Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

12 mai 2008

J'ai attrapé mon ombre (Claudie)

Ce matin pour la première fois depuis longtemps, je n’ai plus peur, j’ai réussi à capturer mon ombre.
Il m’a fallut du temps pour l’attraper, coriace la garce. Elle me suivait partout, je ne pouvais faire un pas sans qu’elle soit derrière moi.
Mon ombre me surveillait. Qui  me faisait surveiller ?
J’ai remarqué qu’elle n’aimait pas sortir les jours sans soleil ou de pluie. L’ombre n’aime pas le froid et la grisaille. Je n’allais pas me priver de mes ballades sous le soleil, et du plaisir de me reposer à l’ombre rafraîchissante des arbres du parc.
Je l’ai bien observée et noté dans mon carnet les moments où elle était là. J’ai changé de tenue, pour qu’elle ne me reconnaisse pas, je me suis caché pour l’observer, aussi incroyable que cela puisse être, elle était là, à mes côtés ou derrière moi, me narguant.
Lorsque je tournais très rapidement la tête, elle ne bougeait pas, elle n’avait pas peur de moi.

J’ai tenté de la suivre, la surprendre en me retournant, elle disparaissait. Trop rapide  mon ombre. J’avais lu qu’un cow-boy tirait plus vite que son ombre, je vais y réfléchir.
Quelques fois elle marchait devant moi. Je l’ai laissé faire pour l’attraper. Pas facile, elle courrait plus vite que moi.
Son manège m’exaspérait. Pour déjouer son omniprésence je ne suis sorti que les jours de pluie et la nuit. Un soir, j’ai eu très peur, je l’ai vue, tapie derrière un lampadaire elle m’observait. Si elle sortait la nuit, elle affronterait donc la pluie et la grisaille. J’ai décidé de la supprimer.
J’ai fabriqué une sorte de filet à papillon, moins dangereux qu’une arme, je ne veux pas aller en prison, je suis bien ici, dans cette grande maison, ils sont gentils, ils s’occupent bien de moi. Je ne leur ai pas encore dit que mon ombre me suivait. J’attends de l’avoir prise.

J’ai enfin attrapé mon ombre. C’est moi qui la surveille maintenant. Je n’ai pas pu la clouer, on n’a pas le droit ici. Je l’ai collée sur le mur, elle ne me suivra plus.
Pourquoi elle m’imite ? Je ne comprends pas, elle danse comme moi.

Posté par patitouille à 09:00 - Claudie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2008

De la part des Causeuses...

Je vous mets ici le commentaire que MTh P a écrit sur mon blog hier...
Il est important et risque sinon de passer inaperçu...

J'en profite pour remercier tes créateurs de Paroles Plurielles, j'aurais besoin des adresses postales, mails et sites de ceux qui souhaitent faire partie de l'expo 2008 des Vendanges d'Art Postal et Poétique chez Les Causeuses. Ils peuvent faire ce nouveaux envois jusqu'en Octobre et venir nous rejoindre pour la Fête d'octobre s'ils sont dans les parages ou ont envie de venir jusqu'ici.

Voilà qui est fait...

Bonne fin de WE à tous
Coumarine

Posté par Coumarine à 22:15 - * Petits Papotages - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le Roi est mort (Claire)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps,  je me suis senti fou. Fou de liberté, fou de joie, fou de tout. J'ai quitté mon chapeau à grelots, je me suis redressé. J'ai regardé mon ombre et pour la première fois depuis longtemps, je me suis donné le droit d'être droit, le droit d'être moi et non plus le fou du Roi. x

Le Roi est mort, vive Moi.

Posté par patitouille à 17:00 - Claire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Chanson douce… (Antigone)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis surprise à chanter, tu sais cet air que tu fredonnais lorsque j’étais petite, celui qui donnait envie de tourner sur soi, très vite, et puis de tomber, essoufflée, les jambes en l’air, dans les coussins du sofa.
Ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai pensé à toi.
Les rideaux ont pris tout à coup une teinte plus grise.
Les ombres des bibelots se sont arrangées pour se faire plus discrètes, plus pâles.
Peine perdue. Tu étais là au milieu du salon, invisible et présente, colorée et inquiétante, toute pleine de paradoxes, telle que je te connais.
Les notes de ta chanson se sont égarées quelques minutes sur les miettes de mon petit-déjeuner, je les ai contemplées puis balayées, d’un grand coup sec, du plat de la main.
Je n’ai jamais eu besoin de te voir pour connaître l’abîme dans lequel tu me perds.
Ton souvenir suffit bien à troubler les secondes tranquilles, l’équilibre des heures.
Voilà pourquoi, j’accroche aux murs de ma maison, des gris-gris innocents, censés préserver mes lieux de funestes pensées.
Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis surprise à chanter.
Tu sais. Comme lorsque j’étais petite.
Quand la vie ressemblait à une danse tournoyante…quand tu étais les bras, qui m’empêchaient de tomber.

