19 mai 2008
Illusions (Kaliuccia)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas réussi à me rappeler de mon rêve. Elles ont tenu leur promesse.
D’ordinaire, je tremble encore de son souvenir et alors que j’en suis toute imprégnée, je tends la main vers mon cahier et le retranscris fidèlement d’une main fiévreuse. C’est mon psy qui m’a demandé de le faire. Il dit que ça devrait m’aider à faire la différence entre ma vie et l’illusion que j’en ai. Chaque matin, il arrache la page de mon cahier et la glisse dans mon dossier. Parfois sans même la lire.
Mais ce matin, rien. J’ai ouvert les yeux et mes souvenirs remontaient à la veille, lorsque je me suis glissée sous les draps rêches, lorsqu’ils ont coupé la lumière et que les ombres ont commencé à danser sur les murs blancs.
Je lui ai dit pourtant, à mon psy, que les ombres n’arrivaient qu’à ce moment là, que s’ils me laissaient la lumière, elles resteraient terrées dans un coin et ne viendraient pas me torturer. Ce sont elles qui m’ont poussée à commettre l’irréparable. Elles arrivent en glissant sur les murs comme des serpents, chapeaux de fête et longues vestes, elles s’étirent comme si elles sortaient d’un long sommeil, elles sont affamées, elles ricanent, elles me parlent, elles hantent mes nuits et les transforment en cauchemar.
Hier soir, elles m’ont glissé dans l’oreille ce que je devais faire pour ne plus laisser mon psy fouiller mon esprit. Elles ont peur qu’il finisse par les trouver. Elles ne veulent pas le rencontrer.
Il y a ce superbe coupe papier sur son bureau, elles m’ont dit comment faire.
Elles me laisseront en paix après ça, elles me l’ont juré. Elles retourneront dans leur monde et ne viendront plus briser le mien. C’est pour ça qu’elles m’ont laissée dormir cette nuit, d’un sommeil sans rêves pour me montrer ce que serait ma vie si je leur obéissais.
Je vais le faire, je ne veux pas sombrer dans la folie avec elles pour seules compagnes.
Mai 68 en 2008 (Charlotte)
"Ce matin, pour la première fois depuis longtemps..."
J’ai envoyé tout promener derrière moi : mon passé antérieur d’amoureuse frustrée, mon passé simple de blessures d’enfant, et mon présent composé de cafard et solitude qui, avec les années, devient infernal à gérer.
J’ai viré cette ombre pesante, cette ombre de mon ombre qui campait partout où je posais mes pieds traînants de vieille célibataire grise et voûtée.
J’ai tout balancé pardessus moi et j’ai craché sur cette tombe enterrée une bonne fois.
Je me suis retrouvée droite, debout, presque malgré moi.
Vivre enfin en pleine lumière, nue et vulnérable à la fois, me montrer telle que je suis vraiment avec mes hauts sentiments et mes bas inconscients.
J’ai enlevé mes lunettes noires et j’ai mis mes yeux à bronzer.
Mon regard en a changé complètement.
Le soleil passait là où avant, il était interdit d’entrée.
J’ai jeté aux orties mon soutien gorge qui me retenait étouffée. Mes seins en ont gonflé de fierté et de liberté retrouvée.
J’ai alors respiré bruyamment.
C ’est à cet instant précis que le voisin m’a regardée autrement.
Il m’a dit en riant :
-« Eh bien mademoiselle Charlotte, voilà du nouveau ! On s’émancipe ? On fait son petit mai 68 à présent ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire ce qu’on a à faire sur terre et qu’on n’a pas encore fait ! »
Là, j’ai été piquée au vif de la fesse et je me suis ruée sur lui comme une lionne affamée.
Vous pouvez me croire : nous nous sommes dévorés ! Quel festin !
Il a apprécié et moi je reconnais que c’était si bon que si c’était à refaire, je recommencerais demain et après demain.
