Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

28 mai 2008

16. Trahison (Kaliuccia)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine.
Ce matin, pourtant, j’allais bien. J’ai déposé Mathilde à l’école et puis j’ai décidé de retrouver Paul. J’aime le surprendre.
Les poupées dansent paisiblement dans mon champ de vision. « Papa, maman, Mathilde » chantonne la voix de ma fille dans ma tête ; trois balles de ping-pong qui rebondissent douloureusement. La lame brille, vengeresse, lorsque je coupe la cordelette reliant les poupées au rétroviseur.
Je roule vers le studio de Sophie, la trop jolie collègue de Paul. Je la soupçonne d’être la propriétaire des cheveux blonds, trop longs pour être les miens, qui rampent sur la veste de Paul ces derniers temps. Je n’attends pas longtemps. Je les vois tous les deux, insolemment heureux, tandis que la porte du garage s’ouvre lentement. Je m’y engouffre.
Ils se figent en m’apercevant. Il ouvre la bouche mais je ne lui laisse pas le temps de me mentir. Je le saisis à bras le corps et découpe méthodiquement ses membres un à un dans une rage froide. Ils tombent à mes pieds, dans un bruit mat. Chaque coup de lame lui arrache des cris un peu trop aigus et je le trouve terriblement ridicule. Le sang gicle, pas assez pour m’arrêter.
La courageuse Sophie s’extrait de la voiture pour s’enfuir. Elle a raison. Ma propre fureur m’effraie. Paul me dévisage, horrifié. Il étouffe un hoquet émétique. Son regard m’insupporte ;  j’incise chaque œil. Et je termine par la tête, tranchée net. Ne reste qu’un tronc informe que j’enfonce sauvagement dans sa bouche. Quelques brindilles pendouillent, grotesques, au bout de ses lèvres.
Une sorte d’étau commence à faire pression sur mon crâne. Mon Dieu cette migraine ! Je m’éloigne en l’entendant hurler « tu es complètement folle ! » Et je souris.
Il faudra que je soigne la plaie que je viens de me faire sur la paume. Je n’ai jamais su me servir d’un cutter ! Je suis rentrée chez moi avec deux poupées que j’ai posées sur la cheminée. Maman et Mathilde … papa n’est plus qu’un débris.

Posté par Vertumne à 11:26 - Kaliuccia - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15. Le garage (Isabel)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Céphalée du matin : chagrin ? Je choisis de la transformer en : Entrain !

Garage, c’est un bien grand mot ! Entrepôt, local, oui peut-être ! Ce « garage » est compris dans la vente de la maison, cet espace me permettra le temps des travaux, d’entreposer les cartons et peut-être d’y installer mon atelier. C’est cette odeur de poussière âpre, d’humidité prenante, qui me saisi, le salpêtre recouvre les murs, des déchets en tout genre jonchent le sol.

- Faites ce que vous voulez de toutes ces vieilleries ! je m’en fous !

L’ancienne propriétaire des lieux, n’était vraiment pas agréable, sale, les cheveux gluants, un vieux vernis écaillé sur des ongles douteux. Ses vêtements fanés avaient dû être de prix, aujourd’hui défraîchis, ils lui donnaient l’aspect d’une clocharde un peu loufoque.

Je pénétrais de nouveau dans l’antre. J’ouvris les fenêtres pour tenter de laisser entrer, lumière et courant d’air et je m’attelais à trier cet enchevêtrement d’objets au destin désormais funeste. J’étais là, depuis plusieurs heures, m’acharnant à trouver dans ce capharnaüm un semblant de logique, lorsque je délogeais sous un fatras d’immondices, une cantine. Ce n’était pas la première, mais celle-ci était plutôt petite.  Son contenu était soigneusement rangé : des boîtes de pastels, peintures, pinceaux de toutes tailles, térébenthine, fusain, pigments, spatules… J’étais aux anges, comme une enfant qui découvre un trésor, j’ouvrais une à une les boites. J’avais la sensation de rentrer dans l’intimité d’un être à part, des carnets d’esquisses, des notes à l’écriture légère et déliée, des corps nus, des ébauches de sculptures… Dans l’une des boîtes, emballées dans du papier de soie, je trouvais des petites poupées de laine, petites figurines au bras de bois, une voiture de pompiers et un lance-pierres.

