Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

24 mai 2008

6. Mon père (Pandora)

Je sors du garage avec une épouvantable migraine, c’est encore raté. Ca avait pourtant l’air tellement facile même pour une nulle comme moi, mais je me suis encore plantée. Finalement papa a peut-être raison quand il dit que je suis la dernière des connes comme maman mais que moi je ne pourrai pas me servir de mon cul pour m’en sortir…

Mon père ce poète.

Il s’est fâché quand il a reçu mon bulletin. Je m’en doutais un peu, les profs sont pas contents mais je fais vraiment ce que je peux pour avoir la moyenne. En plus papa il gueule mais quand je lui demandais de m’aider il ne savait pas m’expliquer les trucs, alors… Maman non plus d’ailleurs. Ils me comparent toujours à Sophie la fille des voisins qui est super bonne et super mignonne, pas une grosse patate comme moi, les garçons veulent tous sortir avec elle. Moi c’est clair que c’est pas les garçons qui m’empêchent de travailler.

Maman au moins, elle est belle même si elle était nulle à l’école.

Alors j’ai voulu faire comme dans le film d’hier soir où la fille s’enferme dans la voiture et fait passer les gaz d’échappement à l’intérieur avec un tuyau d’arrosage. J’sais pas si vous avez essayé mais en fait c’est pas si simple. Déjà la voiture faut la démarrer sans caler quand on n’a pas le permis.  Après pour mettre le tuyau c’est galère. Le temps que je le décroche et le déroule, le pot était devenu brûlant et je me suis cramé les doigts.  Et le plastique, il a fondu et du coup le gaz ne passait pas. J’ai juste réussi à mettre plein de fumée dans le garage. C'était pas du tout comme dans le film. Il a raison mon père, j’suis qu’une gourdasse.

Les parents, ils n’ont rien entendu, ils sont déjà en train de picoler. Après comme mon père veut me punir, il va attendre que maman soit complètement paf et il va venir dans ma chambre. C’est toujours comme ça les jours de bulletin. Et là ça le dérange plus que je sois qu’une grosse patate. Je peux toujours essayer de lui dire que ce soir j’ai la migraine…

Mon père ce salaud.

Posté par Vertumne à 09:16 - Pandora - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


11 mai 2008

Un matin pas comme les autres (Pandora)

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps je me suis rendu à mon travail en sifflotant, pas un air d’opéra, non, je n’y connais rien mais un air entendu dans une publicité. Le soleil brillait comme jamais dans le ciel, au diapason de mon humeur enjouée. J’étais en retard de plus de deux heures, grasse matinée oblige, mais je m’en moquais. J’avais revêtu une dernière fois mon uniforme dans lequel je transpirais abondamment mais cela m’était complètement égal. Rien n’avait plus d’importance, rien n’était plus grave. Mon boss m’attendait très énervé, guettant fiévreusement mon arrivée avec une grosse envie de bouffer de l’agent retardataire, alors que c’était la première fois que ça m’arrivait en 17 ans de service. Je balançais nonchalamment mon holster à la main, ce qui le contraria encore plus.

« Bon sang Sanchez, qu’est-ce que vous foutez, vous avez-vu l’heure ? Et arrangez-moi correctement ce holster, ce n’est pas un sac à mains bon sang. Qu’est-ce qui vous prend ? »

« Calmez-vous patron, je viens vous le rendre »

« Me rendre quoi ? Vous avez l’air bizarre, que se passe-t-il ? »

« Patron, je vous rends mon tablier, sauf que dans la brigade, c’est un holster. Je décroche, c’est fini pour moi. »

« Que se passe-t-il ? C’est à cause du viol de la petite Margaux ? Des deux vieux torturés dans leur maison pour qu’ils donnent la combinaison du coffre ? Prenez plutôt quelques jours de vacances, cette semaine a été difficile pour tout le monde… »

« Non patron, j’me barre. FINITO ! Vous vous souvenez des 37 lacérations qui ont tué les p’tits vieux, des 23 coups de fouet du cinglé qui battait sa femme, des 3 sacs de billets piqués à la banque et des 5 braqueurs qui sont encore dans la nature, des 49 plaintes déposées la semaine dernière, dont 8 viols sur mineure et de mes 17 années de bons et loyaux services. Ben j’ai coché ces numéros sur une grille de loto. Et devinez quoi… J’ai gagné la super cagnotte ! Le casse du siècle dans les règles de l’art, pas vrai patron !»

