Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

01 décembre 2007

6. Lettre et le pas réître (Sunny)

J'en ai assez de me martyriser la cervelle, alors je t'écris.

J'ai besoin de vider mon sac, même si ça ne change rien. Je te déteste. Tu es immonde. Tu as le charme, le corps de rêve, le charisme, les amis, l'argent, le poste de direction. Les prétendants se massent en nombre devant ta porte, et tu te permets de faire la difficile, pire encore, tu préfères les hommes mariés. Facile, les avantages sans les inconvénients. Tu collectionnes les victoires, et moi, les échecs. Mais tu es sèche, vide, insensible, froide, égoïste, méchante, même. L'envie te dévore, ça te ronge les entrailles.

J'étais bonne à l'école, pas toi. J'étais indépendante, pas toi. J'étais intelligente, pas toi. Mais j'étais timide, et pas toi. J'étais honnête, et pas toi. J'étais loyale, et pas toi. Tu m'as volé cet emploi, tu t'es présentée à ma place à l'entretien, après avoir pris soin de m'enfermer à clé, et maintenant tu comptes tes billets. Tu m'as volé mon homme, et après tu l'as jeté comme le dernier des misérables. Évidemment, il ne me l'a jamais pardonné, il ne m'a jamais laissé la moindre chance d'éclaircir cette histoire. Tu m'as volé mon roman, et tu t'es pavanée à la télé, comme si tu étais capable d'écrire. Mais tu es trop obsédée par ton nombril ; le monde, les gens, les sentiments, ça ne t'a jamais intéressée, tu n'y connais strictement rien, moi je le sais, ça. Malgré tes attraits, ta vie était désespérément insignifiante, alors tu m'as volé la mienne. Ca ne te contentait pas d'avoir partagé mon placenta, il te fallait le reste, à commencer par l'attention et l'affection de nos parents.

Alors, je te préviens : maintenant, je sais comment me venger. Ma vengeance, tu ne la verras pas venir; tu connais le dicton… ça se mange froid. Et je te prépare le festin glacé de ta vie. Mais je te sers déjà l'apéritif; tu vois, je te l'enlève, ce dont tu as tellement besoin : mon estime, mon admiration, ma confiance. C'est terminé. Je te hais, et je te haïrai encore en rendant l'âme.

Posté par pivoineblanche7 à 18:34 - Sunny - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 novembre 2007

14_Sourire en attente (Sunny)

Je n'ai pas mis les bonnes chaussures, ce matin. Bon sang, j'ai mal aux pieds. Elle est encore en retard. Je déteste les gens en retard. Elle le sait bien, pourtant, mais c'est plus fort qu'elle. Elle est toujours en retard, même quand c'est elle qui fixe l'heure du rendez-vous. 

Mais qu'est-ce qu'elle fabrique ? J'attends. Je fais les cent pas. Et ces fichues chaussures qui me font mal aux pieds. En plus, il y a plein de passants, et je déteste les passants. Ça aussi, elle le sait bien.

C'est bien ma veine, moi qui déteste les passants et le retard, il a fallu que je me trouve une maîtresse qui est toujours en retard et qui adore regarder les passants. Mais elle me rend complètement dingue, depuis dix ans.

Et Sarah qui doit m'attendre. Impossible de l'appeler d'ici, elle entendrait que je ne suis pas au bureau.

J'attends… Et je marche. La nuit tombe, il n'y a plus personne. C'est déjà ça. Soudain, une voix derrière moi : "Philippe"… Je tremble. Cette voix n'est pas celle de Lola. Cette voix, j'en connais les moindres frémissements, je pourrais la reconnaître même dans un chuchotement. Je déteste ses chuchotements. Je me retourne.

Sarah se tient devant moi. Je ne l'avais pas vue aussi radieuse depuis… à peu près… dix ans.

"Chérie ? Mais que fais-tu ici ?

Elle étouffe un rire.

- Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Mais je ne le ferai pas, c'est inutile, parce que je sais. Depuis toujours.

- …

- Lola ne viendra pas, Philippe. Elle ne viendra plus. Elle est ailleurs, et tu vas aller la rejoindre".

Elle me regarde. Elle sourit. Un magnifique sourire. Un étrange sourire. Dans sa main, la lame qu'elle vient de plonger dans mon cœur. Je titube, j'essaie de m'accrocher à la rambarde. Elle me soutient pour m'empêcher de tomber… Non, en fait, c'est pour me faire basculer de l'autre côté.

Juste avant la chute qui se terminera dans l'eau, je ne vois que son sourire. Elle me dit :

"Elle est à toi, pour l'éternité, et moi, je suis enfin libérée".

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Sunny - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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