Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

26 avril 2008

06. Corps et âme (Lukeria)

Mon tendre amour,

Qu’il fut long et difficile le chemin de l’un vers l’autre, semé d’écueils et de souffrances. Pour parvenir à la Joie.

Cette joie, nous l’avons partagée et rien ni personne ne pourra nous la reprendre. Elle donne un sens à tant d’années traversées ensemble, si repliés sur nous-mêmes, prisonniers de nos fragilités.

Un soir, le temps s’est arrêté. A tout ce qui n’était pas Toi.

Vaincre le désert, j’ai osé marcher pleine de confiance vers un mirage avec cette foi qu’il n’en serait pas un, parce que le moment de croire était venu, telle une évidence. Comme un miracle d’un Dieu bienveillant qui m’habitait depuis toujours, mais qui ne se serait pas encore révélé.

Tu es venu à moi qui t’espérais depuis si longtemps.

Dans la pénombre de la chambre, je t’ai regardé et vu pour la première fois en pleine lumière, cette lumière intérieure qui t’habitait et enveloppait tout mon être.

Nous étions seuls au monde, le monde en cet instant s’était effacé à tout ce qui n’était pas Toi.

Nos corps nus se touchaient, mais ce n’était pas le désir qui me portait, j’étais tellement au-delà, tellement plus loin… A l’écoute de nos âmes qui se parlaient. Je comprenais tout ce que le terme communion recelait de divin. Le divin était en Toi. Nous nous abandonnions entièrement l’un à l’autre comme une suprême offrande.

Cette nuit ne ressemblera à aucune autre… Tu m’as chuchoté tant de mots enfouis depuis si longtemps, puis vint dans un souffle le mot « amour », je me sentais aussi tellement pleine d’amour, pas de cet amour fait de besoin et d’attente, qui enferme, mais un amour pur, détaché de tout, un amour si rare que je restais éblouie de le découvrir avec Toi.

En me perdant si loin et profondément dans ton regard, je t’approchais au plus près de Toi et touchais alors à l’infini.

Nous avons échangé tant de sourires, qui exprimaient la béatitude dans laquelle nous étions plongés.

La musique se faisait partition de tous ces degrés d’émotions que nous ressentions. Et parfois, nous serrant plus fort, les yeux dans les yeux, nous l’accompagnions en chantonnant, pour laisser s’épancher l’allégresse de ces instants magiques.

Mon corps était fluide, qui glissait contre le tien dans le grand lit, harmonie nos bras qui enlaçaient et caressaient, comme deux nageurs de haut niveau qui ne feraient qu’un avec l’élément quand ils atteignent enfin la perfection. La grâce et le bonheur étaient notre élément.

Ces longues heures que j’aurais voulu retenir à jamais m’ont paru si brèves, et si pauvre cette tentative de les restituer.

Peut-on vraiment avec des mots rendre compte de la félicité ?

Posté par _Sammy_ à 11:10 - Lukeria - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 février 2008

33. Délivrance (Lukeria)

J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, que j’avais enfoui un jour au fond de l’armoire. Enterrer ma part d’ombre. Reniement.

J’ai mis de la musique douce, puis j’ai disposé un bouquet de fleurs jaunes dans un vase, fermé les volets, fait brûler de l’encens, allumé les bougies disséminées dans la chambre et je me suis allongée sur le lit. Cérémonieusement.

J’ai ouvert le cahier et j’ai osé regarder en face la noirceur de mes mots, page après page jusqu’à la dernière. Résolument.

Je suis revenue au début, j’ai de nouveau parcouru plus lentement toutes ces lignes sombres. Et j’y ai découvert ça et là des parcelles de lumière que je n’avais pas perçues à première lecture, je les ai recueillies. Précieusement.

J’ai pu alors déverrouiller mon cœur, la lumière m’a pénétrée, par petites touches, jusqu’à ce qu’elle m’inonde. Embrasement.

J’ai levé les yeux et j’ai enfin pu me voir pour la première fois dans le miroir, telle que j’étais. Entièrement.

Posté par pivoineblanche7 à 22:53 - Lukeria - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2006

Amnésie (Lukeria)

« Je crois bien que j'ai attrapé un coup de soleil. » C’est ce que j’avais dit à ma mère d’une petite voix enfantine. Je me souviens de sa main légère et caressante sur mon front brûlant. De ses bras dorés me soulevant pour m’installer délicatement sur le fauteuil en velours rouge, de son sourire et de ses derniers mots apaisants : « …juste se reposer et tout sera oublié. »

Je me suis endormie. Un très long sommeil.