Voilà comment ma nouvelle histoire a démarré …sur les chapeaux de roue d’un futur auquel j’ai enfin osé croire.
17 mai 2008
Sale journée (Boucle d'Or)
Ce matin pour la première fois depuis longtemps, je ne voyais plus les couleurs. Tiens donc pensais-je, que se passe-t-il encore ? Péniblement je tâte mon abdomen, euh mon ventre, pas de poils. Mon museau, pas de crocs. Mon diagnostique est formel, cette fois je ne me suis pas métamorphosé en chien.
Je me frotte les yeux, la pénible déformation est toujours là. Je sors de la maison sous un intense soleil gris, je m’attarde un peu dans la contemplation de nuages de la même couleur. Je bute dans une bouche à incendie noire, que j’insulte copieusement devant l’œil atterré des passants.
J’arrive au boulot, et oh surprise, pour une fois je ne me sens pas agressé par les cravates criardes de mon chef. Finalement ça a aussi du bon de voir en noir et blanc. Je vois le monde comme à travers un vieux film de Chaplin, je m’habitue.
Ah oui, il faut que je vous dise,il y a dix ans, j’ai eu le malheur de rencontrer un Korrigan, juste comme ça, par hasard. Depuis il m’arrive toutes sortes d’aventures un peu bizarres, ça ne dure jamais très longtemps mais c’est chaque fois très divertissant. Il faut bien avouer qu’il a beaucoup d’imagination, mais je ne comprends pas bien pourquoi il s’acharne ainsi sur moi. Tout ça parce qu’en le croisant au détour d’une rue, j’ai eu le malheur de rire en percevant sa tignasse rousse ébouriffée et ses oreilles en pointe…
Le voici justement qui se présente devant moi, il est plutôt hilare de m’avoir joué ce vilain tour. Je suis le seul à le voir, c’est bien pénible. Que va-t-il encore inventer ?
Sale journée en perspective.
Debout (Eponae)
Ce matin pour la première fois depuis longtemps je me suis mise debout. Cela faisait un mois que j'attendais ce matin. C'était mon objectif absolu depuis que le médecin avait prescrit un mois d'alitement strict, le temps que ma double fracture de la colonne ne se consolide.
Un mois allongée, ça fait
beaucoup de temps pour réfléchir. La situation me semblait assez irréelle. Heureuse
de m'en sortir à si bon compte, je me sentais totalement impuissante,
dépendante, fragile. Mes bras et jambes gesticulaient en permanence comme pour
compenser.
Il me vint alors à l'esprit,
l'image d'un nouveau né, vociférant et agitant frénétiquement ses membres.
J'étais une voix et du mouvement dans l'immobilisme.
Le parallèle n'était pas si
stupide, n'étais-je pas retournée dans le giron familial. Auprès de ma mère qui
s'occupait de me nourrir, me laver, non pas de me changer mais m'assistait
lorsqu'il le fallait. Veillant toujours à portée de voix.
Pour être honnête, mon objectif
ce sont les toilettes. Ca peut paraître ridicule… pourtant perdre cette
autonomie ce fut la chose la plus traumatisante. Une fois l'humiliation
dépassée, il reste quand même la gêne et surtout la frustration.
Quand on grandit il y trois
étapes fondamentales : parler, marcher et la propreté. J'en avais perdu
deux sur trois et aujourd'hui je compte bien faire d'une pierre un coup.
Je suis surexcitée. Ma mère est à
côté de moi qui veille à ce que je ne grille pas les étapes. Je souris car elle
est là, à nouveau, pour mes premiers pas.
D'abord s'asseoir et rester sage
quinze minutes le temps de vaincre les vertiges et ressentir mon dos. Enfin, je
me met debout et vacille, il me faut réapprendre l'équilibre. J'avance pas après
pas, je longe le couloir et dépasse les toilettes, attirée par autre chose.
La lueur du soleil sur la
terrasse, la chaleur sur ma peau et à mes pieds mon ombre qui danse pour moi.
