30 mai 2008
25. Compression ( kloelle)
Je
sors du garage avec une épouvantable migraine. Le ciel est gris, un
gris souris qui pourrait donner à croire que nous sommes en fin de
journée. Le gris est une couleur parfaite pour les fins de jour, pour
les fins de vie aussi. Je retourne à la maison sans me presser, à pied,
comme je suis venu. J’espère que j’ai laissé la fenêtre ouverte. C’est
pas grand chose mais je vais avoir besoin d’un filet d’air, d’une
évaporation des odeurs familières.Le type
du garage a été bien. Il m’a tout expliqué. Moi je ne l’ai même pas
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10 mai 2008
Le bruit ( Kloelle)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai réussi à pleurer. L’infâme a retenu mes larmes jusqu’ici. Une forme d’inertie froide. D’ailleurs, mon corps transpire cette humeur languide depuis des semaines. Depuis le jour où c’est arrivé. Mais il me refuse les larmes. Il y a cette voix qui résonne dans ma tête et qui me crie : Les larmes c’est pour les douleurs nobles !Elle n’est peut être pas noble ma douleur mais elle me déchire jusqu’à des territoires de mon corps dont j’ignorais l’existence, elle me déforme, creuse des... [Lire la suite]
21 avril 2008
40. Peter ( Kloelle)
Il faut absolument que je pense à ne pas grandir.Regarde-les, têtes plongées dans leurs assiettes, pensées phagocytées par le quotidien. Sur la terrasse le soleil danse dans le sautillement des corps qui passent mais ils ne tourneront pas la tête pour le voir.J’aimerais que maman demande à ce vieux monsieur aux cheveux blancs si ses frites sont bonnes, s’il a ses habitudes ici. J’aimerais proposer au jeune homme de nous lire un passage du livre qui absorbe toute son attention, mais si je le fais elle trépignera et ses yeux rouleront... [Lire la suite]
02 mars 2008
42. Intermède (Kloelle)
Il n'en a parlé à personne. Jamais. C'était l'été, une fin de journée orageuse en fragile équilibre entre pluie et lumière, un intervalle prisonnier d'une clarté laiteuse et aérienne. Un vent vif avait décroché la corde à linge et elles étaient étendues, à peine froissées sur l'herbe humide. Clara et Albertine étaient encore sur les routes, alors il s'était approché pour les ramasser. Son regard avait caressé le tissu jaune, si souple, si léger avec ses petites dentelles finement crochetées. Il avait rapidement porté le jupon contre... [Lire la suite]
16 janvier 2008
27. La dormeuse. ( Kloelle)
J’ai
bien fait le tour de la question, en marchant lentement, sans perdre
l’équilibre et en évitant les rognures rugueuses que tu as laissées sur
le sol de notre chambre. La question est assise sur le fauteuil en
osier, je la regarde furtivement, à l’oblique, tout en continuant à
tourner. J’avais toujours cru que tu raffolais de cette chauffeuse,
sans doute était-ce l’éclat de tes yeux le jour où je l’avais posée le
long de notre lit, peut être également le souvenir de tes cheveux bruns
déployés sur son dossier alors que tu... [Lire la suite]
07 décembre 2007
26. Bocal (Kloelle)
Il te regarde toi, toi et encore toi .Trois reflets bariolés, d’effarantes crinolines dentelées et te voilà pleine de ses attentions: la préférée, l’aimée.Je t’observe te gorger de contentement et enfler d’arrogance à en frôler l’explosion.J’enrage, je peste, je m’asphyxie !J’aimais tellement ma vie avant ton arrivée.Mais, crois moi, foi de sang froid, l’histoire s’arrête là.Mes charmantes voltiges, mes danses endiablées le long des nymphéas, bientôt attireront le féroce regard.Il plongera la patte et ses griffes larderont tes... [Lire la suite]
22 novembre 2007
27_Talons aiguilles (Kloelle)
Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, je ne mets jamais les bonnes chaussures, comprenez : celles que j’aime. Pourtant, chaque jour, mes placards se ferment sur les escarpins les plus raffinés qui soient. Depuis toujours, j’aime passionnément les chaussures. Je les achète avec frénésie, gourmandise, bonheur. Les hauts talons fragiles, tellement féminins, les petites brides délicates, les ornements perlés et les boucles élégantes : à chaque fois c’est un véritable coup de foudre. Je les achète sans même les essayer, juste... [Lire la suite]
04 novembre 2007
D'une croquignole à un boudoir (Kloelle)
Tante Babette prit une profonde inspiration, ferma les yeux et soupira d’aise.
Voilà une année qu’elle attendait ce moment alors elle allait prendre son temps,
remonter doucement les vitrines, laisser les formes et les couleurs lui caresser
les prunelles, se gorger du flot bouillonnant des odeurs puis attendre ce moment
rare où la salive viendrait titiller le bout de sa langue et l’envie envahir son
corps tout entier.
Monsieur Raymond avait de nombreuses clientes, des
clientes quotidiennes, avenantes, dépensières mais... [Lire la suite]
22 octobre 2007
17. Vertigo. ( Kloelle)
Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !J’aimerais
croire que j’ai un autre choix que celui de plonger dans cette bouche
humaine mais ce rendez-vous est important alors je me glisse, je me
fraye dans le reflux des corps qui vont et viennent au rythme indolent
des rames.Je n’ai pas fait deux mètres que déjà mon bras droit
se perd entre le dos trapu d’un ouvrier chauffagiste et le sac vintage
d’une petite demoiselle aux cheveux trop bien lissés. J’ai cette
étrange impression de perdre les limites de mon corps,... [Lire la suite]
08 octobre 2007
Son enfance ( Kloelle)
- L’été, le mûrier offrait ses baies pourprées aux merles égarés….Tu te souviens ?
- Dans mes souvenirs nous étions les merles égarés…..Mais continue, j’aime ta manière de rendre le commun ravissant.
- Voyons Paul, nous y avons été heureux.
- Heureux… Comment peux-tu dire ça, Clara, nous y avons manqué de tout.
- Regarde, elle étendait le linge là, entre les deux arbres. Ses draps avaient une délicate odeur de lavande. Petite, je me cachais derrière, tout contre, et je collais mon visage dans leur blancheur à peine humide... [Lire la suite]