Ma migraine avait disparu, et derrière l’odeur de moisissure il y avait, j’en étais sûre, comme un parfum de confitures et de pain d’épices. Ce garage, serait mon atelier !

Posté par Vertumne à 09:25 - Isabel - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2008

14. L'ennemigraine (Claire)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. J'ai pris plein les yeux de cette lumière trop vive ; j'ai pris des odeurs plein le nez, du bruit plein les oreilles. Il va falloir qu'on me raccompagne. Ma vue commence à se brouiller. Les petites poupées devant moi  deviennent floues. Je suis malade. Je sais que je n'aurai pas le temps de rentrer.
Mon crâne devient trop petit pour le sang qui y bat. Je sais que c'est une journée de perdue. Une journée à ne pas vivre, une journée volée à ma vie,  une journée volée à mes enfants. Une journée à ne pas travailler, j'avais pourtant prévu de mignonnes poupées pour l'animation. Une journée à avoir mal à la tête, à ressentir tous mes muscles qui vont tétaniser les uns après les autres, à ne plus pouvoir parler. Une journée à me demander si je deviens folle et si je retrouverais l'usage de mon corps. Une journée de folie, de douleurs, de frustration, de désespoir.
Il me faut mon lit, il me faut du noir, il me faut dormir.
Et le jour où je me présenterai devant celui qui est aux cieux, avant qu'il ne me dise bonjour, je lui dirai : " pourquoi ? "

Posté par Vertumne à 11:24 - Claire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13. Jeux entre filles (Cameron)

« Je sors du garage avec une épouvantable migraine ». C’est tout ce qu’il a trouvé à dire. Franchement, vous y croyez, vous ?

D’abord, on n’a pas visé la tête une seule fois. C’est vrai, on avait dit pas dans les parties vitales, au cas où ça marcherait pour de vrai. Sauf que ça marche pas, la preuve est faite. Tout ce qu’il a, c’est la migraine. Comme d’habitude.

Mais je ne comprends pas, le mode d’emploi était pourtant clair. On a oublié quelque chose ? On s’est trompé dans les ingrédients ?

Et puis, arrêtez un peu de me crier dessus, d’accord ? C’était pas mon idée. Moi, je voulais juste qu’on s’en aille en lui fichant la paix. Y’avait rien de plus simple que de claquer la porte, non ? Alors, vos histoires de poupée vaudou, elles commencent à nettement m ‘énerver.

Parce que si ça avait été autre chose qu’une simple migraine, vous y avez réfléchi ? Je veux dire, si on lui avait vraiment fait du mal ? Non, d’accord, je n’y crois pas, à la magie noire, mais quand même, et l’équilibre des forces, vous en faites quoi ?
C’est ça, ricanez. N’empêche que c’est à moi d’aller vérifier s’il respire encore. Ben, vous savez quoi, vos trois petites poupées, là, je les emporte avec moi. Fini de jouer, maintenant. Ou alors, choisissez une autre cible, parce que je ris pas du tout, mais alors pas du tout, de voir mon propre frère se cogner la tête contre les murs. Ok, c’est un abruti. Mais c’est mon frère. Et si vous voulez le punir, faudra d’abord me passer sur le corps. En plus, franchement, j’y crois pas, moi, à la magie noire. J’y crois pas une seconde. J’y ai jamais cru. Vous pensez vraiment que j’aurais accepté de vous aider si j’y avais cru ?

Posté par Vertumne à 09:23 - Cameron - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2008

12. Marabouté (Jay)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Hier, je suis entré dans la chambre avec une horrible douleur au bras gauche. Le jour d’avant, c’est en m’allongeant sur le canapé que j’ai cru frôler la mort. C’est curieux ; ces derniers temps je suis pris de douleurs aussi soudaines que violentes, aussi insupportables qu’incompréhensibles. Le plus surprenant, c’est que ces souffrances s’arrêtent aussi net qu’elles sont apparues.