Posté par patitouille à 09:00 - Pandora - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 avril 2008

05. Lettre à une intruse (Pandora)

A Toi,

Toi qui as fait une entrée fracassante dans ma vie, toi qui es venue sans y avoir été invitée, par effraction.

Toi qui t’es imposée à moi sans t’inquiéter des dégâts que tu pouvais causer, sans te soucier du mal que tu pouvais me faire. Toi mon intruse.

J’ai dû apprendre à cohabiter et à t’accepter même si je n’étais plus tout à fait maitresse en ma demeure. Apprendre à pactiser avec l’ennemie pour ne pas me perdre. Apprendre à me connaître à travers toi pour appréhender la vie différemment. Et doucement, à mon rythme, j’ai finalement compris que ce que je prenais pour un mal pouvait aussi être un bien…

Grâce à toi, j’ai appris la signification profonde des notions d’instant et de présent.Tu m’as amenée à réorganiser mes priorités pour ne plus garder que le principal, l’essence de la vie. Tu m’as incitée à ne plus remettre au lendemain les envies et les petits bonheurs du jour mais aussi à moins me laisser perturber par ce qui n’est pas important.

Grâce à toi, j’ai mangé le dernier repas du condamné, fumé la dernière cigarette, aimé comme si c’était la dernière nuit, voyagé comme si c’était le dernier vol, marché comme si c’était le dernier pas, vécu comme si c’était la dernière minute…

Grâce à toi j’ai commencé à écrire.

Je ne sais pas ce qu’il en serait si je ne t’avais pas rencontrée, alors pour tout cela je te dis merci. Mais pour cela seulement !

Tu fais désormais partie de moi, tellement présente dans mon esprit à défaut de l’être dans mon cœur. J’ai compris le meilleur.

Si tu pouvais m’épargner le pire…



Pandora

Posté par _Sammy_ à 09:00 - Pandora - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 avril 2008

9. Bonne bouffe ( Pandora)


Il faut absolument que je pense à téléphoner à Josiane, cette viande est vraiment trop infâme. Ce restaurant est encore moins bon que celui d’hier, pire que ce que me préparait Germaine, c’est dire. Il n’y a plus moyen de manger correctement dans ce pays, tu parles de gastronomie française… Oui appeler Josiane… Elle a forcément dû garder contact avec Jean-Pierre, ils étaient partenaires de bridge. Et Jean-Pierre me donnera les nouvelles coordonnées de Martine. Il doit bien les avoir, même si elle a coupé tous les ponts depuis qu’elle est veuve, c’est son frère tout de même.

Martine….

Martine et sa blanquette de veau,

Martine et sa poitrine opulente,

Martine et sa charlotte aux framboises,

Martine et ses hanches généreuses,

Martine et son sourire perpétuel.

Martine…

Cela doit bien faire six mois maintenant que Paul est mort ; six mois c’est un délai plus que raisonnable pour cesser de s’habiller en noir et penser à refaire sa vie.

Finalement ce n’est pas Germaine que j’aurais dû épouser mais Martine, Germaine n’a jamais su faire la cuisine. Ah ça, par contre, elle savait faire beaucoup d’autres choses très agréables, une sacrée nature. J’ai privilégié la bonne chair à la bonne bouffe ! Dire que c’est une arête de poisson qui l’a tuée, quelle ironie quand même. Elle est morte par là où elle a pêché…

Il est temps pour moi de tourner la page, mon veuvage a assez duré et je n’en peux plus de manger si mal. Paul était un type bien, Paul était mon ami, mais Paul est mort. Il faut absolument que je téléphone à Martine. Après tout, à 68 ans, il est encore temps pour moi de refaire ma vie !

