Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

09 mai 2008

Matin (Noisette)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je m'éveille sans douleur, sans crispation, sans angoisse. Je ne suis plus ce corps fardeau. Je flotte. Dépouillée. Libre. Entière dans une béatitude divine. Enfin Moi.
Une douce lumière d'amour me caresse et m'enveloppe. Je la ressens sans la sentir. Je la pressens sans la voir. Les odeurs se font souvenirs. Les sons s'estompent. Je suis bulle de savon qui s'envole par la fenêtre ouverte.

Eux, s'amusant à faire voler leurs cartables, passent en courant le long du grand mur.

Moi, jamais plus, je n'y laisserai mon ombre galoper.

Posté par patitouille à 09:30 - Noisette - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 avril 2008

3O. Mea culpa (Noisette)

Il faut absolument que je pense à leur dire que c’est moi qui suis coupable, que vraiment j’ai pas pu résister, que c’était plus fort que moi. Une pulsion qui me prend souvent et je peux pas m’en défaire.

Il faut dire qu’elles l’avaient cherché aussi ! Me mettre çà sous le nez toute la matinée c’est pas Dieu possible ! Et puis 4 heures de bureau çà peut être vraiment long…Quand j’y repense : si bien moulé, un parfum enveloppant à damner un saint et cette petite touche de rose tendre, tendre à croquer. Hum mm…çà y est, çà me reprend !

Il faut vraiment que je pense à dire à Juliette et Valérie que c’est moi qui ai décapité leur lapin en chocolat et m’en suis empiffrée juste avant le déjeuner.

Posté par Coumarine à 17:26 - Noisette - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2008

28. Faire comme si… (Noisette)

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Depuis ce licenciement me voilà fantôme dans ma propre vie. Je déambule du canapé au fauteuil, de la cuisine au salon comme un pauvre hère. Alors hier j’ai décidé de réagir. J’ai remis mon réveil à 6h39 et décidé de faire comme si…

Et ce matin j’ai sauté dans la douche, taillé ma barbe, pris mon café-biscottes le regard rivé sur la montre comme au temps d’avant - ah ! je me sens déjà revivre – et j’ai attrapé ma veste d’alors où traîne encore des relents de steak-frites – bon, là je fabule un peu  –

Ma main a retrouvé le chemin de cette bonne vieille mallette et j’ai dévalé les escaliers. J’ai toujours détesté les ascenseurs.

J’ai respiré le grand bol d’un air froid à réveiller les morts et pris ma démarche la plus assurée. J’ai remis mes pas dans mes pas – 25 ans de pas, çà en fait combien déjà ? – avant que la bouche de métro familière ne m’accueille.

En passant je prends les Echos.

-  « Tiens, longtemps qu’on vous avait pas vu M’sieur ! »

Ah ! Quel bonheur de retrouver la petite dose d’adrénaline du retard toujours possible ! Sur le fil, j’ai toujours été sur le fil, et j’ai adoré cela. En toutes circonstances, le stress comme moteur, les jolies stagiaires comme carburant. Jusqu’au jour maudit où l’une d’elles a osé mettre en lumière mes manières de scélérat avec pertes et fracas pour moi !

Sur le quai, juste avant de rentrer dans la rame, ce cuisant souvenir vient me gifler et mon pas reste en suspend, un pied levé…

Posté par Vertumne à 17:00 - Noisette - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2008

7. Anonyme (Noisette)

Il n’en a parlé à personne. Il avait honte.

Pourtant la journée avait bien commencé. Il s’était rendu à la ville de bon matin. Avait mis son plus beau costume, sa cravate à pois. Sa mèche toujours rebelle ? Il l’avait domptée à coup de gomina. Son appréhension ? Il avait su la cacher au fond de sa poche. Il se sentait léger en allant à ce premier rendez-vous. Rendez-vous galant. Le petit banc derrière la grotte, près de la statue de Ste Bernadette, avait-elle écrit.