Madame, j’ai commencé le traitement. Comme prévu, ce sera progressif. La méthode est éprouvée et infaillible. Bien à vous.

La vengeance est un plat qui se mange froid. Et là je le savoure, tellement il me glace le corps, me fait frémir d’effroi. Ce que c’est bon ! Il n’a que ce qu’il mérite. Cette femme fait du bon travail. Je l’ai payée cher mais cela vaut le coup. Quel plaisir de le voir se tordre sur le canapé ! Quelle jouissance ! C’est formidable ce que fait cette magicienne : une poupée, quelques incantations, une mèche de cheveux, de l’encens et la magie opère.

Je ne sais pas ce qu’il lui a fait, mais elle lui en veut. Elle paie bien et m’appelle la magicienne quand pour tant d’autres je suis une vulgaire sorcière. Je l’aime bien, je vais accélérer le processus.

C’est de pire en pire. J’ai dû quitter le travail plus tôt que prévu et annuler mon rendez-vous avec Stéphanie : tous les os de mon index se sont cassés alors que je laçais mes chaussures. J’ai hurlé de douleur. A l’hôpital ils n’ont trouvé aucune explication à mon état. Je ne dors plus, ce qui ne semble pas troubler le sommeil de ma femme. La nuit dernière, elle a souri dans son sommeil. Ce qui me rassure, c’est qu’elle n’a pas l’air de s’être rendue compte de mes infidélités. AAAAAH… MON GENOU !

Madame, merci pour vos services. Mon mari a largement été puni pour ses écarts. Merci d’arrêter le processus au plus vite. Mon dernier versement était le dernier.

Madame, le traitement est irréversible. On ne répare pas un jouet abîmé : on achève de le casser et on le jette. Bien à vous.

Posté par Vertumne à 17:22 - Jay - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11. Fin de soirée (Doris)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine... Je viens de rentrer ma mobylette, une de ces vieilles Peugeot fox, celles que certains livreurs de pizza ont toujours ; increvables ces engins! Une fois de plus je suis rentrée sur le dos de mon fidèle destrier, un peu éméchée je dois l’avouer et avec cette satanée migraine. Je n’ai pas tellement envie de rentrer chez moi ; je suis bien dans le noir ou devrai-je dire dans le bleu. Il fait bon. C’est une nuit à rêvasser, à imaginer que le monde n’est pas ce qu’il est et que moi je ne suis pas qui je suis. C’est pas que je me déteste mais parfois on à simplement envie de savoir comment notre vie aurait été si…

Machinalement je m’assois sur le bord du trottoir. Aucun bruit dans la rue ne vient perturber mes pensées. L’un des chats du quartier se dandine en direction d’un endroit que probablement seul lui connaît.  J’ouvre mon sac pour sortir une cigarette, et je retrouve trois objets que quelqu’un m’a filé pendant la soirée. Ce sont des poupées. Pas de belles poupées, des poupées genre vaudou, ou plutôt des petites marionnettes pour spectacle raté. Elles ressemblent à des clopes toutes habillées. Elles me font penser à une ancienne famille de tziganes que j’ai vue en représentation de flamenco quand je suis allée en Andalousie. Je me suis toujours demandée ce que pouvait être leur vie. La danse et la musique depuis l’enfance, les paillettes, et la réalité. Dans ma vie à moi tout se mélange : les poupées colorées, la musique, la réalité et les paillettes. En fait je ne sais plus très bien où est la place de chaque chose. Parfois j’ai même l’impression que je ne suis moi-même que le rêve des autres. Un mirage nocturne. J’ai l’impression que ma vie ne m’appartiendra jamais, comme si j’étais l’un de ces personnages tziganes, entre les mains d’une jeune névrosée, qui à son âge roule encore en mobylette, avec quelques coups dans le nez. C’est étrange cette sensation de non liberté quoiqu’il arrive. Qu’est-ce qui me retient après tout ? A quoi suis-je enchaînée ? Peut-être à mes souvenirs, à mon passé… ou tout simplement à mes peut-être…

Je remballe, tout ça, mes cigarettes, mes poupées et mes pensées et je rentre pour décuver, il paraît que la nuit porte conseil. La migraine est toujours là mais je vais l'oublier comme les maux que m'a soufflée la nuit.