J'ai la tête qui tourne, mes muscles amoindris par l'immobilité me font
souffrir, je découvre que la voûte plantaire peut être saisie de plusieurs
crampes en même temps. Mon corps me fait mal pour se rappeler à moi, je suis
là, je me dresse face au soleil et je suis si heureuse.
16 mai 2008
Ce matin... (Mifa)
ce matin
pour la première fois depuis longtemps,
depuis jamais,
sous le
ciel qui ne pèse plus comme un couvercle
elle ouvre une porte
touche du
regard cet arbre qui rumine au bout du jardin
lève la tête vers les feuilles
pleureuses
gravier mouillé
s'étonne de l'unique papillon, deux pétales
marbrés, posé sur
cette tige du lilas d'Espagne
que le vent pousse comme
une balançoire
ce matin
pour la première fois depuis
longtemps,
depuis jamais,
la terre n'est plus charbon ardent
elle pose
un, deux pieds dans l'allée
le merle dit beaucoup de choses
mais le chien
n'entend pas, fouillant les herbes,
humant la terre
fraîche, la
terre,
mais pas trop fraîche, peut-être plus jamais
de ce froid qui tue
la chair
ce matin
pour la première fois depuis longtemps,
depuis
jamais,
elle est sortie pour n'être qu'elle
quoi que ce soit d'être
soi
ni terre ni chien ni lilas mauve d'Espagne ni ce papillon jaune
couché
sur les tiges par le vent qui monte de la vallée
pieds nus, elle est
sortie
pour la première fois ce matin,
pour la première fois
sous le
ciel qui ne pèse plus comme un couvercle
Chapeau bas (Cameron)
Ce matin, pour la première fois
depuis longtemps, la pluie ne m’a pas blessée. Ni le tonnerre, si lointain
qu’on eut dit la lamentation de quelque dieu oublié des hommes, ni la vague
lueur persistante du soleil, au-delà des nuages. Ni mon propre souffle trop
court.
Ce matin, pour la première fois
depuis longtemps, ton ombre m’a saluée d’un coup de chapeau.
Je l’avais esquissée de mémoire,
ton ombre, reflet du souvenir sur le mur de nos deux vies. Et ce matin, pour la
première fois depuis longtemps, elle m’a souri. Et l’espace d’un instant, tu as
été là, de chair et de sang emplissant ton ombre, de chair et de sang me
regardant. Comme autrefois.
Mais je n’avais pas de chapeau à retirer, moi, pas même en
imagination. Je suis simplement passée devant toi, les yeux clos sur le
souvenir, et il m’aurait suffi je pense de tendre l’oreille pour réveiller ton
rire, et il m’aurait suffi j’en suis sûre de retenir mon souffle pour te rendre
le tien. Je suis simplement passée devant toi.
Peut-être qu’après mon départ, ton ombre a remis son chapeau. Peut-être qu’en réalité, elle continue à saluer tous ceux qui la frôlent. Je n’ai pas eu envie de me retourner pour vérifier ce matin. Car j’emportais avec moi l’écho de ton rire, et c’était la première fois depuis bien longtemps.
ce matin, le soleil... (Alain d'A)
" Ce matin,
pour la première fois
depuis longtemps
le soleil
avait décidé de ne pas se lever
et
de s'offrir une petite grasse matinée,
tout simplement...
Hum !
Que c'est bon...
Et puis,
personne n'est irremplaçable, non ?
Allez,
encore un petit café,
et
je me rendors... "
15 mai 2008
Je suis entré dans la ronde... (Lorraine)
Ce matin pour la première fois depuis longtemps, je me suis réveillé en sachant où j’étais. J’avais un vague sentiment de souffrance, qui ressemblait à un souvenir . Je voyais des ombres qui dansaient en lançant loin des cartables , et il me semble qu’elles chantaient. Des ombres ne chantent pas, d’habitude. Mais c’était l’ombre des profs qui envoyaient les cahiers au feu et les étudiants au milieu. Ils en avaient ras le bol, ras la casquette, et moi aussi.