Ah ! Il se souviendrait longtemps de ce petit mot glissé dans sa boite aux lettres, lui le garde-barrière solitaire. Une lettre anonyme, rien que cela ! Une écriture ronde et féminine, qui lui racontait la messe du dimanche, l’église coupée en deux : la droite pour les hommes, la gauche pour les femmes. Une lettre qui racontait les longues homélies à le regarder, à espérer un regard qui ne venait jamais. Et pour cause, il osait à peine les deviner, toutes ces femmes avec leurs robes si sages et pourtant si charmeuses. Laquelle avait bien pu avoir eu l’audace de signer « Ta femme » ?

Il en était à l’énumération d’une liste de prénoms lorsqu’il la vit… les bras lui en tombèrent. Comme dans un miroir, il reconnut le bleu de ses yeux dans la couleur des siens. Elle sortait de chez le ferblantier, cet homme de si mauvaise réputation, cet impénitent coureur de jupons. Elle sortait par la porte de derrière et, à n’en pas douter, elle ne souhaitait pas être vue.
Quoi, sa propre mère !!

Posté par patitouille à 17:30 - Noisette - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 février 2008

20. Tout est rouge (Noisette)

J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac ; ce sac informe qui tenait en équilibre instable sur le petit porte-bagages de mon vélo et dont le tendeur n’arrivait pas toujours à contenir l’envie de fuir et de s’étaler de tout son long sur la chaussée, à ma grande confusion. Je devenais alors rouge, de cette couleur cramoisie que je haïssais autant que celle coquelicot de ce cahier.

Ce cahier pas besoin de l’ouvrir ; je savais exactement ce qu’il contenait. Rien que d’y penser ma gorge se serrait et mon cœur accélérait sa mécanique. Qu’allait dire Maman à la vue de tout ce rouge ?

Je l’entendais déjà tempêter, me dire que ce n’était pas possible de faire autant de fautes d’orthographe ! Qu’allait penser l’institutrice ? Quelle honte pour moi ! Et surtout quelle honte pour elle ! Un zéro en dictée ! Ben oui, ce n’est pas si facile la langue française. Mais bien sûr, elle ne voudrait rien entendre. Des larmes me montaient aux yeux. Ce cahier j’aurais voulu le jeter aux orties, le faire disparaître d’un coup de baguette magique.

Je le tenais à la main, n’osant pas pousser la porte du bureau où je savais ma mère en train de corriger, au stylo rouge, une pile de cahiers à couverture rouge…Je tournais les talons. Nous verrons demain matin. Dans la précipitation matinale habituelle, elle signera peut-être sans trop y prêter attention.

Je suis en retard ce matin. Je pédale comme une dératée. Le cahier rouge, pas signé, dans mon sac. Passage devant la boulangerie du coin de la Grand-rue puis devant la papeterie juste avant d’aborder la rue des Roses si mal nommée. Elle me semble bien calme ce matin. Même l’école a l’air abandonné ! La grille rouillée est verrouillée par deux cadenas flambant neufs qui étincellent au soleil et m’éblouissent à un point tel que je peine à ouvrir mes yeux !!

- « Isabelle, il est l’heure de te lever » me dit Maman en ouvrant le volet.

Un soleil de premier jour d’été venait de frapper mon visage…Bientôt ce serait les vacances. Bientôt les cahiers seraient au feu qu’ils soient bleu, jaune ou rouge !

Posté par pivoineblanche7 à 18:35 - Noisette - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

29. Il n’est plus temps. (Noisette)


 

« J’ai bien fait le tour de la question. Je ne supporterai pas que tu sortes. Viens. Reste. Ne pars pas. D’ailleurs, qui a-t-il à faire ailleurs ? Cette après-midi est pour nous, est à nous. Si peu de temps, profitons-en. Oui, je sais, il fait soleil dehors. A l’intérieur aussi. Ne le vois-tu donc pas ? Il irradie pourtant. Il n’est plus temps de se laisser le temps »

 

Il s’avance vers la porte-fenêtre, l’ouvre, repousse doucement le volet. Le filet d’air tiédi d’un été encore incertain lui bondit au visage. Sa main s’arrête et hésite. Il se retourne. Il regarde cette chambre comme s’il voulait l’imprimer : la nudité des murs, le miroir au tain éteint témoin silencieux de leurs émois, le lit aux barreaux écaillés et aux draps fripés d’avoir été trop frôlés, le parquet de mauvaise facture, la chaise bancale dans ce décor banal à pleurer.