Posté par Vertumne à 15:21 - Doris - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10. Souvenir d'une désillusion (Nhan_hien)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Tous ces souvenirs enfouis en moi qui sont remontés à la surface. Tous ces cartons ouverts. Tout ce qui me rappelle l'enfance. Les guirlandes en papier crépon, confectionnées à la maternelle, pour Noël, les objets en argile qui ne ressemblent plus à rien après toutes ces années, les poèmes écrits avec cette application enfantine, les dessins sous verre avec des soleils, des fleurs, des coquillages. Et, au fond du dernier carton, ces trois poupées. Combien de temps avais-je passé à les fabriquer ? A imaginer que je les donnerais à mes trois meilleures amies? Je pensais qu'elles scelleraient notre amitié. J'ai la nausée. Je me souviens de ce jour où j'allais le faire. Où elles m'ont dit des horreurs. Où elles m'ont fait mal, ouvertement. Et où elles m'ont humiliée. Moi qui croyais encore dur comme fer en l'amitié à la vie, à la mort, à l'amour absolu et aux serments d'enfants.
Déception. Echec.
A la migraine, se sont ajoutées des larmes.
J'ai l'impression que ma tête va exploser.
Fin de l'enfance. Entrée dans le monde des grands et premières désillusions.

Posté par Vertumne à 11:20 - Nhan_hien - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

9. Hémicrânie (Antigone)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. Une migraine tenace.

J’ai pourtant déjà pris deux cachets ce matin, juste avant d’avaler, bouche crispée, mon grand bol de café. Grave erreur sans doute, une tisane aurait mieux été acceptée par mon réseau veineux en ébullition !

Une migraine à se taper la tête contre les murs, à se plonger la tête dans l’eau froide de l’étang qui jouxte la maison, à hurler dans l’air frais de cette nouvelle journée, une migraine forte à pleurer, une migraine à détester tout le monde, et moi la première, une migraine à tout envoyer promener une bonne fois pour toutes, comme je devrais le faire parfois, je crois.

Manque d’énergie, de volonté, de caractère.

Je ne suis bonne qu’à ronchonner, qu’à geindre.

Les enfants ont senti tout à l’heure, dans la voiture, sur le chemin de l’école, qu’il valait mieux ne pas piper mot aujourd’hui, juste se taire, contempler la vie par la vitre baissée, attraper son cartable, m’accorder un rapide baiser et s’envoler vers des camarades plus affables. On verra bien ce soir, si je suis d’humeur égale, alors il faudra encore une fois filer dans sa chambre, fermer sa porte, et attendre que l’orage passe.

La porte du garage grince en se rabattant, puis se referme en un claquement sec. Le son vrille mes tympans douloureux. Je contemple, immobile, ma fierté, ma belle maison aux volets verts, baignée de soleil, ses fleurs odorantes, ses massifs impeccables, son allée de cailloux, ma solitude, mon envie de disparaître, ce silence.

Je glisse mes doigts dans mes poches de manteau et en retire trois petites poupées fragiles, colorées, fabriquées de quelques bouts de ficelle et d’un peu d’espièglerie. J’ai posé l’une sur l’autre, hier au soir, les mains qui me les ont offertes. Comment s’habituer à cet évanouissement des sourires ? Je sais que cette épouvantable migraine me tiendra encore, un jour ou deux, puis qu’elle disparaîtra, progressivement, comme à chaque fois avec l’écoulement des heures. Saleté de travail !

