Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

14 mai 2008

Entrechats. (madeleinedeproust)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps j’ai tombé le masque.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps j’ai mis bas le grand chapeau derrière lequel je me cachais depuis des années.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps l’ombre chinoise sur le mur a l’air joyeux. On dirait même qu’elle esquisse quelques entrechats en arrière-plan.
Plus de doutes, plus d’angoisses, plus de comédie du tout va bien, plus de sourires forcés et contraints.
Finies les contraintes de la bonne éducation, finies les règles de la société à laquelle il convient de se plier.
A moi la liberté !
Liberté d’agir comme bon me semble,
Liberté de faire ce que je veux, quand je veux,
Liberté de me lever quand l’envie m’en prend,
Liberté de me coucher aussi tard que je le veux,
Liberté d’aller où le vent me porte,
Liberté de suivre qui je veux , où je veux, quand je veux
Ce matin, pour la première fois j’ai volé avec les oiseaux dans le firmament
Ce matin, pour la première et dernière  fois, je suis morte.
Morte à une vie morne et terne.
Morte à une vie triste.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps je suis née.
Née à la vie.

Posté par patitouille à 17:00 - Madeleinedeproust - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2008

04. Faire-part (madeleinedeproust)

Esperanza,

Voilà maintenant des mois que je n’ai pas de tes nouvelles. J’ai attendu, en vain. J’ai guetté le facteur, en vain. Désormais je n’attends plus. Je sais que tu ne m’écriras pas. Je crois aussi savoir pourquoi tu as ainsi coupé les ponts. Il te faisait peur et tu as préféré fuir.

Pourtant cet autre qui te terrorise et t’a ainsi transformée en autruche était un être formidable.

Oui, il était différent, mais cette différence était source perpétuelle d’enrichissement.

Oui, il allait mourir, c’était inéluctable et il le savait.

Toi quand une grippe te terrasse tu mets des semaines à t’en relever, tu en parles pendant des mois. Tu aurais vaincu l’Everest, tu n’en tirerais pas plus grande fierté.

Lui pouvait compter en mois le temps qu’il lui restait à vivre et plutôt que de se lamenter ou de se replier sur lui-même il croquait la vie à pleines dents.

Là où tu aurais été amorphe et résignée, il était actif et souriant. Il savourait chaque instant : la beauté d’un soleil couchant, la luminosité grise d’un petit matin pluvieux, le rire d’un enfant…

Il fourmillait de projets et jamais ne se plaignait de ne pouvoir les réaliser. Au contraire, il accueillait avec d’autant plus de reconnaissance ceux qu’il pouvait réaliser, aussi petits fussent-ils. Tu vois, un soir, après sa séance à l’hôpital, il avait souhaité aller admirer son amandier en fleurs, au fond du jardin. Le trajet avait été long, il avait dû marquer de nombreuses pauses. Pas une plainte, pas une remarque. Son expédition au fond du jardin s’est faite dans la plus totale simplicité. Une véritable leçon de courage et d’humilité.

Il m’a obligé à reconsidérer ma propre vision du monde, à m’interroger sur moi-même, à mettre mes actes et mes pensées en perspective.

Il m’a interdit, tacitement, tout apitoiement sur moi-même ou sur lui-même.

Grâce à lui chaque jour j’avance un peu plus. Il m’apprend à profiter de la vie.

Son sourire s’impose à moi, même en son absence, et m’aide. Je sais que ce sourire sera toujours avec moi.

Tu vois, il t’effrayait. L’autre, l’étranger, le différent te fait fuir. Tu as peur du mal qu’il pourrait te faire. Mais as-tu pensé à tout ce qu’il pourrait t’apporter ?

L’autre gagne toujours à être connu.

Crois-moi, tu m’évitais pour ne plus le voir, pour ne pas savoir ce qui se passait, pour ne pas voir, jour après jour, sa lente déchéance physique ; et en agissant ainsi tu t’es fermée une multitude de portes.

Tu pourrais tellement apprendre de l’autre.

Sais-tu qu’il était capable de rester silencieux des heures durant sans que l’atmosphère n’en soit alourdie ? Même son silence était source d’enseignement.