Posté par patitouille à 09:30 - Antigone - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Un matin pas comme les autres (Pandora)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps je me suis rendu à mon travail en sifflotant, pas un air d’opéra, non, je n’y connais rien mais un air entendu dans une publicité. Le soleil brillait comme jamais dans le ciel, au diapason de mon humeur enjouée. J’étais en retard de plus de deux heures, grasse matinée oblige, mais je m’en moquais. J’avais revêtu une dernière fois mon uniforme dans lequel je transpirais abondamment mais cela m’était complètement égal. Rien n’avait plus d’importance, rien n’était plus grave. Mon boss m’attendait très énervé, guettant fiévreusement mon arrivée avec une grosse envie de bouffer de l’agent retardataire, alors que c’était la première fois que ça m’arrivait en 17 ans de service. Je balançais nonchalamment mon holster à la main, ce qui le contraria encore plus.

« Bon sang Sanchez, qu’est-ce que vous foutez, vous avez-vu l’heure ? Et arrangez-moi correctement ce holster, ce n’est pas un sac à mains bon sang. Qu’est-ce qui vous prend ? »

« Calmez-vous patron, je viens vous le rendre »

« Me rendre quoi ? Vous avez l’air bizarre, que se passe-t-il ? »

« Patron, je vous rends mon tablier, sauf que dans la brigade, c’est un holster. Je décroche, c’est fini pour moi. »

« Que se passe-t-il ? C’est à cause du viol de la petite Margaux ? Des deux vieux torturés dans leur maison pour qu’ils donnent la combinaison du coffre ? Prenez plutôt quelques jours de vacances, cette semaine a été difficile pour tout le monde… »

« Non patron, j’me barre. FINITO ! Vous vous souvenez des 37 lacérations qui ont tué les p’tits vieux, des 23 coups de fouet du cinglé qui battait sa femme, des 3 sacs de billets piqués à la banque et des 5 braqueurs qui sont encore dans la nature, des 49 plaintes déposées la semaine dernière, dont 8 viols sur mineure et de mes 17 années de bons et loyaux services. Ben j’ai coché ces numéros sur une grille de loto. Et devinez quoi… J’ai gagné la super cagnotte ! Le casse du siècle dans les règles de l’art, pas vrai patron !»

Posté par patitouille à 09:00 - Pandora - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mai 2008

Ombres (Mimik)

Ce matin pour la première fois depuis longtemps, le soleil s’est invité dans mon cœur. Depuis ma fenêtre, j’ai vu sur le mur d’en face des ombres qui n’étaient pas inquiétantes; elles me paraissaient même attirantes dans leur farandole comme de joyeux fantômes faisant tournoyer leurs boulets; ces ombres me faisaient signe, et j’ai senti leur invitation à me joindre à elles, à balancer moi aussi mes chaînes et boulets...

 - Ne lâche pas ton lest, me dit une voix grinçante, ça te donne un poids et une épaisseur rassurantes, ça t’ancre au sol, ça te maintient dans la réalité…

- Oui mais ça te plombe, répondirent les ombres, allez, sors de ta prison, viens donc danser avec nous !

Le soleil fit un clin d’œil et disparut derrière un nuage ; les ombres s’effacèrent, le mur redevint gris… « A bientôt ! » me surpris-je à murmurer…
Je sortis de mon appartement et me dirigeai vers la bouche de métro pour me mêler à toutes ces tristes ombres muettes se rendant à leur travail, puis je fis demi-tour et partis flâner sur les quais.

Posté par patitouille à 19:00 - Mimik - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le bruit ( Kloelle)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai réussi à pleurer. L’infâme a retenu mes larmes jusqu’ici. Une forme d’inertie froide. D’ailleurs, mon corps transpire cette humeur languide depuis des semaines. Depuis le jour où c’est arrivé. Mais il me refuse les larmes. Il y a cette voix qui résonne dans ma tête et qui me crie : Les larmes c’est pour les douleurs nobles !
Elle n’est peut être pas noble ma douleur mais elle me déchire jusqu’à des territoires de mon corps dont j’ignorais l’existence, elle me déforme, creuse des sillons dans mon esprit et y sème sa peur, sa folie et ce bruit…Ce bruit sourd, dense, qui frappe à mes sens jour et nuit.
Ce matin, une lumière vive perçait les volets. J’ai suivi mécaniquement les ombres bucoliques qui, au gré du vent, se projetaient au dessus du buffet. C’est là que se sont libérées les larmes…Dans l’entre-deux d’un mur dévoré par des formes en vie.
Ce jour là, sur la façade brûlée par le soleil, il y avait vos ombres aussi.
Vos ombres désarticulées qui dans un dernier cri de vie se balançaient et mimaient la fête et la liberté.
C’est la dernière image de vous que je garde.
Prendre la mitraillette contre le peloton…Je n’ai pas eu ce courage.
Je me suis caché, j’ai fermé les yeux, porté mes mains à mes oreilles, mais je l’ai tout de même entendu, le bruit de vos corps qui tombaient.