Alors, je suis entré dans la ronde, comme les autres j’ai crié « A bas le système ! A bas l’école ! A bas les jeunes » » je n’en pouvais plus de crier. J’étais emporté, tourbillonnant, dans la ronde infernale. Certains collègues restaient en dehors, ils faisaient des gestes de conciliation mais Julie, Adrien, Chantal et Pierre et aussi Fabian, et aussi Bernadette, continuaient à chanter « les cahiers au feu et les jeunes au milieu ». C’était drôle d’envoyer nos serviettes d’enseignants dans le ruisseau, de hurler comme le font les 5ème
professionnelles dans la cour de récréation. Que dis-je ? Crier ? Gueuler ! Oui, j’ai gueulé. Je m’en suis donné à cœur joie. Tout est sorti. La colère, l’indignation, l’incompréhension, la revendication, la supplication, tout ce qu’on ressent sans rien dire, et qui nous étouffe.
Et puis, plus rien. Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me réveille dans un lit d’hôpital. Il paraît que j’étais dans le coma. Il paraît que j’au reçu une pierre sur la tête, lancée par François, le meneur de la classe. Il m’a visé, il ne m’a pas raté. Depuis combien de temps, Mademoiselle ? Trois semaines, vous dites trois semaines ? je pourrai sortir quand ? On ne sait pas ? Pourquoi ? On ignore comment je fonctionne ? On pense que peut-être je devrai démissionner ? C’est quoi, cette embrouille ?..
Je le sais, au fond de moi. Les profs ne peuvent pas se rebeller. Les profs n’ont pas le droit de... Et les jeunes ils ont le droit, eux ?...
I had a dream (Jay)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti léger.
J’ai aimé me réveiller. Voir le monde dans sa beauté. Les guerres avaient cessé de gronder, la terre fini de trembler, les pluies d’inonder, le soleil de brûler, les hommes de tuer.
Esclavage, corruption, attentats, expulsions, dictatures, explosions…
Endigués ! Abolis ! Oubliés ! Finis ! Renversés ! Enterrés ! A jamais.
Dans la rue, les gens s’embrassaient, dansaient, se lançaient dans des rondes improbables.
Mon cœur battait, vibrait, criait. Que dis-je, criait ?
Il hurlait. Mon bonheur éclatait. Oui, John Lennon avait eu raison d’imaginer. C’était arrivé.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, avant de me réveiller, j’ai rêvé.
69… consigne érotique ! (Rsylvie)
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai ressenti comme un penchant tout particulier envers la feuille de mon "blog d’écriture". La pâleur de son teint, semblable à l’ivoire de cette perle que tu portes quelque fois au cou, m’a troublé les sens.
Moi d’habitude si pudique, j’aspire à cet instant de bonheur où, les mots savamment orchestrés, se marient entre eux pour former une harmonie que l’on appelle romance.
Je me surprends à rêver au stylo qui, d’un geste, d’un trait mal à droit, vient caresser la page blanche, pour l’inonder de bleu. Semblable à tes yeux, quand ils me disent encore.
J’espère la violence de l’idée qui se fait obsession. Comme d’un geste je retire cette armure, qui me ceint la taille.
J’envie la plume qui, méthodiquement, place les mots ça et là vers le texte. Comme moi, je pose les mains sur ton corps, quand il s’offre à moi.
J’aspire à cet instant magique, où l’on ne voit plus que la représentation artistique des phrases, qui se mêlent les unes aux autres. Pareille à notre image après l’amour, endormis dans les bras l’un de l’autre.
Je désire cet instant de jouissance, où l’écrivain, comme un cheval fourbu après la bataille, s’effondre maculé de sueur, du devoir accompli.
-"Mon dieu, mais que cette consigne m’inspire" !