Comme je te connais bien je te vois hausser les épaules et lever au ciel des yeux exaspérés. Non, ce n’était pas un saint ! Bien sûr, comme tout le monde, il était pétri de défauts. Son exigence envers lui-même le rendait terriblement dur envers autrui, jusqu’à en être injuste parfois. Il savait être pontifiant à l’excès et pouvait plonger dans l’égocentrisme avec une réelle facilité. Il pouvait ignorer l’autre jusqu’au mépris.

Je ne vais pas me lancer dans un inventaire à la Prévert. Ce n’était pas le but de cette lettre.

J’ai pris ma plume simplement pour te dire que je comprenais ton silence et que je ne t’en voulais pas. Tu l’auras sans doute compris en lisant les lignes précédentes, il est mort. On l’a enterré hier après-midi.

Je pense que mon courrier t’aura surprise, voire dérangée. Finalement moi aussi je suis l’autre et en tant que telle moi aussi je te fais peur. J’espère seulement que ma lettre t’aura ouvert quelques portes et que mon petit éloge de cet autre que tu détestais et fuyait tant t’amènera peut-être à reprendre contact avec moi, ou d’autres.

Au plaisir de te lire bientôt.

Bien à toi.

Posté par _Sammy_ à 16:00 - Madeleinedeproust - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 avril 2008

29. La machine à penser (madeleinedeproust)

Il faut absolument que je pense à ramener à la bibliothèque les deux livres que j’ai finis hier au soir. Sinon je ne pourrai plus en emprunter pendant trois semaines. Et les examens approchent , je ne peux pas me permettre de me retrouver interdit de prêt.

Il faut absolument que je pense à envoyer une petite carte à ma grand-mère. Je suis la seule famille qui lui reste, elle attend mes cartes avec impatience et avec ces examens qui approchent ça doit bien faire deux semaines que je ne lui ai pas donné de nouvelles.

Il faut absolument que je pense à consulter mon compte en banque. Ma bourse d’étudiant n’était pas arrivé la dernière fois que j’ai consulté mes comptes et la situation commence à véritablement devenir critique. Je n’aurais pas dû m’installer à ce café pour déjeuner, ce n’était pas raisonnable.

Il faut absolument que je pense à me coucher un peu moins tard. Je dois dormir un minimum si je veux réussir mes examens. Et je dois réussir mes examens, mon avenir et celui de ma grand-mère en dépend. Si j’ai ces examens, j’aurai du travail et je pourrai enfin la faire se soigner correctement.

Il faut absolument que je pense à finir au plus vite ce livre.

Il faut absolument que je pense à….

Il faut absolument que je pense à…

Il faut absolument que j’arrête de penser, ma tête va éclater, ma casquette me serre les tempes, un jour elle va voler en éclats elle aussi…

Posté par Coumarine à 09:24 - Madeleinedeproust - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 mars 2008

16. Pourquoi ? (madeleinedeproust)

C’est étrange depuis que je ne travaille plus je me sens de plus en plus fatigué. Pourtant je devrais être en pleine forme. Mais je n’arrive pas à me défaire de certaines habitudes, ou plus exactement certains rituels me manquent. La cohue matinale dans les couloirs du métro, cette foule d’anonymes aux visages chiffonnés par une nuit plus ou moins courte, plus ou moins bonne. Le grondement de la rame qui s’avance au fond du tunnel. Ce mouvement imperceptible que son arrivée déclenche dans la masse de travailleurs agglutinés sur le quai. Le bruit sec des portières se refermant, les soupirs des uns, les agacements des autres. Le calme soudain qui s’abat sur le quai après que le flot des voyageurs s’est engouffré dans les tristes wagons aux vitres taguées et rayées. Les affiches publicitaires qui défilent sous mes yeux, l’ordre immuable des différentes stations, rassurant… combien de fois me suis-je plaint de la fatigue de ces trajets journaliers, du temps perdu dans les transports en commun ?! Pendant des années j’ai aspiré au repos, à la tranquillité d’une retraite bien méritée. M’y voilà, désormais je suis au calme, bien à l’abri dans une grande pièce blanche et aseptisée. Une dame en blanc vient me rendre visite deux à trois fois par jour, parfois un grand monsieur à l’air sombre l’accompagne. Je devrais peut-être leur demander pourquoi depuis que je ne travaille plus je me sens de plus en plus fatigué. Après tout, ils sont médecins, ils pourront sans doute me répondre…

Posté par Vertumne à 11:30 - Madeleinedeproust - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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