Posté par Vertumne à 09:19 - Antigone - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mai 2008

8. Une promenade (Brigetoun)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine - je vais pouvoir me vautrer dans l’office en attendant que les pilules agissent - mais je n’ai pas de chance : Monsieur arrive avec cette démarche qu‘il a, qui montre que le temps, le manoir, la cour, le garage, tout fait partie de l’aisance de son pas, ferme, sans trop appuyer ; il traîne derrière lui trois bonshommes qui ont un air un peu étrange et minable, même pour ses amis, mais cela ne me regarde pas.
Il me fait signe. Je rentre dans le garage et je sors la voiture, la grosse. La route est pleine de soleil et Monsieur me dit que la journée est belle. Je réponds : « oui, Monsieur »
Il se tourne vers les trois autres : « il fait trop beau. Zut pour les visites. Je vous emmène à la Malaucène, qu’en dites-vous ? »
Nous arrivons à l’embranchement. Je m’arrête. Ils ne répondent pas. Monsieur rit ; il insiste : « nous pourrons nous promener dans les bois, comme chez vous ; ça vous plaira j’en suis sûr »
Le chauve (je les regarde dans le rétroviseur) répond, presque sans bouger les lèvres « comme vous voudrez.. » et puis « je vous remercie ».
Nous partons. Monsieur parle beaucoup. Et je sais qu’il doit sourire, pencher un peu la tête, faire du charme, exhiber sa décontraction heureuse. Les autres se taisent, et  doivent être aussi immobiles que des légumes parce que je n’entends aucun bruit.
La migraine s’est effacée et c’est vrai que la campagne est jolie. J’espère simplement qu’ils ne s’attarderont pas trop. J’ai rendez-vous avec des amis au café ce soir.
Un peu avant la Malaucène, Monsieur qui a fini par se taire, découragé peut-être, me parle. Je m’applique à des monosyllabes, suivis de « Monsieur », bien sûr.
Je sens qu’il n’est pas content. Je m’en moque, c’est Madame qui m’a embauché et qui me paie.

Posté par Vertumne à 11:18 - Brigetoun - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

7. Le Tombeur de Tozeur ( Amanda )

Je sors du garage avec une épouvantable migraine. L’odeur du cambouis ? La chaleur épouvantable de ce hangar en tôle ondulée ? La mine consternée du mécanicien ?
« Irréparable, irrécupérable…» prononce-t-il, en fixant d’un air navré la portière et l’aile gauche enfoncées.
« Z'aviez pas vu le car, donc ? » questionne le gugusse en salopette déchirée.
« Z'avez la baraka de vous en être tiré à si bon compte ! » martèle-t-il.

Vraiment pas besoin de ça… Le marteau est déjà dans ma tête. Il y enfonce depuis ce matin deux poupées de chiffon, une bleue, une rose. Arrivées par courrier au Club, à mon nom. Sans un mot, sans signature…
J’ai pris la jeep et foncé sur la piste ensablée, direction l’oasis de Tozeur. Depuis un an, je l’évite… Lâcheté ? Sécurité ?

C’est que ça ne rigole pas chez les Hommes Bleus, les filles, c’est sacré. Mais c’est plus fort que moi, les nanas, je les veux toutes. Pour mes copains GO, je suis le Tombeur de Tozeur ! Depuis 3 ans, j’accompagne les excursions. Je connais la Tunisie comme ma poche. Mon truc c’est de balader les GM à travers le désert. Le coup du baptême de sable ( chuter au corps à corps d’en haut d’une dune), la promenade en chameaux au coucher du soleil, un doigt de baratin : elles craquent ! Toutes…

L’été dernier, à cours de chameliers, le Club a fait appel à une tribu de passage à l’oasis. Souria, dissimulée sous les voiles a remplacé son père souffrant. Et puis, la nuit tombée, Souria s’est baignée, seule, dans l’eau tiède de l’oasis. Ses longs cheveux noirs collés au visage, sa djellabah jaune qui cachait tant bien que mal de tendres rondeurs… Et puis, je l’ai vue…
Et puis, je suis entré dans l’eau à mon tour…
Elle m’a souri, ma Shéhérazade, ma promesse de mille et une nuits…
Et puis, je suis entrée en elle, en douceur…
A l’aube, nous nous sommes endormis, épuisés, enlacés. A l’aube, les chameliers sont partis. A mon réveil, je serrais dans mes bras une poupée de chiffon… Jaune. Pareille à celles reçues ce matin.

Posté par Vertumne à 09:17 - Amanda - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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