 

Il était là, au même endroit, hier. Les volets étaient mi-clos. Il revoit Edith avec sa peau magnifiée de miel par cette lumière de pénombre qu’ils aimaient tant. Il avait entendu ses mots à elle. Ceux-ci résonnent et tournent dans sa tête, encore et encore : «J’ai bien fait le tour de la question…. Ne pars pas…Il n’est plus temps de se laisser le temps » Il n’avait pas compris son ultimatum. Lasse de l’attendre, lasse de ses atermoiements, elle a déserté. Une lettre, elle a laissé, sur la chaise bancale de ce décor banal d’amour illégal.

Posté par Coumarine à 09:21 - Noisette - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 décembre 2007

Finalement c'est sûr ? (Noisette)

1 h 00 du matin. Finalement je ne suis pas si mal, lovée ainsi, en chien de fusil, les fesses bien au chaud. Un peu prisonnière quand même avec ce bras autour de ma taille. Et puis, quelle idée saugrenue d'avoir choisi ses doubles matelas qui créent un fossé au mitan du lit, un fossé où, c'est sûr, ma hanche va encore rouler et se coincer !  En réalité - comme dirait mon collègue Charles - c'était vraiment une idée de vieux couple.

Surtout ne pas bouger, surtout ne pas le réveiller. Il me dirait encore - c'est sûr - que décidément je suis vraiment accro. Matin.midi.soir. faut quand même pas pousser ! Il me dirait encore que Noisette c'est vraiment un drôle de pseudo. Lui il voyait plutôt une abréviation cabalistique comme PCPN. Impossible de me souvenir des termes exacts qu'il avait utilisés. P comme.Petit çà c'est sûr mais le reste ? Enfin il vaut mieux que je ne cherche pas plus loin ; il m'avait fait rougir ce jour là ! Encore une idée d'homme pour sûr !

Noisette.ce mot résonne en moi comme une perle d'enfance : « Cendrillon et les trois noisettes » était mon film préféré. Je l'ai vu - c'est sûr - aux moins 10 fois, souvent en période de Noël d'ailleurs. Et, lorsque je l'ai revu avec mes enfants, j'ai retrouvé le même émerveillement pour ce conte et pour ces noisettes recelant chacune un trésor pour qu'enfin la souillon se transforme en princesse, la chrysalide en papillon, le coeur frileux en coeur fiévreux.

Mais bon, c'est vraiment trop romantique pour lui tout cela. Tiens, sa main qui bouge, son souffle dans ma nuque, sa hanche qui cherche la mienne.

C'est vrai que la table de la cuisine ou, mieux encore, celle un peu vieillie du bureau serait plus indiquée. Dans une atmosphère un peu plus fraîche - c'est sûr - mais quand même mieux adaptée à ce type d'activité. Mais bon, le confort douillet d'une couette pour deux c'est quand même bien agréable aussi.

Alors, finalement, je décide quoi ? Je me lève ou je ne me lève pas pour écrire à Paroles Plurielles ?

Posté par patitouille à 09:30 - Noisette - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2007

24. On l'attend là, elle est loin (Noisette)

Frérot,

Je comprends ton envie. Moi l’aînée, celle à  la vie bien rangée, bien normale, à la grande maison emplie par des enfants, pas si adorables, mais vivants, celle estimée dans son travail, celle bien accompagnée disent-ils. Toi, ta vie est bien différente, difficile à saisir, mais tu l’as choisie ainsi ! Alors ne la renie pas. Elle est Toi. Regarde la bien en face, ne te dérobe pas, ne te perds pas dans ce dédale de convoitises.

Tu sembles solitaire, voire même ermite dans tes montagnes népalaises. Tu es asocial diront certains bien pensants.  Mais tu es riche de sensations et de rencontres. Riche d’avoir osé aller vers tes désirs malgré le prix à payer.

Va, marche, vois, sens, ressens, apprécie, entends et remplis-toi de ce monde afin d’en ramener des brins à ces misérables prisonniers d’images.

Nat

Posté par pivoineblanche7 à 17:54 - Noisette - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1