Posté par Coumarine à 17:40 - Pandora - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2008

12. Noces de plomb (Pandora)

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Je passe pourtant toutes mes journées chez moi, bien éloigné du métro-boulot-dodo et de la cohue des quais. Je passe mes journées sur mon canapé, devant la télé, à ne rien faire. Sans arriver à me reposer. Plus fatigué que quand je travaillais, empruntant la même ligne de métro, tous les jours de la semaine et même quelquefois les week-ends si mes horaires de travail l’exigeaient, tout le monde n’a pas la chance de travailler dans un bureau. La même ligne que je connais par cœur de la première à la dernière station, avec ses ralentissements, ses stations où les gens doivent se serrer les uns sur les autres, celles où il n’y a quasiment personne. La ligne 7, ma ligne. Enfin celle dont je suis le conducteur titulaire depuis 14 ans soir une plombe. D’ailleurs 14 ans, ce sont des noces de plomb, drôle de coïncidence !

Mais depuis quelques semaines, je ne travaille plus, je suis en arrêt maladie. Le docteur m’a dit qu’il fallait que je m’arrête un peu et que je me repose. Facile à dire ! Ce n’est pas lui qui passe ses nuits à tourner et à se retourner dans ses draps, au point de se réveiller en sueurs dans un lit complètement défait. Ce n’est pas lui qui fait toutes les nuits le même cauchemar duquel il se réveille en hurlant. Ce n’est pas lui qui arrive dans la station  et voit un jeune homme habillé en vert se jeter sous sa rame, sans pouvoir freiner à temps. Ce n’est pas lui le conducteur qui a écrasé quelqu’un. Je ne sais même pas à quoi il ressemblait, je n’ai eu le temps de voir que le vert de sa veste. Avant qu’il ne saute…

Je me sens de plus en plus fatigué, mais je n’arrive pas à me reposer, je n’arrive pas à oublier. Et j’appréhende la reprise du travail, même si je sais qu’il n’y aura pas de 15ème année à fêter pour nos noces, ce sera un divorce par consentement mutuel. Je sais que je ne prendrai plus jamais la ligne 7, je sais que je ne conduirai plus jamais de métro.

Posté par Vertumne à 11:30 - Pandora - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 mars 2008

19. Maria (Pandora)

 Quand j’ai lu la petite annonce qui disait « Jeune femme de type hispanique, aux lèvres délicatement rosées et au déshabillé vert pale vous attend avec ses bas mais sans ses portes jarretelles au 082 232 *** », j’ai tout de suite pensé à Maria, la jeune fille qui a provoqué mes premiers émois d’adolescent boutonneux, celle dont la seule évocation a comblé mes nuits solitaires et aiguisé mes sens, mon premier amour. Le seul amour de ma vie.

 

Ravi de cette aubaine et pensant enfin la retrouver, j’ai donc composé le numéro surtaxé à 2 euros la minute et je lui ai dit « bonjour Maria », mais ça n’était pas Maria bien que la femme au bout du fil m’affirmât le contraire. J’ai recomposé le numéro mais ça n’était toujours pas elle. Maria continuait de m’ignorer par téléphone rose interposé comme elle avait refusé de répondre à mes avances. Mais cette fois je n’allais pas me laisser faire et elle allait payer.

 

De ma plus belle plume j’ai porté plainte auprès du juge, j’ai commencé comme le veut la politesse par mes coordonnées : Francis PSIKOTIK, chambre 12, Service de psychiatrie générale, Centre Hospitalier Régional. CAHORS. Puis je lui ai exposé le rappel des faits et la compensation du préjudice que je demandais (une nuit avec Maria, rien de terrible au regard de ce que je vis depuis des années). J’ai signé et j’ai envoyé la lettre. Enfin, plus exactement, j’ai demandé à l’infirmier de poster la lettre parce qu’on m’interdit de sortir du service. Et j’ai attendu, mais rien, pas de nouvelle.

 

Je me suis longtemps demandé pourquoi, mais je viens de comprendre que le juge doit connaître Maria. Je ne vois pas d’autre possibilité. Elle a toujours aimé les hommes de pouvoir.  C’est bien ma chance, tomber sur le juge qui fréquente Maria, qui passe ses nuits avec Maria, qui m’a pris Maria…

 

Maria aime les uniformes, Maria aime les juges, le juge aime Maria… et c’est comme ça qu’on perd un procès !

Posté par _Sammy_ à 08:00 - Pandora - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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