Posté par patitouille à 09:30 - Kloëlle - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Lever le masque (Flâneuse)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, mue par une saine colère, une envie d’être et de dire, elle balaiera ces compromis qui s’imposent afin d’exister un peu. Elle ira dénoncer enfin son caractère. Elle parlera sans élever la voix certes, au mépris cependant de sa retenue coutumière. Ils sauront ainsi de quel bois ardent elle se chauffe intimement, quelle volonté l’habite en réalité, malgré les fallacieuses apparences. Car, de nature peu ambitieuse, elle ne s’avère pourtant pas cette personne veule que certains affirment connaître, encore moins cette silhouette confuse dont on prétend assurément avoir fait le pourtour. Elle n’est ni ce fantôme errant parmi ces joyeux fats, imbus de leur petite ignorance, ni ce quidam rampant comme damé sous le doute, comme séquestré entre l’inconscience de ses qualités réelles et le soupçon de sa singularité.

Depuis trop longtemps, elle se mure silencieusement dans une neutralité ordinaire, assujettie aux lubies d’autrui, puisque redoutant le conflit et parce qu’abhorrant la violence. Aujourd’hui néanmoins une violence latente transpire soudain, niant le compromis, refusant toute parade ; dès lors, une sédition profonde, absolue, ne désire que s’improviser. Celle-ci entend donc mettre fin à un quelconque retranchement : il ne s’agit plus désormais de temporiser, derrière un verrou, à s’en ronger les phalanges ; il ne faut non plus laisser libre cours à sa peur de heurter quiconque, ou à sa crainte de l’affront général, et vivre en conséquence dans le regret de l’informulé, dans l’abnégation de ses desiderata.

Alors, ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, elle s’autorisera cette témérité et elle aura raison ! Et raison aussi de leur arrogance ! Ce jour, elle ne se fera pas l’ombre d’elle-même sous leurs soi-disant lumières.

Posté par patitouille à 09:00 - Flâneuse - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 mai 2008

Lumbago (Godnat)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j'ai senti que la douleur avait reculé. J'avais dormi enfin sans gémir aux moindres mouvements, incontrôlables dans la nuit, je n'avais pas reçu les coups du fouet électrique qui fouaillait mes reins, décharge après décharge en vagues intolérables, je ne ressentais pas les élancements lancinants qui montaient hier encore jusqu'aux épaules.

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je me suis dressée, droite ! Je n'aurai pas à me harnacher de cette large et trop chaude ceinture, rigide carcan qui m'étouffait, je pourrai occuper le jour sans m'arrêter.

Je pourrai retourner arpenter les bois et grimper les collines, je pourrai me baisser et plonger mes mains dans la terre, je pourrai porter l'eau sans ployer sous le poids du seau et arroser les fleurs et ramasser les fruits et je ne plierai pas, ne tomberai pas à genoux.

Je pourrai retourner sentir les chevaux sans que la nostalgie ne me serre le cour, mettre mon front contre leur cou puis enfiler l'étrier et sauter en selle, et partir au galop, retrouver cette ivresse.

Je pourrai reprendre les chemins boueux, en danseuse sur ma moto et parcourir la campagne qui se réveille comme moi, d'un coup de rein soulever le guidon pour passer un obstacle, d'un pied bien placé contrôler un virage.

Je pourrai montrer à mon fils que je sais courir vite, grimper aux arbres et jouer au foot.

Je pourrai reprendre mon arc et laisser mon esprit se vider de tous les nuages pour que rien n'altère le voyage de la flèche, et voir de nouveau briller dans les yeux de mon époux l'admiration pour mes exploits.

Je pourrai en attendant son retour embellir la maison et mijoter sans fin les douceurs qui lui plaisent. Et quand il rentrera je mettrai de la musique et je lui montrerai que de nouveau, je peux danser, tourner, virevolter !

Aïe ! Oh non ! Je n'aurais jamais du me baisser aussi vite.

Posté par patitouille à 17:00 - Godnat - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Matin (Noisette)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, je m'éveille sans douleur, sans crispation, sans angoisse. Je ne suis plus ce corps fardeau. Je flotte. Dépouillée. Libre. Entière dans une béatitude divine. Enfin Moi.
Une douce lumière d'amour me caresse et m'enveloppe. Je la ressens sans la sentir. Je la pressens sans la voir. Les odeurs se font souvenirs. Les sons s'estompent. Je suis bulle de savon qui s'envole par la fenêtre ouverte.

Eux, s'amusant à faire voler leurs cartables, passent en courant le long du grand mur.

Moi, jamais plus, je n'y laisserai mon ombre galoper.

Posté par patitouille à 09:30 - Noisette - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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