Repos, oubli. Oubli, repos. Ces mots résonnent dans ma tête, comme une petite musique lancinante. 

Je me sens si lasse. Ouvrir les yeux lentement. Une vaste pièce vide. Seul un grand miroir sur le mur en face qui me renvoie mon image. Est-ce moi cette vieille femme maigre et voûtée, posée comme une poupée de chiffon sur un fauteuil rouge, et affublée d’une ridicule robe à fleurs de petite fille ? Je contemple incrédule mes mains ridées, dont l’une tient un minuscule pied blanc et lisse, tout ce qui me reste de mon enfance.

Où ma vie s’est-elle enfuie ? Refermer les yeux lentement. Comme maman me l’avait conseillé. Repos, oubli. Repos éternel.

Posté par Coumarine à 17:30 - Lukeria - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2006

Impasses (Lukeria)

Je reste là, pétrifiée, à l'endroit où, en quelques mots définitifs, il m'a déposée.

Tant d'années où mes pas se fondaient dans l'ombre de ses pas… À me perdre souvent dans ses silences. Un seul de ses sourires pour me retrouver.

Il était mon chemin de campagne. Ensemble, nous avons traversé toutes les saisons : des printemps verdoyants pleins de promesses, des étés enlacés embrasés, des automnes empreints de nostalgie, mais aussi des hivers trop blancs et glacés où je me recroquevillais dans l'attente des beaux jours retrouvés.

L'hiver vient de s'installer durablement. Le temps s'est figé.

Je regarde ces routes trop planes et vides qui s'ouvrent devant moi. Il m'a coupé l'herbe sous le pied. À perte de vue, du bitume, rien que du bitume. Je perds pied ! Il m'a statufiée.

Je reste là, pétrifiée, à l'endroit où, en quelques mots définitifs, il m'a déposée.

Serai-je un jour capable d'avancer ? Si long et douloureux ce temps avant d'atteindre ce jour où je pourrai me distancier et penser : c'est son problème, plus le mien.

Posté par Coumarine à 16:59 - Lukeria - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 novembre 2006

Abîme (Lukeria)

Un matin d’automne. À peine sortie d’un sommeil tourmenté, elle se traîne devant la fenêtre, qu’elle ouvre en grand. Une profonde brume recouvre le paysage et vient envelopper tout son être comme un linceul. Elle y voit un signe, le moment de la délivrance est venu. Un triste sourire, ultime adieu à sa sombre existence.

Face au miroir, elle prend le deuil de sa vie, contemple une dernière fois l’image floue de celle qui bientôt ne sera plus, frêle silhouette noire sur laquelle flotte, comme un long ruban de soie, l’or pâle de sa chevelure.

Elle se rend là-bas. Elle gravit les escaliers si hauts, pour elle si petite, luttant contre le vent qui menace à chaque instant de la précipiter dans le vide, elle ne veut pas subir, mais choisir le moment de sa disparition.

Peu avant le sommet, elle s’agenouille sur une marche froide et indifférente comme la mort qui tout en bas l’appelle, et frissonne. Elle ne prie pas, il y a bien longtemps que Dieu l’a abandonnée. Ses cheveux volent et semblent vouloir la précéder dans ce grand élan vers l’abîme. Elle se sent prise de vertige. À ses pieds, comme des fantômes, les collines rient et dansent une macabre sarabande. Elle pose ses deux mains à plat sur la pierre glacée, essayant de maîtriser les battements désordonnés de son cœur. Quelque chose palpite donc encore tout au fond d’elle ?

Laisser le calme revenir et prêter l’oreille à cette petite musique intérieure qui lentement s’élève et lui murmure de regarder au-delà, tout ce que les nuages, telle une immense pieuvre, tentent de lui dissimuler. Elle ferme les yeux et voit. Des collines embrasées sous les rayons du soleil, douces et ardentes comme l’étreinte d’un homme aimant. Des jardins multicolores et parfumés où voltigent, insouciants, des papillons moirés. Elle tend ses mains dans un muet appel. Rester parmi eux dans le ciel, ne pas s’écraser. Elle rouvre les yeux et, tout au loin, aperçoit la mer, grise et démontée. Pourtant, c’est là qu’elle veut aller. S’asseoir sur les rochers et attendre… attendre que vienne cette heure bleue où l’eau comme son cœur seront apaisés. Alors seulement elle pourra partir vers le large, rejoindre son île, son « il ».

Si elle apprivoise sa peur et parvient à redescendre, c’est décidé, elle vivra centenaire !

Posté par patitouille à 17:00 - Lukeria - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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