ai bien peur,
Mon père !
11 janvier 2008
5. Loreille, Lardu et Cornes d’auroch (Joe Krapov)
- J'ai bien fait le tour de la question, Stan. Les amoureux du Nil, ce ne sera
pas nous.
- Mais… de qui parles-tu, Oliver ? Je ne suis pas celui que tu crois !
- Je parle de ma fiancée et de moi, idiot ! Je voulais lui faire la surprise. Il
y avait un voyage en Egypte à gagner si on répondait à une seule question du
grand jeu-concours de la revue « Circonstances ».
- Et quelle était-elle ?
- J’ai bien fait le tour de la question, Stan. C’était très dur. Ecoute : «Un
escargot escalade un mur de 4 m. de haut. Le jour il grimpe 2 m. La nuit il
redescend d’un mètre. Il part vendredi matin. Quand arrive-t-il en haut du mur ?"
- Effectivement. Il y a peut-être un piège, Oliver. Les escargots sont
hermaphrodites !
- Ah bon ? J’ignorais. J’ai réfléchi toute la semaine sans rien trouver. Alors
jeudi j’ai acheté un escargot à l’animalerie. Cornes d’Auroch, il s’appelait. Le
lendemain je suis allé dans le jardin de ma fiancée et je l’ai mis au pied du
mur.
- Mais, Oliver, ce n’est pas un maçon !
- Non, Stan, c’est un colimaçon. Au début tout marchait bien. Au bout de ses
deux mètres en fin de journée, il est redescendu. Et puis samedi matin, alors
qu’il avait négocié tout seul son virage de remontée, Paf ! L’accident bête !
- Disqualifié pour excès de vitesse !
- Non. Souviens-toi, il faisait très beau samedi matin. Ma fiancée à ouvert ses
volets. En plein sur Cornes d’Auroch !
- Ca a fait baisser sa moyenne ?
- Tu es vraiment stupide, Stan. Sans coquille, ça ne marche plus. Ce n’est plus
un escargot, c’est une limace. Ca fausse tout.
Un temps.
- Mais toi, Oliver, tu es assez idiot aussi. Rappelle-moi, c’est quoi le métier
de ta fiancée ?
- Elle est prof de maths, pourquoi ?
Un autre temps.
- Console-toi, Oliver, jouer les amoureux sur le Nil, c’est très surfait
maintenant.
Il jette une poignée de terre sur le trou qu’il vient de reboucher. Ils se
signent. Le vent se lève. Deux feuilles mortes viennent assister à l’enterrement
de l’escargot.