10 mai 2008
Ombres (Mimik)
Ce
matin pour la première fois depuis longtemps, le soleil s’est invité
dans mon cœur. Depuis ma fenêtre, j’ai vu sur le mur d’en face des
ombres qui n’étaient pas inquiétantes; elles me paraissaient même
attirantes dans leur farandole comme de joyeux fantômes faisant
tournoyer leurs boulets; ces ombres me faisaient signe, et j’ai senti
leur invitation à me joindre à elles, à balancer moi aussi mes chaînes
et boulets...
- Ne lâche pas ton lest, me dit une voix grinçante, ça te donne un poids et une épaisseur rassurantes, ça t’ancre au sol, ça te maintient dans la réalité…
- Oui mais ça te plombe, répondirent les ombres, allez, sors de ta prison, viens donc danser avec nous !
Le
soleil fit un clin d’œil et disparut derrière un nuage ; les ombres
s’effacèrent, le mur redevint gris… « A bientôt ! » me surpris-je à
murmurer…
Je sortis de mon appartement et me dirigeai vers la bouche
de métro pour me mêler à toutes ces tristes ombres muettes se rendant à
leur travail, puis je fis demi-tour et partis flâner sur les quais.
20 avril 2008
39. A quoi penses-tu? (Mimik)
Il faut absolument que je pense à prendre un rendez-vous chez l’ophtalmo, mes lunettes ne sont plus adaptées; j’ai bien repéré qu’on me regardait de là-haut mais je n’arrive pas à distinguer la personne ni ce qu’elle trafique; d’ailleurs est-ce vraiment moi qu’on regarde? Je n’aime pas trop çà… J’ai l’impression d’être sur une scène de théâtre… Etre vue sans voir, quel drôle de ressenti, ça donne le trac… Pourtant j’aimerais tant monter sur une scène! Non, je ne rêve pas de jouer à la star comme toutes ces gamines qui bavent devant leur poste de télévision; j’adore chanter, ça me met en transe… Je voudrais juste sentir vibrer ma voix et partager cette vibration avec un auditoire…
--A quoi penses-tu ?
--Hein ? Oh, à rien, je pensais juste qu’il fallait que je prenne rapidement un rendez-vous chez l’ophtalmo!
07 avril 2008
35. Très sollicitée (Mimik)
C’est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatiguée…Il faut dire que je suis très sollicitée…
Et Babette qui vient de m’appeler pour m’inviter à son anniversaire vendredi…Une fête à Babette, je ne peux pas la louper, on va chanter et danser jusqu’au petit matin, je sens que ça va me défouler!
Tiens, c’est quand le vernissage de Juliette ? C’est vraiment chouette ce qu’elle fait ; ah, voilà son carton d’invitation ; zut, le même soir ! Tant pis, je passerai juste y faire un petit tour, elle comprendra…
Oh ! Mais il ne faut pas que j’oublie, j’ai autre chose de prévu! Mariette, cette bonne vieille copine, m’a invitée chez elle à la montagne ; au programme, randonnée, bonne petite bouffe, causette au coin du feu et nuit au calme dans son chalet : la vraie détente dont j’ai besoin ! Bon, ça va, pas de problème, je la préviens que j’arriverai plus tard que prévu, elle comprendra ; elle me proposera même de rester un ou deux jours de plus, j’en suis sûre…
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que quelque chose cloche…Au fait, le week-end de remise en forme d’Eliette, c’est quand déjà ?...Elle m’avait demandé si je pouvais garder son gamin…Voyons voir…Aïe, c’est bien ce que je craignais…Et je ne peux pas quand même pas faire faux bond à ma fille, elle ne comprendrait pas la pauvrette : après son divorce, elle a vraiment besoin de se ressourcer, entre un travail stressant, des trajets interminables dans des rames bondées et le petit qui est devenu complètement infernal…
Tout à coup, là, je me sens vraiment très fatiguée…
11 mars 2008
15. C’est pro (Mimik)
Si rompue à tous les succès,
Cette belle dans son corset
Ses fanfreluches et lacets,
Interprétant tous ses versets
De sa jolie voix de fausset,
Réussit à avoir accès
Au cœur de ce vieil Ecossais,
Aux ficelles de son gousset.
Mais très vite elle se lassait
Et bien vil projet caressait;
L’encourageant dans ses excès
Dans la tombe elle le poussait.
Or,voilà qu’après son décès
Survenu en plein quai d’Orsay
Suite à un très mauvais abcès,
Un pauvre écrivaillon français
Jamais publié chez Grasset,
Petit rimailleur de tercets
A silhouette de basset
Raide comme un passe-lacet,
De sa famille apparaissait
Et réclamations adressait;
Au panier fut mis son placet:
C’est ainsi qu’on perd un procès.
24 février 2008
14. Muet (Mimik)
Il n’en a parlé à personne
de cette vie qu’on lui fait mener
comme un vrai cloitré
à regarder dehors les enfants jouer,
les oiseaux sautiller.
Il n’en a parlé à personne
de cette même sinistre pâtée
qu’il doit ingurgiter
journée après journée
jusqu’à la nausée.
Il n’en a parlé à personne
de tous ces coups de pieds
quand il venait réclamer
la chaleur d’un oreiller,
juste un peu d’amitié.
Il n’a pu en parler à personne
alors il s’est vengé
il a tout renversé
et puis il s’est sauvé
quand le maitre est rentré…
Le chat.
15 février 2008
30. Léger pincement (Mimik)
J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac ; assise au bord de la rivière, j’ai commencé à en lire la première page, puis je l’ai déchirée, je l’ai pliée en bateau et je l’ai posée sur l’eau. J’ai fait de même avec chaque page, méthodiquement, regardant s’éloigner petit à petit le convoi, l’imaginant rejoindre la mer... Lorsque le dernier bateau eut disparu de ma vue, je repris mon cahier et j’écrivis cette dernière page : « J’ai enfin trouvé la clé du cadenas ; les chaînes sont tombées, la grille est ouverte. »
Cette phrase résonnait encore dans ma tête lorsque je m’éveillai ; puis me revinrent le cahier rouge, les bateaux, la mer... Je me levai et allai prendre ma douche, avec au coeur ce léger pincement de liberté retrouvée.
28 janvier 2008
16. Franchement (Mimik)
Mes bien chers frères…Non mais, voilà maintenant qu’il prend son air mielleux en jouant au curé de la paroisse ! Quelle mascarade ! Ces temps derniers, il ne nous tenait pas du tout, mais alors, pas du tout le même discours !
Qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère… je savais bien que je n’aurais jamais dû accepter ce poste, mais voilà, j’étais sur le carreau…
Quand même, tout çà pour répondre aux caprices de ce petit monsieur ! Je n’ai pas pu me défiler, avec lui il faut se méfier… Ce qui me console c’est que tout le monde fait une tête d’enterrement, ça lui apprendra...
Franchement, quelle idée d’inviter ses collaborateurs à son mariage avec sa saltimbanque…